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Le krach éducatif, 32 propositions pour tenter de l’éviter

Antoine Bodin et Jean-Pierre Boudine, L’Harmattan, 2010, 252 p.

4 janvier 2011

Curieux ouvrage, écrit par deux chercheurs spécialistes des mathématiques et connus pour leurs travaux particulièrement intéressants (le « socle de base » pour jeunes en décrochage, Kangourou des mathématiques). Pourquoi « curieux » ? On y trouve une série de pistes très riches dans les « 32 » propositions où se trouvent mis en cause la notation traditionnelle, le bac tel qu’il existe, l’absence d’un véritable courage pour établir des priorités dans l’enseignement, au risque notamment de vider la notion de « socle » de toute réalité. Il y a un souci de concret de la part des auteurs qui avancent souvent des propositions très précises et stimulantes sur l’organisation des établissements, sur la manière de composer les programmes, etc. Mais en même temps, certains passages nous rendent perplexes. Étonnantes pages où on semble faire l’éloge du mathématicien Lafforgue, contempteur des soi-disant « khmers rouges » qui ont détruit l’école (dont bien sûr les Cahiers pédagogiques) et qui a été conduit à démissionner du Haut Conseil de l’éducation de par ses excès verbaux envers tout ce qui pouvait ressembler à un chercheur ou un sociologue de l’éducation, où l’on reprend, tout en s’en défendant un peu, les critiques des « antipédagogistes » sur le désastre culturel dont serait victime l’École, avec une critique parfois bien facile sur « le système » qui truque les résultats et nie les difficultés. Dommage, car les passages polémiques, mal étayés selon nous (par exemple les citations de Dubet, traitées avec ironie et simplisme), brouillent le message et ternissent quelque peu les analyses intéressantes par exemple sur les systèmes étrangers (mais comment peut-on faire l’éloge de la Finlande et prôner en même temps des pré-apprentissages dès 14 ans, même assorti de conditions idéales, qui ne seront jamais réunies ?).
Au-delà de ces réserves ponctuelles, au fond, n’est-ce pas la démarche même qui est contestable : celle de vouloir établir ainsi tout un programme global sur une école à venir, en renvoyant un peu dos à dos les politiques et en faisant l’économie de la nécessaire prise en compte des forces en présence, du contexte. Il ne suffit pas d’énoncer de manière un peu moralisatrice qu’on s’appuie sur « l’étonnante résistance du corps social à tous les facteurs délétères qui concourent à discréditer l’étude, le travail, le dialogue, le respect ». On ne réformera pas l’école sans se mêler à un combat forcément politique qui implique compromis et dosage savant de courage et de réalisme. Cela passe aussi par un travail collectif, tel que celui que nous menons au sein de notre mouvement pédagogique, qu’aucune réflexion de « freelance » ne pourra remplacer.
On pourra cependant tirer parti de certaines des 32 propositions, même si on se méfie des titres catastrophistes qui ne font pas forcément avancer une cause que nous pensons commune avec les auteurs, qui méritent le respect, nous l’avons dit, pour le travail concret et utile qu’ils mènent au sein de l’IREM à Marseille. On peut de toute façon discuter avec les auteurs sur le blog lié à l’ouvrage.

Jean-Michel Zakhartchouk