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Le sens du problème

Michel Fabre, De Boeck, 2016

6 janvier 2017

Dans ce petit livre, Michel Fabre, reconnu pour ses travaux sur la question, nous propose des pistes pour mieux comprendre ce que signifie «  problématiser à l’école  ». Une lecture certes exigeante, mais le souci de clarté et de lisibilité de l’auteur fait qu’il est très abordable et sera utile pour ceux qui souhaitent travailler en classe sur des situations-problèmes. Car en philosophe, l’auteur élucide le concept aux usages multiples et parfois indues, en dégageant les critères permettant de reconnaitre ce qu’est vraiment «  un problème  » : savoir examiner une question, articuler doute et certitude, se placer dans un cadre qui le structure, utiliser la réflexivité et se situer dans une perspective heuristique «  quel est ce savoir caché dans la question et qui permettra de trouver la réponse ?  » L’auteur donne de nombreux exemples empruntés à la vie quotidienne comme au monde scolaire qui permettent de mieux saisir la finesse de ses analyses, qui sont autant d’axes d’action du coup. On appréciera particulièrement l’application qui est faite de ces apports théoriques aux Fables de La Fontaine, sujet qu’à d’ailleurs étudié Michel Fabre dans un ouvrage précédent.

Un autre chapitre évoque le lien improbable qui peut unir cette perspective de problématisation avec la psychanalyse, mais surtout avec l’œuvre de Bachelard et son travail autour des représentations. La question étant : comment vaincre les obstacles qui entravent l’apprentissage de notions scientifiques, en allant souvent contre des schémas de pensée qui rendent difficile par exemple de penser le mouvement elliptique de la rotation de la Terre autour du Soleil, lorsqu’on a tendance, culturellement à valorise la perfection du cercle. «  L’important est de problématiser les représentations ou les habitudes intellectuelles pour accéder à un savoir raisonné.  »

Faut-il attendre avant de «  problématiser  » que soient maitrisés des «  fondamentaux  », que les élèves soient suffisamment «  instruits  » avant de pouvoir raisonner ? L’auteur ne le pense pas et utilise la savoureuse expression de «  procrastination pédagogique  » pour rejeter cette attitude attentiste, qui remet à plus tard un travail qui doit commencer en maternelle. On aurait peut-être aimé cependant plus d’exemples de ce qui peut être fait avec des enfants en bas âge.

Un ouvrage de référence donc qui contient aussi des propositions pour traiter des «  questions vives  ». L’auteur invite à former les élèves à la «  prudence  » en se gardant de deux dérives : le scepticisme attentiste ou l’affirmation militante. Il étudie notamment le cas du développement durable, un de ces sujets où le professeur n’a pas la certitude d’un savoir établi et indiscutable. Mais n’est-ce pas cela qui rend l’enseignement vivant et intéressant, quand bien même, et l’auteur insiste aussi là-dessus, tout débat ou toute réflexion doivent s’appuyer sur des connaissances précises, sans lesquelles il ne peut y avoir de «  problématisation  », ce qui ne signifie pas qu’elles sont un préalable. Il n’est jamais trop tôt pour questionner le monde…

Jean-Michel Zakhartchouk