Accueil > Ressources > Nous avons lu > Le parti pris des jeunes ou réinventer l’éducation populaire


Le parti pris des jeunes ou réinventer l’éducation populaire

Henriette Zoughebi, Les éditions de l’Atelier, 2015

22 décembre 2015

Henriette Zoughebi, vice- présidente de la Région Ile de France en charge des lycées et des politiques éducatives depuis 2010 fait le bilan de son action auprès des jeunes dans plus de 280 lycées de la Région. Son objectif : améliorer la réussite des lycéen(ne)s. Le moyen retenu : engager un dialogue permanent avec eux sur leurs préoccupations quotidiennes, y répondre par des actions concrètes, leur redonner confiance en la démocratie, ce qu’elle appelle «  faire de la politique autrement  ».
Lors des premières visites dans les établissements, elle constate que les représentants des lycéens n’ont pas vraiment la parole. Elle lance fin 2010 une vaste consultation, décide de prendre en compte leurs préoccupations et de leur donner un réel statut de citoyens au sein des lycées. Pendant deux ans, elle va mener une opération d’envergure pour mieux entendre ce que les jeunes ont à dire : entre 2011 et 2012, enquêtes qualitatives, réunions dans les lycées, concertation avec les membres des CVL, rassemblements par académies.

Cette démarche amène une modification des dispositifs d’attributions de subventions : ce seront les lycéens qui rédigeront leurs projets et viendront les présenter devant un jury de la Région et devant leurs conseils d’administration. Fin 2012, Le fonds participatif lycéen est créé, appel à projets pour aménager des espaces de vie lycéenne dans les établissements.

Par son action directe auprès des jeunes, elle présente la Région comme une collectivité de proximité et rêve à des rencontres régulières entre représentants lycéens et conseillers régionaux. De quoi redonner foi dans l’action politique
Dans toutes les rencontres avec les lycéens, la question de la discrimination liée au territoire, au sexe, à l’origine et à l’argent s’impose. Si 85 % des jeunes ont une bonne image de leur lycée et s’y sentent heureux, ils souffrent – en particulier ceux qui viennent du 93 – d’être catalogués de manière négative, en particulier quand ils suivent une formation professionnelle.

Pour agir sur ces discriminations, le biais sera le PPI (programme pluriannuel d’investissement) ; elle met d’abord en place une douzaine de « territoires de dialogues  », grands bassins de formation, pour travailler toujours dans la proximité et la concertation. Le PPI va favoriser la polyvalence comme source de mixité dans les établissements, soutenir la rénovation des lycées de villes populaires, et créer plus de places d’internat. A partir de 2014, elle réforme les tarifs de restauration pour les rendre accessibles au plus démunis tout en relevant le niveau de qualité des repas.

Pour répondre aux questions, soulevées par beaucoup de lycéens, d’égalité entre hommes et femmes et de l’homophobie, elle crée un nouveau programme «  Jeunes pour l’égalité  » où les jeunes trouvent un espace de parole dans le cadre d’ateliers d’expression artistiques encadrés par des artistes. Lorsqu’elle s’attache à développer l’implication des équipes éducatives dans ces domaines, elle se heurte souvent aux réticences des enseignants, à leur manque de formation sur le sujet et à l’inertie de l’Education nationale. Elle s’engage enfin pendant toute sa mandature auprès de tous les militants qui viennent en aide aux élèves sans papiers, organise de nombreux parrainages, devient elle-même marraine d’un jeune Malien.

Se pose avec acuité la question des projets de vie des jeunes, de leur formation et de leur accès à un métier qui ait du sens pour eux. Elle prend consciences de leurs difficultés, en particulier celles des élèves issus de milieux populaires : la rigidité des cursus scolaires, la méconnaissance du monde du travail, le manque d’écoute des enseignants, le travail salarié qui entre en concurrence avec le travail scolaire rémunéré, la difficile recherche de stages. Pour y répondre au mieux, elle commence par créer un observatoire de la réussite scolaire et de la mixité sociale dont les conclusions permettront d’engager une réforme de la dotation de solidarité en retenant le critère du taux d’élèves dans les classes populaires. 177 établissements feront ainsi l’objet d’un suivi particulier de la Région, sans occulter l’accès à la culture et à l’histoire avec un travail sur la Shoah, le théâtre et l’écriture.
« Je suis convaincue que c’est bien par la culture, l’ouverture citoyenne et le projet pédagogique qu’on peut redonner goût et espoir aux élèves en difficulté.  »

Michèle Amiel