Accueil > L’actualité vue par le CRAP > L’actualité éducative > Éditorial > Le changement, c’est physique


Éditorial du n° 509, décembre 201

Le changement, c’est physique

Par Christine Vallin


Savez-vous qu’un objet jeté vers l’avant continue naturellement sa trajectoire en ligne droite, toujours à la même vitesse ? C’est un principe de base de la dynamique, ça s’appelle l’inertie. Ce n’est pas mauvais, l’inertie. D’abord parce que c’est un principe de la physique. Et ensuite parce que c’est bon, le prévu, c’est bon, l’habitude. C’est ce qui assure et rassure, permet d’agir avec suffisamment de quiétude pour ne pas tout remettre en cause à chaque instant.

Savez-vous que dans certaines conditions d’inertie, il est pratiquement impossible d’introduire un changement radical de direction ? Ou alors cela prendra énormément énergie, ou bien il faudra un accident ou une brèche sur le parcours.

Savez-vous encore qu’il est impossible, sauf sans des conditions bien particulières, de prévoir le parcours de trois malheureuses billes dans l’espace, même sans frottement, même sans obstacle, donc ? Alors je vous laisse imaginer la précision avec laquelle on est capable de prévoir l’évolution d’un projet, d’une personne, d’une équipe, dans un établissement.

Savez-vous que pour infléchir une dynamique sans tutoyer le chaos, il est bon d’agir sur la courbe au bon moment et au bon endroit, puis d’accompagner le changement au plus près, jusqu’au retour en zone stable, dans le continu prévisible, là où c’est bon, là où c’est calme ?

Ce calme, ce continu, vous le trouverez en ouverture des actualités éducatives, avec la table ronde sur la refondation pour les 50 ans du CRAP. Le CRAP, en voilà une zone stable et réconfortante. Vous allez ensuite rencontrer, sur le chemin du dossier et des rubriques, des ouvreurs de voie, des accidents de parcours, des détours par l’instabilité, des risques de chaos, des grains de sable qui freinent les machines emballées, détournent des voies sans issue ou trouvent comment refaire bouger la dune pétrifiée. Chaque récit est une odyssée, qui rappelle que la dynamique des groupes est ce qu’il y a de moins attendu, de moins rassurant, de moins prévisible dans l’univers. Mais de plus porteur aussi.