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Le débat sur l’école est-il soluble dans les sondages internet ? Et la réponse envoyée par la commission Thélot

Par Bernard Girard, enseignant à Laval.

21 octobre 2003

"expression-publique.com", sorte d’organisme de sondage, appelle les internautes à se prononcer par vote électronique sur un théme : " l’école est-elle au niveau ? ". Les questions proposées reprennent tous les poncifs habituellement véhiculés sur le sujet par nombre de médias, tout spécialement les télés. Les résultats de " l’enquête " apparaissent en temps réel sur l’écran. A cette heure, 1667 internautes ont participé au vote ; les résultats sont édifiants. Quelques exemples :
- " Parmi les points suivants, quels sont, selon vous, les plus graves symptômes des difficultés de l’école d’aujourd’hui ? " . Les votants répondent, en première position (47%) : " la contestation de l’autorité des enseignants ", devant " la violence à l’école " (46%).
- " D’après vous, qu’est-ce qui doit être au centre de l’école ? " . Réponse majoritaire : " la transmission des savoirs " (69%), bien avant " les élèves et leur épanouissement " (27%)
- " Chacune de ces missions vous paraît-elle plutôt bien remplie ou plutôt mal remplie par l’école... le goût de l’effort ? ". Les sondés répondent " plutôt mal " à 82%
- " Jugez-vous souhaitable d’établir un examen pour l’entrée en 6e ? ". 58% le jugent souhaitable.
- " Seriez-vous favorable ou non au port de l’uniforme à l’école pour tous les élèves (port d’une sorte de blouse ou d’un tee-shirt identique (!) ? ". Si les bambins de maternelle échappent au treillis (31% des sondés y sont favorables), par contre, on ne fait pas de cadeau aux collégiens (52% favorables).

Ces réponses ne surprennent pas vraiment, lorsque l’on sait que l’opinion publique sur l’école est formée de façon quasi exclusive par les télés, qui ont fait de la violence et des incivilités un thème récurrent. Surtout, c’est la légitimité même de ce sondage qui est en jeu, non seulement dans la formulation des questions, mais aussi dans l’organisation elle-même du sondage. Par exemple, opposer la " transmission des savoirs " à " l’ élève " n’a aucun sens : comme si ce n’était pas l’élève lui-même qui devait recevoir et s’appropier les savoirs ! En outre, il faut savoir que la validité de ce qui se présente comme une " enquête " d’opinion est gravement entachée par une manipulation de première grandeur : non seulement, les participants peuvent consulter les résultats provisoires du sondage avant de voter, mais en outre, chacun peut voter autant de fois qu’il le désire, aucune inscription préalable n’étant requise ! Les avertissements de l’organisme de sondage ne font rien à l’affaire : il suffit de quitter le site pendant environ un quart d’heure avant de pouvoir à nouveau voter ; c’est ainsi que j’ai pu moi-même, pour m’en assurer, voter à six reprises différentes en une après-midi...

Plus grave encore : les résultats de ce sondage sont transmis à la commission Thélot. Comment la commission peut-elle travailler sérieusement en s’appuyant sur ce qui n’est rien d’autre qu’un tripatouillage malhonnête et frauduleux ? On ne peut quand même pas accorder la même valeur, le même poids aux analyses motivées venant des milieux éducatifs et aux inepties véhiculées par certains médias et ce genre de sondage. Ouvrir la question scolaire au plus grand nombre, faire en sorte que la démocratie s’exprime : tel était à l’origine le principe du débat national sur l’éducation. Mais pour ce faire, l’opinion publique a d’abord besoin d’être éclairée et non manipulée par des tricheurs, comme il semble que ce soit le cas aujourd’hui.

Bernard Girard, enseignant, 53000 Laval


La réponse envoyée par la commission Thélot

Nous vous remercions de votre courriel et de l’intérêt que vous portez au débat national sur l’avenir de l’École.
Il est possible pour tout un chacun de s’exprimer sur le débat par le biais de l’Internet. De nombreux forums de discussion ont d’ores et déja abordé le sujet. Dans ce cadre, les résultats de l’enquète en ligne organisée par expressionpublique.com, qui a effectivement les inconvénients que vous signalez, ne peut être qu’un des éléments parmi d’autres. Le débat, tel que l’entend la commission, chargée de l’animer et de le synthétiser, repose avant tout sur les forums de notre site, les réunions et les disccussions organisées à travers toute la France.
N’hésitez pas à vous connecter régulièrement sur notre site, www.debatnational.education.fr, qui va s’enrichir dans les prochaines semaines. Il sera bientôt possible de s’inscrire à une lettre d’information, participer à des forums, à des dialogues en direct et ainsi suivre en temps réel l’évolution du débat. Le calendrier des réunions organisées au niveau local sera également accessible à partir du site, au fur et à mesure des informations reçues.