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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Le numérique pour des palettes pédagogiques enrichies

Jérôme Staub

4 juin 2015

Le son, l’image, le texte, tout semble accessible avec le numérique, pour ouvrir les cours. Comment passer de l’idée à la réalisation, comment s’approprier les outils sans se perdre dans les dédales des technologies ? Jérôme Staub, aujourd’hui responsable éditorial au Canopé de Limoges, puise dans son expérience d’enseignant dompteur de sons, les mots et les méthodes pour accompagner les projets numériques pédagogiques.


C’est par le son que Jérôme Staub a inclus le numérique dans sa pédagogie. Enseignant d’histoire géographie dans un collège et un lycée de Saint Yrieix La Perche, en Haute-Vienne, il avait découvert la richesse des paysages sonores au détour d’un Itinéraire de découverte conçu avec un enseignant en éducation musicale. Le principe, il l’a développé en particulier pour traiter le thème de l’espace urbain en seconde. L’espace vécu transparaissait des sons transposés dans une cartographie. Travail collaboratif, utilisation d’outils mobiles entrés dans le quotidien d’une grande partie des élèves, traitement du sujet à partir d’autres perceptions, prévention des risques liés à la pollution sonore, le projet a ouvert des perspectives pédagogiques prometteuses.

Il puise du côté de l’IFE-ENS Lyon, où, enseignant associé, il travaille sur les questions de géomatique, de nouvelles idées pour que le son enrichisse l’approche de la géographie. Pour aller encore plus loin dans l’approche pédagogique, il suit et obtient un Master en sciences de l’éducation. «  Cela m’a permis d’avoir une formulation scientifique par rapport à ce que j’avais déjà fait, de proposer des applications dans d’autres disciplines que la mienne  », explique-t-il. Il prend du recul par rapport à sa propre pratique pour trouver de nouvelles modalités. «  J’ai vu ce que les autres peuvent faire avec le son. Ils ne font pas forcément ce que j’en ai fait  ». Il voit les investigations des enseignants en éducation musicale, les compositions d’ambiance sonore issues de la capture de sons, ou de professeurs d’école pour la production d’écrits.

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cartographie bruits

Le Master et ses contributions en poche lui donnent envie de changer de contexte professionnel, d’aller ailleurs, dans un environnement proche, pour explorer plus loin encore les promesses des paysages sonores. Un poste se libère en septembre dernier à Canopé Limoges, il obtient un détachement pour être responsable éditorial. Tout en restant dans le domaine de l’éducation, son univers s’enrichit d’une dimension culturelle avec l’orientation de la structure vers «  l’art et la culture numérique  ». Son rôle, il le voit empreint d’accompagnement pour «  créer des services  » autour d’une idée ou d’une initiative existante pour lui offrir une nouvelle dynamique. Comment faire pour qu’une exposition itinérante créée par un partenaire vive dans un CDI ? Comment renouveler les pratiques ? Le numérique les enrichit pour accompagner avant ou après l’exposition, «  pour faire en sorte qu’il y ait d’autres choses autour  ».

Jérôme Staub raconte ce projet sur Limoges, son histoire industrielle avec l’exemple du porcelainier Haviland où le transmédia ouvre les découvertes. Le virtuel complète ce qui se regarde, se lit sur les panneaux avec un webdoc pour explorer plus loin la vie des personnages, comme celle de Félix Braquemont, peintre graveur, des jeux géolocalisés sur tablettes ou encore en utilisant une table tactile pour retracer la géographie des lieux avec l’aide de cartes IGN.

Mobiliser les technologies pour enrichir les idées commence par une rencontre avec des partenaires, une compréhension de ce qu’ils souhaitent produire et se poursuit par une co-construction du projet nouveau ou rénové. La mobilisation peut être légère pour mettre simplement en valeur, rendre attractive une animation pédagogique. «  Si un enseignant souhaite partir d’un livre, pour découvrir un auteur, on peut lui proposer d’enrichir la séquence par des animations vidéos pour les utiliser dans des formats pour ordinateurs ou tablettes  ».

L’enthousiasme de la découverte d’un nouveau poste tient en partie dans cette ouverture vers des interlocuteurs, des partenaires différents, de l’enseignant qui cherche à renouveler ses pratiques pédagogiques en proposant un accès différent aux savoirs, aux structures culturelles qui souhaitent vivifier leurs liens avec l’école. Le responsable éditorial revisite aussi les centres d’intérêt qui l’ont guidé jusque-là : la géographie et le son.

«  La vallée des peintres  » dans la Creuse est un territoire aux frontières floues, sur plusieurs départements. Elle deviendra l’an prochain un paysage pédagogique défini par des visuels et des sons qui composent une atmosphère. «  Entendre les sons, les bruits, donne envie d’aller voir, ils rendent les choses plus palpables  ». La dimension territoriale est un terrain d’investigation et de construction ouvert à de multiples disciplines, depuis l’élémentaire jusqu’au secondaire en croisant production d’écrits, géographie, sciences physiques, technologie et culture. La dynamique locale ouvre alors à un ensemble éducatif plus large, et le numérique, des outils pour favoriser la réalisation et le croisement des ressources.

Une découverte encore pour le néo responsable éditorial, son rôle est alors autant dans l’écoute que la médiation entre les intentions, les objectifs des différents partenaires ; entre les impératifs d’un cadrage pédagogique et les potentiels technologiques. «  On regarde comment faire le lien, comment on peut faire venir les profs. On est entre deux mondes, deux visions différentes. On trouve un modus operandi  ». L’autre monde peut être aussi celui de l’industrie dans des projets à dominante scientifique dont l’objectif est de faire mieux connaître «  la culture scientifique, technique et industrielle auprès des collégiens et des lycéens.  »

Les champs sont variés dans une médiation, un accompagnement sans cesse renouvelés et pourraient se développer encore dans le cadre d’ateliers. Les enseignants viendraient échanger, construire des projets et recevoir l’aide nécessaire pour les concrétiser. «  C’est une manière différente de travailler, plus ouverte, basée sur la co-conception, la scénarisation et la médiatisation  ». En travaillant sur les projets des autres, ceux des structures culturelles comme ceux du milieu scolaire, il se met à l’écoute pour prendre le temps d’analyser les besoins, de laisser émerger la pertinence des choix pédagogiques et numériques. Il se familiarise à la structuration du projet, à sa dimension financière et organisationnelle, à l’argumentation aussi pour convaincre le comité qui décidera ou non de passer à la réalisation. Et lorsque l’accord est acquis, la méthode d’animation, de gestion est déterminante pour que tous les acteurs travaillent ensemble, sans heurt.

Connaître le processus, trouver les bons partenaires financiers, faciliter, animer, Jérôme Staub a élargi sa palette de compétences. Il apprécie de partager ce qui a enrichi sa propre trajectoire d’enseignant. Il ouvre volontiers sa mallette à sonorités, soulignant la facilité pour les collecter, apportée par les objets connectés entrés dans notre quotidien. Il explique ce que l’on peut désormais faire, poser ces objets sur une table tactile pour récupérer les enregistrements puis les mixer par des gestes simples. Mais jamais, il ne laisse grignoter l’intérêt pédagogique par la fascination technologique. Pour lui, le numérique est un outil qui enrichit les chemins de l’apprentissage et les manières d’enseigner, et c’est déjà une belle promesse en soi.

Monique Royer

Sur la librairie

 

Les portraits de Monique Royer
Ils enseignent en classe d’accueil, au Liban, à des élèves handicapés. Ils utilisent un blog, de la couleur ou les volcans. Ils sont enseignants, chef d’établissement, journalistes. Ce sont dix-neuf portraits d’enseignants et d’acteurs de l’école que l’on découvre dans ce dossier