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Le décrochage scolaire. Entre parcours singuliers et mobilisation collective, un défi pour l’École

Jean-Paul Delahaye et Frédérique Weixler, Berger Levrault, 2017

27 décembre 2017

Dès l’introduction, les auteurs de cet ouvrage exhaustif se proposent d’offrir de la question du décrochage une « perception documentée et éclairée » afin d’avoir « une vision stratégique et systémique » à la base d’une politique publique efficace de lutte et de prévention.

Une première partie détaillée et riche en textes institutionnels propose un panorama des enjeux historiques et actuels qui sont à l’œuvre dans la question du décrochage, dans un contexte national et international. Elle détaille les étapes de la construction du concept comme politique publique et éducative. La prise de conscience de la responsabilité du système éducatif à la fin des années 1990 marque un tournant dans la vision de ce phénomène : la non-qualification devient une question scolaire et se mue en problème des « décrocheurs ». Dès lors, la mobilisation passe par la reconnaissance de la nécessité d’une approche globale passant par coordination des différents acteurs pour une action globale et partenariale de prévention. Vient ensuite une tentative de définition du décrochage, phénomène « multidimensionnel et polysémique » et de ses enjeux actuels, notamment vers une approche active qui prenne en compte les causes extérieures du phénomène, mais aussi les facteurs internes à l’École. Les auteurs insistent sur la multicausalité du phénomène de décrochage, balayant des idées reçues, mais entérinant des inégalités de fait.

Une seconde partie est consacrée aux « parcours singuliers » qui interrogent le système éducatif. De quoi le décrochage serait-il le symptôme ? Qu’est-ce qui est la base de la fabrique des décrocheurs ? L’ouvrage recense ensuite des initiatives institutionnelles à tous les niveaux du système scolaire, dans toutes les académies de métropole ou d’outre-mer, qui sont autant de dispositifs facilitateurs de raccrochage, ou de modalités innovantes de lutte et de prévention. Ces initiatives montrent la mise en place d’un parti pris d’accrochage à différents niveaux : persévérance scolaire, pratiques pédagogiques différenciées, coopératives et innovantes, attention portée au climat scolaire et au bienêtre, articulation et transition entre les niveaux et les cycles d’enseignement, appropriation de leur parcours par les élèves, formation des équipes éducatives.

La dernière partie de ce livre est consacrée au levier d’évolution que peut représenter le décrochage : droit à la qualification et stratégie de la réussite scolaire pour tous comme mode de prévention efficace du décrochage. Le décrochage devient paradoxalement un levier de transformation des politiques éducatives, au service de tous les élèves. Les auteurs plaident pour une action « systémique et systématique » tout au long du parcours de l’élève, avançant l’importance de la durée de la scolarisation, et pointant le rôle de l’alliance école-famille-élève ou encore l’imbrication des sphères sociales, judiciaires et de la santé.

En conclusion, la priorité nouvelle de la prévention rappelle qu’il faut passer d’une « logique de tri à une logique de formation pour tous » et que si les chiffres montrent une baisse sensible du nombre de sorties sans diplôme depuis dix ans, il convient de prendre en compte les points de vigilance suivants pour continuer à faire baisser le nombre de décrocheurs : priorité ministérielle pour une prévention précoce ; rénovation de la formation initiale et continue, poursuite du travail engagé sur les alliances éducatives, question de la formation et de l’insertion des jeunes les moins qualifiés, ancrage du paradigme de « nouvelles chances ». La lutte contre le décrochage est une cause nationale et un levier d’innovation sociale, au confluent de la démocratisation de l’École et de l’accès de tous à la réussite.

Laurence Cohen