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N°447 - Dossier "École, milieux et territoire"

Le dispositif « plate-forme » pour les Centres de formation agricole

Par Bernard Labonne


La plate-forme, lieu idéal pour bâtir des parcours

Nous sommes entrés avec la réforme de la loi sur la formation professionnelle, dans ce que nous pouvons appeler une logique de parcours de formation et de professionnalisation.
L’idée, ce n’est pas d’installer les personnes en formation ou les personnes à professionnaliser dans des espaces fixes où viendraient se présenter et s’illustrer des personnes professionnelles, enseignantes ou chercheurs.
L’idée majeure est de proposer au jeune de faire un parcours, d’aller vers les producteurs, d’aller vers les chercheurs, d’aller vers les ressources savoirs et, tout au long de ces parcours, de s’approprier les ressources nécessaires pour conduire et développer ses propres activités professionnelles. Pour ce faire il sera accompagné aussi bien dans la construction de son parcours que dans ses efforts pour s’approprier les ressources.
L’avantage de la plate-forme est qu’elle rassemble avec ses acteurs internes et externes l’essentiel des ressources permettant de se former, de se professionnaliser, de s’insérer.

La plate-forme, lieu de création de ressources éducatives

Se former c’est acquérir les ressources (savoirs fondamentaux, savoirs pratiques et méthodologies) nécessaires à la conduite de l’action professionnelle. Mais pour que ces apprentissages soient bénéfiques et positifs, encore faut-il qu’ils se bâtissent à l’aide de ressources directement issues des activités réelles.
L’économie de la plate-forme permet ce genre d’apprentissages en situation réelle. En effet, les formateurs ont la possibilité de travailler directement avec des entreprises, de repérer les postures professionnelles pour créer et mettre en oeuvre des actes pédagogiques à finalité professionnelle. Ils ont aussi la possibilité d’utiliser directement ou indirectement la ressource technique rassemblée dans les entreprises pour produire, etc.

La plate-forme, lieu d’identification et de formation des tuteurs et autres accompagnateurs

Dans l’économie de la plate-forme le rôle des intervenants change. Il n’est plus uniquement de transmettre un savoir mais d’accompagner le parcours du jeune du centre de formation vers l’entreprise, de l’entreprise vers le lieu de recherche, de l’entreprise A vers l’entreprise B, etc. Pendant tous ces parcours, le jeune aura des accompagnateurs qui l’aideront à s’approprier les ressources et à les mettre en œuvre.
Ces accompagnateurs sont directement issus des milieux productifs. Mais il peut s’agir aussi de producteurs qui ont passé l’âge de l’activité salariée et qui acceptent de (voire souhaitent) donner de leur temps pour cela. Les accompagnateurs, tuteurs, parrains ou autres sont principalement des personnes qui savent « dire leur métier » ; ce ne sont pas des formateurs, ce sont des professionnels qui, disant leurs métiers à des plus jeunes, les aident à se former et à se professionnaliser.

La plate-forme, lieu d’excellence pour valoriser l’expérience

La plate-forme fonctionne comme un « aspirateur » d’expériences. Expériences des collaborateurs, bien sûr, mais aussi expériences des organisations constitutives de la plate-forme, expériences des partenaires qui sont à l’extérieur de la plate-forme. Le cumul d’expériences, ainsi que toutes les interactions qui sont au travail, créent des richesses insoupçonnées. « Insoupçonnées », au sens où elles ne sont généralement pas mesurées ni valorisées.

La plate-forme, traduction concrète de nos principes

Qu’il s’agisse des métiers du service, de la vigne ou de l’agroalimentaire, en apprentissage ou formation continue peu importe, le dispositif plate-forme rassemble dans un lieu unique et/ou sous forme de réseau :
- les acteurs de l’entreprise (les producteurs),
- les acteurs de l’enseignement,
- les acteurs de la recherche-développement,
- ainsi que tous autres acteurs concernés par le développement économique lié au territoire et à la production de compétences.

La plate-forme s’affirme résolument comme un acteur majeur d’une « économie de la compétence ». La production de savoirs, aussi respectable soit-elle, ne suffit pas à donner du ressort à l’activité économique. Encore faut-il que les connaissances deviennent ressources dans des plans d’actions qui visent à vitaliser, revitaliser, réveiller ou éveiller les potentiels des territoires.

Compétences, R&D, innovation

La production de compétences à partir des ressources d’une plate-forme telle que nous l’avons définie rapidement, c’est-à-dire reliant les producteurs, les chercheurs et les établissements, se trouve être de fait un vecteur de recherche & développement (R&D). Quand nous parlons de R&D nous pensons à toutes les améliorations qui favorisent le maintien ou le développement des activités des entreprises. Des plus petites aux plus grandes, et ce dans tous les secteurs d’activités (agroalimentaire, travaux paysagers, viticulture, etc.).
Pour le moment la R&D est souvent entre la production et la formation. Associer celle-ci dans la phase d’ingénierie avec la production et la formation apportera un plus.
Les compétences sont liées directement aux activités productives. C’est par rapport à ces activités productives portées par des entreprises et par des personnes bien concrètes que l’on peut identifier les besoins nécessaires au bon développement des activités de ces entreprises ou de ces personnes.
Cette bonne identification des activités et des ressources permet de repérer ce qu’il est souhaitable d’améliorer (recherche & développement), voire de « créer ».

Former, professionnaliser, insérer

Ainsi, une plate-forme qui rassemble les trois familles d’acteurs - producteurs, formateurs, chercheurs - permet de former, c’est-à-dire de faire acquérir les ressources de base pour être en capacité d’agir.
Mais la plate-forme c’est aussi un espace qui permet la professionnalisation des opérateurs. Les ressources étant maîtrisées, on peut alors travailler à ce que nous appelons la bonne intervention, c’est-à-dire la bonne mobilisation des ressources en fonction de l’état des processus, des contextes et des conjonctures.
La plate-forme est aussi un fantastique lieu d’insertion professionnelle. Le jeune en contrat de professionnalisation ou d’apprentissage, confronté tout à la fois à des producteurs, des chercheurs, des formateurs, des accompagnateurs, aura la possibilité sans grande complication de faire le lien, sous réserve d’être accompagné bien entendu, entre la production, la recherche, la formation.

Bernard Labonne, Centre de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA) de Roanne-Chervé-Noirétable.


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