Accueil > Publications > Articles en ligne > Le bac n’est pas une fin en soi


N° 511 Observer en classe

Le bac n’est pas une fin en soi

Laure Endrizzi

Posséder un certificat de fin d’études secondaires est désormais une norme : l’OCDE, dans sa dernière édition des Regards sur l’éducation (2013), estime que ce sont 83 % des jeunes d’aujourd’hui qui, en moyenne, termineront avec succès le deuxième cycle de l’enseignement secondaire au cours de leur vie. C’est donc grosso modo au lycée que se jouent les équilibres, propres à chaque système éducatif, entre des formations générales humanistes et des formations utiles qualifiantes.

Le plus souvent, une distinction nette est faite entre les formations qui ont vocation à accompagner l’accès à l’emploi et celles qui appellent une poursuite d’études supérieures. En Allemagne et en Suisse, où la différenciation intervient plus tôt, les études générales restent faiblement spécialisées (une filière, des options), alors que l’offre de formations professionnelles est fortement clivée. En Belgique francophone, l’enseignement de transition s’inscrit dans une perspective de poursuite d’études, alors que l’enseignement de qualification ne le permet pas. Au Québec également, le deuxième cycle secondaire, filiarisé dans le cas d’études professionnelles, ne l’est pas pour ceux qui suivent une formation générale, bien que les choix d’options conditionnent en partie la suite du parcours. En France cependant, la frontière reste floue : le même baccalauréat professionnel est supposé permettre une insertion professionnelle et autoriser l’accès à l’enseignement supérieur.

Les épreuves finales standardisées : une autre exception française

Le baccalauréat est aussi une exception, parce qu’il relève d’une procédure totalement centralisée et que les épreuves finales standardisées sont extrêmement nombreuses.

L’Abitur allemand, avec ses cinq épreuves obligatoires (dont quatre écrites) reste le plus proche du baccalauréat ; sa conception incombe aux lands, mais les corrections sont réalisées par les enseignants des établissements d’accueil. En Suisse, l’examen final de maturité relève pour l’instant exclusivement de la responsabilité des établissements d’accueil. En Belgique francophone, ce sont aussi les établissements qui distinguent les lauréats, sur la base d’évaluations externes non certificatives et de contrôle continu ; dès 2014, s’y ajoutera une épreuve standardisée commune dans le cadre du TESS (test d’enseignement secondaire supérieur). Le A-level anglais est encore plus libéral : les élèves choisissent la seule matière qui fait l’objet d’une épreuve finale sur table. Au Québec, l’obtention du diplôme d’études collégiales (DEC) est soumise à la réussite de deux épreuves finales communes : une élaborée par le ministère, l’autre par l’établissement d’accueil. En Suède où il n’existe pas d’examen final, les notes du contrôle continu et des évaluations externes organisées en cours de formation jouent un rôle capital dans les possibilités ultérieures d’études. En Espagne, le bachillerato ne comporte pas non plus d’épreuve finale, mais c’est l’examen d’entrée à l’université qui, pour l’instant, confère le droit de poursuivre des études supérieures. Dans plusieurs pays (Angleterre, Québec, Suède, etc.), le contrôle continu se fonde sur un système de crédits capitalisables qui permet une validation progressive des modules.

Depuis 2011, on parle beaucoup de «  bac - 3 bac + 3  » en France. La formule s’applique à postériori aux réformes de l’enseignement professionnel et du lycée général et technologique. Les multiples dispositifs soutenant la poursuite d’études (orientation active, admission postbac, cordées de la réussite, plan réussite en licence, etc.) s’en réclament aussi tous désormais. Mais peu de systèmes éducatifs ont concrètement outillé ce continuum. En Allemagne, la forte segmentation des formations professionnelles est compensée par l’existence de nombreuses passerelles. Au Québec, les collèges (postsecondaire) et les universités contractualisent des parcours types, qui permettent aux inscrits de bénéficier d’un programme allégé grâce à une reconnaissance d’acquis. Le fait d’avoir opté dès le collégial pour une formation technique n’est donc pas pénalisant, au contraire.

Pour autant, la continuité ne représente pas systématiquement un objectif à atteindre, parfois c’est la rupture qui prévaut. En Suède, les études secondaires sont marquées par une forte linéarité et une faible sélection, alors que l’entrée dans le supérieur est très fortement régulée. En Suisse, à l’inverse, la sélection s’opère strictement en amont, dès la fin de l’enseignement obligatoire, et la poursuite d’études supérieures, ouverte à tous les titulaires d’une maturité, demeure une exception, comme en Suède.

Difficile donc d’apprécier l’efficacité de telle ou telle scolarité secondaire, sans approfondir les liens entre qualification et insertion professionnelle.

Laure Endrizzi
Chargée d’études, service Veille et analyses à l’IFÉ-ENS de Lyon

Commander le numéro 511

Pour en savoir plus

Laure Endrizzi, «  Les lycées à la croisée de tous les parcours  », dossier de Veille et Analyses de l’IFÉ, n° 88, ENS de Lyon, décembre 2013.
http://goo.gl/UAlCxG


 Les Cahiers pédagogiques sont une revue associative. Pour nous permettre de continuer à la publier, achetez-la, abonnez-vous et adhérez au CRAP.


  • Dans la même rubrique

  • N° 530 - Former les futurs citoyens

    Pour une formation politique en SES
  • N° 531 - Embarquer les élèves

    Pourquoi ils s’ennuient ?
  • N° 531 - Embarquer les élèves

    Favoriser la persévérance scolaire
  • N° 531 - Embarquer les élèves

    Le pari de l’éducabilité
  • N° 531 - Embarquer les élèves

    6e sens, du sens pour la 6e
  • N° 531 - S’embarquer dans les apprentissages

    Et pourtant Truffaut n’arrivait pas à apprendre l’anglais !
  • N° 530 - Former les futurs citoyens

    Ressources
  • N° 530 - Former les futurs citoyens

    Apprendre à être responsable de ce qu’on dit
  • N° 530 - Former les futurs citoyens

    C’est parti, je vote !
  • N° 530 - Former les futurs citoyens

    La coopérative scolaire : levier d’apprentissages citoyens