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Nouveaux programmes

Le travail au sein du groupe du cycle 3

Gilles Langlois

18 mai 2015

Un directeur d’école nous parle de son expérience au sein du groupe qui a élaboré le projet de programme du cycle 3 pour le Conseil supérieur des programmes.


Vous avez fait partie du groupe cycle 3 : comment avez-vous travaillé pour élaborer le projet ? Avec sans doute les difficultés quand on est en même temps sur le terrain ?

Plusieurs phases ont conduit à l’élaboration des projets de programmes qui sont soumis à la consultation.

Dans un premier temps, le groupe coordonné par Anne VIBERT a engagé un travail d’observation et d’analyse des programmes et des systèmes éducatifs étrangers. Ce travail nous a conduit à réfléchir sur la dimension curriculaire des programmes, leur nécessaire cohérence et continuité, l’articulation à rechercher avec le nouveau socle et la définition des attendus de fin de cycle. Cette première phase de travail a été menée alors que certains des cadres de travail dans lesquels nous devions nous inscrire n’étaient pas arrêtés, en particulier le nouveau socle.

La deuxième phase du travail a consisté à faire un état des lieux grâce à la synthèse des nombreuses contributions d’experts qui ont été soit auditionnés par les groupes, soit interrogés sous forme de contributions écrites. C’est au cours de cette phase de confrontations entre les points de vue des chercheurs et ceux des experts des groupes de cycles que nous avons pu définir les grandes orientations et les lignes de force du travail à venir. Plusieurs principes ont ainsi guidé notre travail, au nombre desquels la nécessaire réduction des écarts de performance scolaire des élèves de notre système éducatif, la nécessaire cohérence entre les objectifs du socle et l’outil professionnel opérationnel que constituent les programmes, la prise en compte des capacités cognitives des élèves, les constats de la profession sur la lourdeur des programmes actuels.

La troisième phase du travail s’est attachée à mettre les orientations définies à l’épreuve des premiers essais d’écriture. Cette phase fut probablement la plus difficile de toutes car elle mettait en lumière les incertitudes du cadre d’écriture. Fallait-il privilégier une entrée par domaine, en prolongement direct du socle, ou privilégier une entrée disciplinaire plus opérationnelle pour les enseignants ? Ce fut cette dernière option qui fut arrêtée ; la forme actuelle du projet est marquée de ces réflexions menées au sein du CSP.

La dernière phase de travail a conduit à la rédaction des projets dans le cadre arrêté à l’automne 2014. La rédaction a été menée en sous-groupes disciplinaires à l’intérieur de chaque groupe de cycles mais également en lien avec les travaux menés dans les autres cycles. Bien que fortement contraints par les délais imposés, cette phase fut celle où la rédaction donna lieu à des échanges d’une grande richesse pour définir et formuler au plus juste les éléments programmatiques avec l’appui du secrétariat général.

Vous m’interrogez sur les difficultés potentielles à mener de front cette mission lorsqu’on est en même temps sur le terrain. Les difficultés étaient réelles dans la mesure où aucun d’entre nous n’était allégé de ses charges ordinaires de travail. En conséquence, notre activité professionnelle a nécessairement été impactée, compte tenu de la dimension prioritaire du travail sur l’élaboration des programmes et de la charge de travail que cela représentait.

Que tirez-vous de cette expérience ? Que répondre à ceux qui disent que les « projets viennent d’en haut » par des gens déconnectés du terrain et jargonnants ?

Il me semble que cette expérience, au delà de sa dimension personnelle et humaine, est en premier lieu un exemple d’espace d’échanges nécessaire, au sens littéral du terme, à la réflexion en matière d’éducation, un espace où les résultats de la recherche universitaire rencontrent concrètement à la fois les préoccupations institutionnelles et l’expertise opérationnelle des enseignants. En second lieu, ce travail a été mené dans un cadre d’indépendance conformément à ce qui était prévu par la loi. Ce cadre a garanti une réflexion et un foisonnement en marge de toute instrumentalisation partisane.

Cette expérience initiale qui a été la matrice des projets actuels doit, à mon sens, se prolonger au niveau local dans les conseils école-collège auxquels il reviendra de définir les pratiques de classes et les démarches qui doivent permettre d’atteindre les objectifs fixés par ces projets.

L’assertion selon laquelle ces projets « viendraient d’en haut » n’est, selon moi, que l’illustration d’une vulgate polémiste attendue et surannée. La formulation même de cette attaque porte en elle son discrédit. Evoquer un « d’en haut », c’est méconnaître profondément notre système éducatif dont nul n’ignore que c’est dans le quotidien des salles de classes que s’opère la réalité des apprentissages des élèves. Or, c’est justement cette réalité des salles de classes, des élèves qui les peuplent et des conditions d’enseignement qui ont conduit à l’écriture des projets de programmes. Nul n’est surpris que les partisans de l’immobilisme ne se livrent à ce type d’exercice dont on peut gager que peu seront dupes.

Quant à la mise en cause des rédacteurs, « des gens déconnectés du terrain », il convient, à mon sens, de ne pas y répondre. Pour ma part, je suis directeur d’une école élémentaire de 15 classes en REP +, j’ai participé à ce travail d’écriture notamment avec une enseignante de CM2 de mon établissement et un enseignant de collège de mon réseau, une inspectrice qui observe au quotidien les pratiques pédagogiques en milieu rural, un formateur à l’Espé de Cergy-Pontoise qui accompagne les stagiaires dans le cadre de leur formation et une universitaire à l’origine enseignante spécialisée en RASED.

Il me semble particulièrement important de souligner que, lors de la rédaction de ces projets, nous avons eu le souci permanent à la fois de respecter la Charte des programmes qui rappelle que ces derniers doivent être lisibles par les familles mais également celui d’élaborer un outil professionnel avec la précision ad hoc. Certes, il a été nécessaire de concilier ces deux principes de rédaction, parfois sans doute avec maladresse et c’est précisément pour cela que la consultation par la profession est nécessaire.
 
Qu’attendez-vous de la consultation ?
Je crois, premièrement, qu’il est nécessaire qu’un retour massif de la profession puisse éclairer les rédacteurs sur l’accueil de ces nouveaux programmes afin d’évaluer si les objectifs que nous nous étions fixés sont bien perçus au travers des documents proposés.

Deuxièmement, je regrette que la forme retenue pour la consultation ne permette pas de dégager un temps de travail collectif suffisant aux équipes afin qu’elles soient en capacité de réaliser un travail minutieux de contre-analyse, voire de contre-propositions. C’est, en effet, un ensemble très dense qui est proposé dans la mesure où les trois programmes de cycles sont proposés de concert.

Quelles conditions pour que ces programmes marchent ?
Quatre critères me semblent nécessaires à réunir pour que ces programmes puissent répondre aux objectifs que leur assigne la loi.

Tout d’abord la nécessité d’un travail d’appropriation par les équipes entre la date de parution officielle à la rentrée 2015 et la date de mise en application à la rentrée 2016. Cela signifie, en conséquence, une volonté institutionnelle forte de permettre cette appropriation.

En second lieu, la formation continue doit prévoir dès l’année prochaine un accompagnement pour les enseignants pour les aider à préparer cette mise en œuvre.

Ensuite, il me paraît indispensable que, dans le courant de l’année scolaire prochaine, des documents d’accompagnement soient mis à la disposition des enseignants pour les aider dans la mise en œuvre de ces nouveaux programmes.

Enfin, il me semble nécessaire que soient rendues disponibles des évaluations standardisées des attendus de fin de cycle, ceci dès la rentrée 2016. Il faut tout mettre en œuvre pour que les enseignants ne dispersent pas leur énergie sur ce qui peut être élaboré au niveau national mais qu’ils puissent se concentrer sur la mise en œuvre effective des enseignements adaptés aux besoins de leurs élèves au sein de leur établissement.

Propos recueillis par la rédaction

La consultation sur les programmes de l’école élémentaire est ouverte du 11 mai au 12 juin sur le site mis en place par le ministère de l’Éducation nationale.

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