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La chronique de Nipédu du n° 546

Le malheur des uns… fait quoi déjà ?

Régis Forgione, Fabien Hobart et Jean-Philippe Maitre


Au cœur des discussions actuelles sur la réforme de l’université se trouve la plateforme Parcoursup. Entre les bacheliers et l’université, elle embarque l’épineuse question de la sélection à l’entrée de l’université et donc celle de ses missions. Une institution pour toutes et tous ? Une formation pour le marché du travail ? Pour le partage des connaissances ? Un débat qui ne date pas d’hier, mais qui se réactualise sous nos yeux.

Comme nos invités l’ont rappelé lors de notre dernière émission, chacune de ces orientations n’en appelle pas aux mêmes besoins pédagogiques. On n’enseigne ni la même chose, ni de la même manière à une promotion de cinquante ou 500 étudiants. De même, s’ils se destinent chacun à des métiers différents ou à la recherche. Depuis leur création au début du deuxième millénaire, les universités ont toujours prodigué des enseignements. Mais un tel contexte lie les questions pédagogiques qui y sont relatives à des enjeux sociaux et économiques dont l’importance actuelle n’avait encore peut-être jamais été atteinte.

De manière non étrangère (mais pas causale), de plus en plus d’équipes de conseillers pédagogiques sont constituées par les universités pour accompagner les enseignants chercheurs. Comme souvent lorsqu’il est question d’institutionnaliser les dernières avancées en matière d’enseignement, la France a été à la traine. Mais le 8 février 2018, a été signé un arrêté ministériel requérant de tous les futurs maitres de conférences stagiaires qu’ils suivent une formation à l’enseignement. Mais est-il possible que, jusqu’en 2018, nous n’ayons pas formé les enseignants chercheurs à devenir la première moitié de ce titre ?

En vérité, tant que l’université ne parlait qu’à des étudiants ayant l’ambition d’y rester pour faire carrière, où était le problème ? Les relents judéochrétiens de nos vieilles universités élitistes assuraient, d’une part, que le chercheur n’enseignait qu’à peu de personnes (celles qui n’avaient pas à travailler pour vivre) et, d’autre part, qu’il lui serait pardonné d’être abscons par le seul principe que tout se mérite pour ceux qui ont choisi d’être là.

Depuis la fin des années 1980, la massification a tout changé. Paradoxalement, on choisit de moins en moins d’être assis en amphi. Face à des volontés politiques puissantes, dans une société qui impose l’obtention de diplômes de plus en plus élevés, on entre à l’université parce qu’il le faut. Bien sûr, l’accès à la connaissance doit être ouvert à tous, mais il y a toujours la manière et les raisons, et toute la psychologie sociale nous le dit : que pourrait-il y avoir de pire comme entrée à l’université que le non-choix ? Celui de leur cursus pour les étudiants mais aussi celui, pour les enseignants, de cette foule devant laquelle ils se sentent mal dotés pour enseigner. Des deux côtés, ces conditions ne disposent pas à assumer les responsabilités et les efforts requis par ce qui incombe à chacun.

Alors, avec les conditions d’arrivée que Parcoursup nous promet pour cette toujours plus grande masse d’étudiants (pour qui ce sera souvent leur deuxième, voire troisième choix) face à des enseignants qui s’éveillent tout juste à la chose pédagogique, cette plateforme nous assure au moins d’une chose : le défi d’assurer des apprentissages de qualité à l’université se fera avec peu d’envie. Pour le meilleur ou pour le pire, le conseil pédagogique dans le supérieur a de l’avenir.

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