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N° 544 - Les écrits de travail des élèves

Le troll c’est l’autre ?

La chronique de Nipédu


Cette année, le basco-béarnais Eidos64 [1] avait pour thème l’innovation pédagogique. Une fois de plus, nous avons couvert l’évènement, notamment en live-tweetant les conférences de la matinée [2]. Mais voilà : point de manifestation de ce genre sans que s’invitent, acerbes et affutées, des hordes de trolls.

Par analogie à la mythologie nordique, le troll est un internaute qui s’immisce dans les débats en ligne. Prolifération de messages aux propos dégradants, attaques personnelles et obscénités, autant de stratégies de perturbation utilisées pour faire valoir son point de vue dissonant.

Si les manifestations consacrées à la pédagogie et, à fortiori, au numérique éducatif sont devenues de véritables appeaux à trolls, c’est que les mots-clics utilisés sur les réseaux sociaux, mais aussi la présence de quelques personnalités bien identifiées facilitent l’infiltration des désormais attendus trublions.

Exaspération, colère, lassitude, l’action des trolls suscite chez ceux qui en sont la cible des sentiments variés et des réactions très contrastées, mais n’a-t-on pas les trolls que l’on mérite ?

Relativement épargné jusqu’alors par la causticité de ces internautes, notre compte Twitter s’est vu l’objet d’un trollage en chaine.

À la relecture, une fois passé l’émoi déclenché par l’attaque en règle, on se dit que, parmi d’autres, cette publication valait bien quelques critiques : propos jargonnant, absence de nuance, tonalité prescriptive, propos isolés de la réflexion bien plus large de l’auteur, le tout bien emballé dans un format contraint de 280 signes.

Surtout, on imagine la lecture amère de bon nombre d’acteurs du monde éducatif, en premier lieu des enseignants, confrontés au quotidien à des situations professionnelles complexes, pour ne pas dire difficiles.

Mais trêve de contrition, imaginons plutôt la réponse à apporter. Renonçons d’emblée à alimenter la bête : never feed a troll !

Si le troll incarne la critique dans ce qu’elle a de plus acide, il nous invite à adopter une posture empathique et réfléchie, interroger nos modes d’actions, faire preuve de ce tact pédagogique, cette «  juste attention aux choses et aux personnes  » qui nous rend «  soucieux de nos manières de dire et de faire  » [3].

Récemment, l’opinion s’est émue de l’histoire de l’humoriste américaine Sarah Silverman, qui a permis, en engageant une discussion dépassionnée et constructive avec son troll, de découvrir une personne en détresse médicale et émotionnelle. La médiatisation aura permis un happy end à l’américaine en forme de levée de fonds pour financer l’opération chirurgicale de celui chez qui on aurait pu ne voir que haine et malveillance.

Si le troll est ce perturbateur incompris qui cherche l’audience et l’attention, souvent pertinent dans ce qu’il vient questionner, capable de nous bousculer dans nos certitudes, notre besoin de maitrise, nos attitudes maladroitement surplombantes, alors le troll donne une fois de plus au pédagogue l’occasion d’exercer son tact pédagogique. Ce même tact pédagogique qui fonde la professionnalité de l’enseignant, le définissant en tant que sujet agissant dans l’humilité, l’empathie, la réflexivité et l’action sans jugement.


[1Forum annuel des pratiques numériques pour l’éducation, organisé en Pyrénées-Atlantiques.

[2Voir Nipédu, épisode 91 : «  (F)utilité de l’innovation pédagogique  »,https://miniurl.be/r-1m2v

[3Voir Nipédu, épisode 90 : «  Bonnes résolutions pour l’école  », http://tiny.cc/hf95qy

Sur la librairie

 

Les écrits de travail des élèves
À l’école, on n’écrit pas toujours beaucoup, car on est trop souvent dans la logique de production d’un écrit bien fait, qui sera évalué ou communiqué. Or, le langage écrit est aussi un instrument intellectuel, au service du travail quotidien des élèves. Comment les faire écrire davantage ?
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