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L’éducation nouvelle a plus de cent ans. Comment peut-on dire qu’elle est encore « nouvelle » ?

Le CRAP - Cahiers pédagogiques et l’éducation nouvelle

Le CRAP-Cahiers pédagogiques

L’éducation nouvelle a plus de cent ans. Comment peut-on dire qu’elle est encore « nouvelle » ?

« L’éducation nouvelle a plus de cent ans. Comment peut-on dire qu’elle est encore « nouvelle » ? »

Nous aimerions que cette phrase soit vraie, que la « nouveauté » ne le soit plus, étant intégrée au quotidien des classes et des établissements. Malheureusement, ce grand courant de rénovation de la pédagogie et de transformation des conceptions éducatives dans un sens plus horizontal et plus démocratique est loin d’avoir pénétré le système scolaire français. Il n’y a que dans les fantasmes des réactionnaires et des pourfendeurs de la pédagogie que ce mythe d’un enseignement « gangrené » par la pédagogie nouvelle peut sembler une réalité. Les conceptions traditionnelles restent majoritaires dans les faits, mais aussi dans les têtes. Beaucoup d’enseignants ne s’autorisent pas à essayer autre chose et ont parfois du mal à résister à la doxa médiatique ou aux affirmations péremptoires d’intellectuels qui n’ont pourtant guère de vraie expertise sur le domaine dont ils parlent avec tant d’assurance.

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C’est sur cet appel, repris en 1994 pour la « biennale de l’éducation et de la formation », dans une brochure parue alors sous le titre « L’éducation en mouvements » : qui conjugue volontarisme et réalisme que s’ouvrait le premier numéro d’une revue qui allait devenir après plusieurs changements de nom les Cahiers pédagogiques. C’était en 1945. A chacun de juger si l’esprit et les méthodes ont changé (et suffisamment), mais peut-être, si c’est le cas, les Cahiers pédagogiques y sont-ils pour quelque chose :

- en publiant chaque mois des témoignages sur « ce qui bouge » dans l’École ;

- en proposant des outils ;

- en se faisant tribune permanente des innovateurs, sans pour autant interdire l’accès de la revue à des contradicteurs ou à des esprits plus sceptiques ;

- en faisant connaître ce qui change en profondeur ;

- en constituant un lieu original d’échanges où se croisent et se rencontrent (ce qui est mieux encore), chercheurs, universitaires et les fameux « enseignants de base », ceux qui vont au charbon et que certains esprits malveillants cherchent à éloigner des horribles pédagogues qui veulent détruire notre culture ;

- en étant un porte-drapeau ( mais qui ne se prend pas trop au sérieux et se méfie des grands mots ).

Le Cercle de recherches et d’action pédagogiques s’est constitué autour de la revue, comme mouvement pédagogique indépendant, avec ses propres règles, son fonctionnement démocratique.
Une date importante : 1963 ; c’est la publication d’un document qui n’a pas pris trop de rides (au moins sur le fond) : « le manifeste pour l’Éducation nationale ». Le CRAP, dans ce hors série des Cahiers lançait déjà des propositions, se situant dans les débats éducatifs comme une association militante qui en particulier ne lie pas le sort de l’École à l’obtention éventuelle de moyens supplémentaires, même si cela peut être important et nécessaire.

On notera l’apparition de la devise paradoxale sur la couverture de la revue : « changer l’École pour changer la société, changer la société pour changer l’École ». Elle s’est maintenue, malgré les transformations intervenues dans l’air du temps. Elle s’articule aujourd’hui avec un autre appel :
« aimer, faire aimer l’École ». Les militants du CRAP n’ont pas vu de contradiction entre les deux formules. Ont-ils tort ?

Plus de vingt ans après, les relations du CRAP avec l’éducation dite nouvelle, ont elles évolué ? Qu’est-ce qui dans les textes anciens peut paraitre caduc ou à revoir ? Comment être à la fois héritiers d’un mouvement né il y a bientôt 100 ans et garder une dynamique innovante, sans jouer les nostalgiques d’un âge d’or de la pédagogie, tout aussi mortifère que les rêves d’école d’antan des réactionnaires ?

Proposons quelques réflexions sur des problématiques qu’il faut continuer à travailler à la lumière
des évolutions récentes :

La pédagogie nouvelle doit parvenir à définir sa place entre :

- les rêves naturalistes et spontanéistes privilégiant un « épanouissement de l’enfant » faisant fi de considérations sociales : une pédagogie hors sol ne prenant pas en compte le contexte et l’origine sociales des élèves

- une approche technocratique des compétences, proche du béhaviorisme ou du management libéral, où sont perdues de vue les finalités humanistes et l’accompagnement personnalisé de l’élève vers sa réussite

Elle doit aussi naviguer entre deux dérives :

- le tout collectif qui, sous prétexte de développer la coopération, en oubliant que la mise en
avant de l’individu libre est une conquête de la pensée des Lumières, ferait l’impasse sur le fait que le « vivre ensemble » n’est pas une fin en soi mais qu’à l’école c’est d’abord dans et par les apprentissages que l’on apprend à vivre ensemble.

- l’individualisme qui se confondrait avec la nécessaire personnalisation des apprentissages et des parcours, positionnement très présent actuellement au sein de certains courants se réclamant par exemple de Montessori.

Elle doit savoir intégrer l’ère du numérique et des réseaux sociaux, les avancées de la recherche et notamment celle sur les neurosciences, les nouveaux défis lancés à la citoyenneté par la montée des autoritarismes et des communautarismes, en évitant une fascination aveugle pour le progrès technique aussi bien que les rejets obscurantistes.

L’éducation nouvelle doit aussi se poser comme un acteur du débat public. Ce n’est pas forcément nouveau : déjà au moment du Front populaire, Freinet lançait un appel pour soutenir les réformes de Jean Zay. Il s’agit bien d’apporter un soutien, toujours critique, à ce qui va dans le bon sens, en résistant à la tentation du purisme, ou à l’enfermement dans le confort d’un entre soi, les réformes venant d’en haut étant toujours trop imparfaites, toujours insuffisantes, toujours insatisfaisantes. Il ne s’agit pas non plus de faire un culte unilatéral de « l’initiative qui vient de la base », et de s’engager naïvement dans une croyance en une tache d’huile novatrice qui se répandrait. L’impulsion institutionnelle reste souhaitable et indispensable même si l’on doit rester vigilant aux risques qu’elle
soit contre-réformatrice et faire alors bien des dégâts.

C’est d’ailleurs pourquoi le CRAP-Cahiers pédagogiques a lancé dans les années 2000 le mot d’ordre de « proposer et résister », en même temps, avec, selon les contextes, une insistance plus grande sur l’un ou l’autre des deux termes néanmoins indissociables.

Enfin, il est vraiment essentiel, comme évoqué plus haut, de refuser les doxas, de poursuivre les débats au sein même de la mouvance de l’éducation nouvelle, en favorisant partenariats et réflexions croisées, comme nous l’avons fait au CRAP-Cahiers pédagogiques au cours des dernières années sur
des sujets comme la validité de l’idée de « socle commun », la place d’une approche par compétences ou encore la prise en comptes des rythmes de l’enfant dans sa scolarité.


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