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N°490 - Le temps d’apprendre

Le temps d’apprendre

Par François Malliet et Jean-Michel Zakhartchouk


La question du temps dans le cadre scolaire est souvent réduite à des problèmes d’horaires quotidiens, hebdomadaires, au calendrier des vacances, ce qu’on regroupe sous l’expression un peu curieuse, mais convenue, des « rythmes scolaires ». Serpent de mer des réformes en éducation depuis trente ans, ce
débat est redevenu d’actualité à la suite de la suppression des cours le samedi matin à l’école primaire par le ministre Darcos, entrainant massivement le passage
à la semaine de quatre jours. Son successeur a ouvert une large consultation sur la question : décider d’abord, réfléchir ensuite, on ne peut pas dire que les politiques soient experts en gestion du temps !
Ce dossier fait toute sa part à cette question, en particulier en rendant compte de dispositifs d’aménagement expérimentés par plusieurs villes. Ce sont bien les relations que l’école entretient avec la vie sociale et familiale qui sont en jeu. Plusieurs contributions pointent les inadéquations entre les différents temps de la vie de l’élève. L’école qui peine à rompre avec ses rigidités apparait comme le lieu du temps contraint et subi, voire d’un certain « taylorisme scolaire ». Divers témoignages montrent qu’il est possible de s’organiser autrement en décloisonnant, en ayant recours au travail de groupe, en variant les types d’activités ou en jouant sur une élasticité des plages horaires. Souvent, les modes horaires alternatifs s’appuient sur les données de la chronobiologie pour justifier
leurs choix. Cependant, il faudrait se garder de l’idée qu’il existe une vérité scientifique intangible, si l’on ne tient pas compte de l’individualité de chaque
enfant développant son « agenda personnel ».
Mais nous avons voulu aller plus loin que cette seule question des rythmes scolaires, en explorant les effets du temps dans les apprentissages. Pour le long
terme, les interrogations portent sur les parcours des élèves, la façon dont les enseignants conçoivent leurs enseignements et leurs progressions, les possibilités
que se donnent les établissements pour que les « emplois du temps » ne soient pas que des pensums administratifs contraignants. À court terme, c’est la vie de la classe, les gestes au quotidien, les souplesses que l’on se donne pour suspendre ou au contraire accélérer le temps, la place laissée aux rythmes personnels de chacun, qui apparaissent comme des éléments essentiels pour que se construisent vraiment
les apprentissages et le métier d’élève. Plusieurs articles montrent, à travers des
pratiques diverses, combien la composante temporelle est essentielle en pédagogie,
notamment pour échapper à une certaine dictature du temps, aux routines et habitudes mortifères, ou à ce qu’un auteur nomme la « prison du présent dans nos pratiques ».
Mais le temps est aussi un apprentissage en soi, lequel va au-delà des questions de mesure et de simple maitrise du calendrier. Il s’agit alors d’acquérir des compétences essentielles : anticiper et se projeter dans l’avenir, intégrer la dimension historique, accéder à l’autonomie, relativiser et mettre en relation.
Les temps de l’école ne peuvent s’organiser en dehors des temps de la vie. Enseigner ne se pense pas sans réflexion sur le temps, ses rythmes, ses variations, ses continuités et ruptures. Pour apprendre, des compétences temporelles sont indispensables. La richesse de ce dossier est d’ouvrir sur ces trois dimensions, de façon à ce que, pour personne, le temps ne soit subi.

François Malliet
Professeur des écoles
Jean-Michel Zakhartchouk
Professeur de français en collège