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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Le numérique au vert

Sandra Sdéi

19 mars 2015

La diffusion du numérique éducatif est affaire de patience pour que l’envie ne s’émousse pas face aux obstacles techniques et que les outils rencontrent les usages. Sandra Sdéi, chargée de mission Tice de l’enseignement agricole en Rhône-Alpes, témoigne sur une mission essentielle, celle d’accompagner en douceur les changements de pratiques.


Ses premiers usages d’Internet remontent «  aux temps héroïques  », lorsque les kilobits mesuraient encore le débit des modems. Enseignante en anglais, elle initiait des correspondances par mail avec un lycée américain, des dossiers basés sur des recherches Internet où les étudiants en BTS s’exerçaient au maniement des mots clés dans une langue étrangère. Avec les «  Conf  », forums thématiques inclus dans le système de messagerie Mélagri, elle utilisait le partage de questions et de ressources avec ses collègues en explorant les collaborations.

Depuis, les technologies ont progressé à une vitesse grand V avec dans leur sillage des opportunités pédagogiques multiples. Aujourd’hui, pour la douzième année, chargée de mission Tice, elle veille sur les pistes de développement et s’emploie au déploiement des pratiques, en particulier au travers de l’ENT. Son travail, au sein du SRFD (Service Régional de Formation et de Développement), l’équivalent d’un rectorat pour l’enseignement agricole, elle l’exerce depuis le lycée horticole de Romans. «  Cela me permet de rester en contact avec les réalités du terrain, je discute avec des enseignants des administratifs lors des pauses, je vois comment les choses sont perçues, vécues  ».

Autre originalité, son travail s’exerce avec l’appui d’un Cript (Complexe régional d’information pédagogique et technique), fruit d’une mutualisation des établissements et du niveau régional. Deux sites dont elle assure l’actualisation concrétisent le réseau : eaprhonealpes. fr et resora. fr pour les centres de formation pour adultes (CFPPA). L’objectif numéro un est d’attirer de nouveaux élèves et de renforcer le recrutement. Il suppose de changer le regard sur les métiers et les formations de l’enseignement agricole. Alors, elle relaie les points forts et les particularités, les exploits sportifs, les projets en éducation socio-culturelle, en éducation au développement durable ou les réalisations sur les exploitations agricoles en lien avec l’agroécologie. Et pour mieux les faire connaître encore, elle en fait l’écho sur les réseaux sociaux.

Elle voit aussi ce qui se vit, ce qui se passe dans les établissements lorsqu’elle les assiste pour l’utilisation des logiciels administratifs comme pour la mise en place de l’espace numérique de travail. Car, constate-t-elle, «  pour que l’innovation et le numérique se développent, il faut que la technique fonctionne, c’est un pré-requis  ». L’ENT en Rhône Alpes a pris du retard avec une première version prometteuse mais non finalisée. La seconde se met en place en trois vagues successives tout au long de l’année scolaire. Avant d’en explorer les potentiels pédagogiques, il faut installer les annuaires pour intégrer les identifiants des élèves, des enseignants, des parents.

Ensuite, vient le temps de l’appropriation, des freins qui s’expriment et des initiatives modestes qui ouvrent le champ à d’autres expériences. «  Le cahier de textes électronique peut être enrichi par des liens vers des ressources, il faut faire en sorte qu’il ne soit pas uniquement un format numérique de la version papier, qu’il donne des pistes aux élèves qui voudraient progresser hors temps de travail  ». Elle cite les usages collaboratifs pouvant être favorisés par les forums interactifs. Dans le déploiement de l’ENT, l’enseignement agricole a dû faire entendre sa différence en particulier lors des formations en apportant sa touche. La culture, l’organisation et les pratiques sont sensiblement autres que celles des lycées de l’Éducation nationale.

Sandra Sdéi observe les pratiques existantes, l’engouement pour les vidéosprojecteurs interactifs. Elle constate aussi des différences d’approche entre les enseignants qui déjà se sont lancés dans les pratiques, souvent avec enthousiasme, ceux qui hésitent et les réfractaires, par peur de l’outil ou par manque d’intérêt, par l’impression que cela ne sert à rien. «  On sent quelques personnes très en retrait car utiliser les outils nécessite des connaissances qu’ils n’ont pas forcément.  »

Là, l’accompagnement prend toute sa place, en relayant les idées développées ailleurs, par la veille sur les ressources disponibles et par des formations. «  Nous avons la chance d’être dans une région qui investit sur le matériel et les ressources pédagogiques  » précise t-elle. En complément, sur le site eaprhonealpes sont répertoriés des exercices interactifs, des jeux sérieux et des podcasts. L’accompagnement se fait aussi en réseau avec les professeurs TIM (Technologies informatiques et multimédia) qui bénéficient d’une décharge pour assurer la mise en œuvre du système d’information et animer les activités liées aux Tice.

En Rhône Alpes, ils sont pour la plupart épaulés par un technicien. Dans les lycées, les centres de formation pour adultes ou par apprentissage, des enseignants, des formateurs en informatique, entre autres, s’investissent et contribuent aussi, parfois au-delà de leurs missions premières. Un délégué régional aux technologies de l’information et de la communication a pour mission de faciliter la diffusion de l’usage des nouvelles technologies dans les établissements. Cette architecture favorise la circulation de l’information, la veille et le partage sur les initiatives et les usages.

Le réseau des documentalistes enrichit encore les échanges notamment sur les jeux sérieux, thème sur lequel une journée de formation a été organisée. Une expérimentation régionale inter-établissements a même été suivie par l’École normale supérieure de Lyon. Elle sera présentée lors du séminaire sur l’innovation pédagogique organisé en avril par le ministère de l’Agriculture. Les ingrédients sont là pour un déploiement des usages du numérique. «  Les publics et donc le métier d’enseignant ont changé. Le numérique n’est pas la panacée mais il peut aider ceux qui ont des difficultés d’apprentissage, motiver par l’attractivité ceux qui n’ont plus le goût d’apprendre  ».

Sandra Sdéi voit son rôle et le réseau sur lequel elle s’appuie comme un moyen de mettre à disposition les outils pour que «  ceux qui en ont envie s’en saisissent et puissent enrichir leurs pratiques  ». Elle souligne la modestie qui s’impose, la progression à petits pas, se souvient de ses propres tâtonnements aux prémices de l’Internet. Dans l’enseignement agricole, l’innovation pédagogique passe par de multiples canaux, culturels ou techniques, s’exemptant encore souvent d’une traduction numérique. Et c’est cela surtout qu’elle s’escrime à partager, faire connaître, ce souffle de vivacité d’un système d’enseignement où elle apprécie de travailler.

Veiller, accompagner, communiquer, la mission de Sandra Sdéi se fonde sur ce tryptique. Entre les trois, la technique s’immisce pour que les conditions matérielles favorisent les usages. Ce qu’elle retient du tout est l’indispensable partage, la nécessaire émulation pour que les plus timorés entrent à leur tour dans la ronde.

Monique Royer


Le site de l’enseignement agricole public Rhône Alpes :
http://www.eaprhonealpes.fr/index.php

L’expérimentation sur les jeux sérieux :
http://www.eaprhonealpes.fr/spip.php?article2188

Le site de l’enseignement agricole public :
http://educagri.fr/

Sur la librairie

 

Les portraits de Monique Royer
Ils enseignent en classe d’accueil, au Liban, à des élèves handicapés. Ils utilisent un blog, de la couleur ou les volcans. Ils sont enseignants, chef d’établissement, journalistes. Ce sont dix-neuf portraits d’enseignants et d’acteurs de l’école que l’on découvre dans ce dossier