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L’actualité éducative du N°468 de décembre 2008

Le « busing » : Une cohérence d’ensemble à repenser

Points de vue contrastés - Entretien avec Ariane Huber, présidente de la coordination FCPE d’Oullins

Fadela Amara, secrétaire d’état à la politique de la ville, a manifesté l’intention d’étendre à cinquante communes volontaires, puis dans toute la France, le « busing » : il s’agit de transporter en bus des élèves des quartiers défavorisés afin de les scolariser dans d’autres quartiers. Une idée qui vient des États-Unis (1973), où les enfants noirs étaient transportés dans les établissements fréquentés par des enfants blancs pour assurer un mélange racial dans les écoles élémentaires et secondaires. Mais le « busing » a été abandonné aux États-Unis, parce que cela coûtait trop cher, et aussi parce que les enfants étaient scolarisés dans des écoles loin de chez eux, que les ghettos se sont recréés ailleurs, et que les objectifs de mixité sociale et d’amélioration des résultats scolaires n’ont pas semblé atteints.

L’école élémentaire Jean Jaurès d’Oullins, située dans un quartier en difficulté, a été fermée en 2004 car les conditions d’accueil s’étaient trop dégradées, la violence était quotidienne et le « turn over » des enseignants, la plupart du temps inexpérimentés, important. Les enfants de CP et CE1 ont rejoint l’école maternelle du quartier, qui a été adaptée à cet effet, et ceux de CE2, CM1 et CM2 ont été répartis sur quatre écoles de la commune, la mairie prenant en charge l’organisation du transport en bus.
Dans le quartier, les réactions ont été partagées : certaines familles ont é té contentes que leurs enfants soient éloignés du quartier, mais d’autres ont regretté la fermeture de l’école. Les parents n’attendent plus devant l’école, et ne voient quasiment plus les enseignants. Les enfants ont, quant à eux, des journées longues, car en plus de leur journée d’école, il faut ajouter le temps d’étude et le temps de transport (trois écoles d’accueil sont éloignées).
Dans les écoles, on a constaté des problèmes importants de comportement, dans les classes, pendant le temps de cantine et surtout pendant le temps d’étude, notamment dans l’école où le nombre d’enfants accueillis est le plus important. Le personnel municipal n’est pas suffisamment formé à l’encadrement d’enfants « difficiles ». De plus, les enfants sont un peu stigmatisés, ils n’ont pas tout à fait le même emploi du temps que les autres enfants, en ce qui concerne le temps d’étude, à cause du car qui vient les chercher.
Autre problème : les enfants sont obligés de rester à la cantine, ce qui génère un coût supplémentaire à la charge des familles.
Le but de « mélanger » ces enfants avec d’autres enfants est atteint, avec des résultats scolaires probablement meilleurs pour certains que s’ils étaient restés dans leur école de quartier, dans les mêmes conditions d’accueil qu’au moment de la fermeture. Mais, à mon avis, il aurait été préférable pour tous de faire en sorte que l’école ne ferme pas !
Je pense que si vraiment on ne peut pas faire autrement, si c’est trop tard, le « busing » peut être une solution temporaire pour mélanger les élèves d’écoles en difficulté avec des élèves d’autres écoles.
Mais il faut organiser ce transfert : il faut mettre en place des activités pendant le temps de cantine et d’étude, pour éviter les bagarres, les phénomènes de bandes, mettre en place du soutien scolaire, et il faut aussi et surtout des enseignants très expérimentés, parce que si on ajoute dans une classe un certain nombre d’enfants en difficulté, cela peut poser de gros problèmes de discipline !
Mais ce qui est primordial c’est de ne surtout pas faire comme à Oullins, où ce dispositif a été mis en place sans réfléchir à la suite, au collège.
En effet, après le CM2, ces enfants qui ont grandi, ont pris de l’assurance, se retrouvent tous ensemble dans le même petit collège de quartier, répartis dans deux classes de 6e seulement, avec comme conséquence que ce que l’on a voulu éviter à l’école se retrouve au collège : le risque de « ghettoisation ». Aucun moyen supplémentaire n’a été attribué à ce collège, que les familles aisées ont fini par déserter. Les effectifs ont baissé, entraînant selon la logique implacable de l’Éducation nationale une baisse des moyens, alors que ce devrait être l’inverse : pour recréer de la mixité sociale il faudrait attirer à nouveau les classes moyennes en mettant en place par exemple des filières d’excellence, ou des options rares, et donc attribuer des moyens supplémentaires au lieu d’en supprimer !
Il est donc indispensable, si on veut mettre en place le « busing », de penser ce projet dans sa globalité, en concertation avec tous les acteurs. Il faut organiser le transport, le temps scolaire et périscolaire, au niveau primaire et secondaire, tout en aidant les écoles et les collèges d’accueil, en leur attribuant des moyens humains et financiers supplémentaires.

Ariane Huber

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