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Consultation nationale

Le CRAP-Cahiers pédagogiques et l’éducation artistique et culturelle

6 décembre 2012

Le CRAP-Cahiers pédagogiques a été sollicité par le comité de pilotage de la consultation nationale sur l’éducation artistique et culturelle. Contribution qui a pris d’abord la forme d’une audition au ministère de la culture, devant le comité de pilotage (le CRAP était représenté par Patrice Bride et Jean-Michel Zakhartchouk), puis d’une note que nous publions ci-dessous. A suivre…


Voici la note envoyée au comité de pilotage de la consultation nationale sur l’éducation artistique et culturelle, présidé par l’écrivaine jeunesse Marie Desplechins pour apporter sa contribution au futur « projet national en faveur de l’éducation artistique et culturelle qui sera mis en œuvre par le ministère de la Culture et de la Communication, en lien avec le ministère de l’Education nationale et autres ministères concernés, en collaboration avec les collectivités territoriales.

Les domaines artistiques et culturels sont de réels marqueurs d’inégalités. En effet, aux déficits liés au milieu social, s’ajoutent ceux venus invisiblement de l’école lorsque les activités de cette sorte sont réservées aux bons élèves, ou à des groupes choisis, ou encore rendues optionnelles. Il s’agit donc d’avoir une position volontariste dans l’école et en-dehors de l’école pour faciliter l’éducation artistique et culturelle et les pratiques artistiques et culturelles.
L’école a à prendre conscience de son devoir d’éducation... à l’éducation culturelle qui n’est pas un donné mais bien un acquis sur la très longue durée, depuis la maternelle au supérieur. Toutes sortes de différences, dans l’accès aux liens de culture, aux manifestations artistiques, aux pratiques culturelles, invisibles souvent, sont à l’oeuvre dans la société française. Il ne s’agit pas toujours de discriminations liées à l’argent, plus souvent des habitudes qui ne sont pas prises, des représentations qui excluent telle ou telle pratique musicale ou de passage dans les médiathèques par exemple. Des effets repoussoirs à deux sens se produisent et s’entretiennent. C’est pourquoi l’éducation culturelle doit se penser pour tous à l’école, et largement au-delà de l’école.

DANS L’ECOLE

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Le socle commun a heureusement consacré une place importante, contrairement à ce que disent certains de ses détracteurs, à la « culture ». Malheureusement, on a isolé d’une part la culture scientifique de la culture humaniste, au lieu d’envisager des interactions et des convergences, d’autre part on a trop mis le curseur du côté de la réception au détriment de la production.
Il est intéressant de reprendre ici ce qui est dit dans la compétence-clé « sensibilité culturelle » dans les recommandations du parlement européen. Après avoir rappelé l’importance de la connaissance des œuvres culturelles, on insiste sur « l’épanouissement personnel au travers des multiples formes d’expression », sur le développement nécessaire de « la capacité de comparer ses propres opinions et expressions créatrices à celles des autres et de repérer dans une activité culturelle des possibilités économiques et de les réaliser ». On évoque aussi « une attitude respectueuse et ouverte envers la diversité des formes d’expression culturelle » et sur la créativité de chacun.

Intégrer dans le cursus scolaire la présentation de travaux personnels d’élèves , individuels ou collectifs, y compris la fréquentation en dehors de l’école de lieux culturels

Une représentation. La place de la culture doit être forte, mais il ne faut surtout pas opposer transmission et création, intégration de règles et modèles et inventions, ne pas s’enfermer dans une conception « religieuse » de la culture, mais bien s’appuyer sur la diversité culturelle pour retrouver l’universel auquel nous sommes très attachés en France.
D’autre part il est bon d’englober dans culture le scientifique et le technique également, afin de ne pas s’enfermer dans du trop étroit et de privilégier les humanités. Afin également d’ouvrir ces dimensions largement aux filles qui en sont tenues ou s’en tiennent top souvent à l’écart.

Favoriser les projets mêlant sciences et arts. Ouvrir un site présentant des expériences en ce sens (comment s’ouvrir sur les techniques de production des œuvres…)

Le dispositif d’histoire des arts, dont la mise en pratique est largement satisfaisante, est un modèle de travail collectif dans la préparation et jusqu’à l’évaluation en fin de collège, lorsqu’il est en accord avec l’esprit qui a présidé à sa mise en place (ouverture très large, place donnée à l’inventivité de l’élève et à ses goûts, ponts entre œuvres à travers les époques et les lieux). Il serait judicieux de penser à d’autres travaux et évaluations de ce type dans d’autres domaines, scientifiques, techniques. le dispositif doit être l’occasion de valoriser les pratiques culturelles extérieures.

Dans les dossiers présentés par les élèves, encourager, voire rendre obligatoire, la présentation d’un travail personnel même sous une forme simple (photos personnelles d’œuvres, montages audiovisuels…)

L’éducation culturelle est l’éducation sur une vie. Elle doit donc absolument rester obligatoire s’agissant de l’éducation musicale et des arts plastiques, jusqu’à la troisième. C’est une éducation qui déjoue les pièges des inégalités sociales. Un enfant, un jeune, n’auront pas naturellement envie ou besoin de ce qu’ils ne connaissent pas, de ce que leurs parents ne leur auraient pas fait connaître. D’autre part il s’agit d’une éducation à vivre mieux, seul et ensemble, en apprenant à s’écouter, à percevoir, à observer, à juger, à s’exprimer, à rencontrer et accepter la différence. Elle n’est donc pas un supplément d’âme, ou de cœur. Elle peut être un liant social et un facteur de mieux-être individuel.

Tout établissement du secondaire devrait mettre en place un plan d’action culturelle, qui soit au cœur du projet d’établissement.

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1. Les disciplines scientifiques doivent être mises à contributions et être encouragées à l’interdisciplinarité, y compris en lycée où il faut encourager les TPE croisant sciences et « humanités ».
2. Le travail pendant les heures obligatoires en classe plutôt que les ateliers de volontaires
3. Des projets qui incluent les élèves les plus en difficulté
4. Des activités qui reposent sur des objectifs d’apprentissage, en lien avec les programmes scolaires. Mais il ne s’agit pas de « scolariser la culture », mais bien plutôt d’élargir la notion de « scolaire » en l’ouvrant à ce que la culture peut apporter. Ainsi, de nouvelles compétences (créativité, capacité à mener un projet collectif, inventivité), compétences nécessaires au citoyen du XXIe siècle, seront valorisées et trouveront leur place dans le cursus scolaire.
Remettre en vigueur le « livret de compétences dit expérimental » (lui trouver un autre nom !) visant à capitaliser les compétences acquises hors école (pratiques musicales, activités culturelles sur le plan local, participation à des ateliers de théâtre ou d’arts plastiques…)

Dans la formation des enseignants, il faut que ceux-ci :
- soient formés au montage de projets, à l’animation d’activités artistiques ou culturelles, réfléchissent à ce que peut être un partenariat
- soient incités fortement à s’engager dans des pratiques culturelles (notamment dans les ESPE) comme spectateurs et comme acteurs. On peut imaginer que durant leurs études universitaires, ils puissent participer dans des écoles et établissements à des projets, ateliers, etc.qui puissent être valorisés dans leur cursus.
- puissent collectivement réfléchir à leur mission de « passeurs culturels » en inventant des moyens de rendre les œuvres accessibles, d’établir des liens entre la culture « ordinaire » et les formes culturelles plus « classiques » et patrimoniales, qui sont un bien précieux qui doit appartenir à tous.
- soient formés dans un objectif pédagogique et pas seulement pour la culture personnelle. On pense aux actions comme École au cinéma par exemple : il s’agit de réfléchir aux dispositifs pédagogiques adéquats et pas seulement enrichir sa culture cinématographique. Il ne s’agira pas de travailler sur un film, mais de voir ce qu’on peut faire avec des élèves ou jeunes.
- aient connaissance des pôles culturels locaux, de manière à connaître des personnes hors EN et établir tôt des contacts et des habitus.
- prennent conscience que leur formation va se poursuivre tout au long de leur carrière à travers les partenariats, les projets, les sorties et toutes les rencontres avec des personnes et des sujets culturels variés et enrichissants. D’où l’intérêt de rencontres avec les partenaires durant la formation, voire des formations communes (sur le thème : comment appréhender une œuvre d’art, comment travailler l’expression dramatique avec des élèves…)

Dans les formations, faire réfléchir aussi sur les parcours culturels des enseignants, leur vécu personnel. Échanger sur les pratiques de « passeurs culturels ».

L’ECOLE ET L’EXTERIEUR

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L’éducation culturelle doit se penser en termes de partenariat, qui permet à l’école et aux enseignants de ne pas tourner à vide et autour d’eux-mêmes, mais de s’enrichir et de toucher tous les horizons de l’élève : l’école, la famille, les municipalités, les structures (comme les conservatoires, ou les associations par exemple) et les personnes du milieu artistique et culturel.
Le recours à l’extérieur est une ouverture indispensable, il doit s’intégrer à un cadre global. La pire des choses est de penser que les activités culturelles extérieures dispenseraient l’école de les mettre en œuvre en son sein. A cet égard, il faut réfléchir au « carnet culturel » ou à un livret de compétences étendu qui permettrait de valoriser les activités culturelles hors école.
Un principe du partenariat : des rôles complémentaires et non une confusion de rôles, chacun doit être gagnant, ne doit pas « y perdre »...

Un exemple de partenariat fécond : à Creil, dans l’Oise, un travail dans le cadre du « contrat culturel départemental » permet à une classe de pratiquer régulièrement du théâtre, intégré au travail scolaire ordinaire, de mener un projet d’écriture « sur les pas de JJ Rousseau », avec « rando-écriture » dans la ville et de représenter un texte composé à partir des écrits des élèves sur la scène théâtrale de la ville. Tout en visitant en fin d’année un lieu culturel riche : le parc JJ Rousseau.

Dans cet objectif, toutes les démarches administratives pour monter des partenariats gagneront à être simplifiées, avec par contre pour garde-fous de garder comme critères les éléments présentés dans la première partie (pour les classes entières, incluant les plus difficiles, concourant aux apprentissages).

On peut imaginer une liste nationale de lieux, pratiques, personnes ressources administratives et côté intervenants, et la création d’un fichier d’expériences pour mutualiser ce qui sur fait sur le territoire et localement.

On peut s’inspirer, voire, encore mieux, rejoindre Expérithèque qui répertorie au niveau national les innovations et qui par mots-clés permet une recherche aisée et utile.

Les ressources, existantes et à réaliser, gagneront à être rendues gratuites pour pousser l’utilisation dans les classes.
Cependant il n’est pas sûr que la gratuité doive être érigée comme un dogme ; elle peut être un obstacle dans les conditions actuelles à la mise en œuvre de projets et le fait de demander une participation à des jeunes pour une sortie culturelle ne devrait pas être considéré comme choquant. À condition qu’on veille à aider ceux qui ont vraiment des difficultés.
Il faudrait parvenir également à obtenir un statut de « diffusion pédagogique » pour des œuvres, comme des films projetés, dans la mesure où l’objectif est bien d’amener aussi des jeunes à devenir des « consommateurs culturels ».

Une formation à l’image est indispensable. La projection de classiques du cinéma doit être encouragée, mais avec un accompagnement qui soit surtout pédagogique.

Si une place doit être faite à des dispositifs spécifiques (classes à PAC, classes-patrimoines, clubs, accompagnement éducatif), en aucun cas ceux-ci ne doivent être un substitut à l’action ordinaire en classe et ne doivent pas disposer de tout le budget disponible.
Les partenariats avec des institutions culturelles doivent être discutées et ne pas être fondées sur le prestige ou sur l’excellence d’une production qui serait l’œuvre d’une petite partie des élèves. Les critères de financement doivent être clairs.

Enfin, dans la classe et avec l’extérieur, ces pratiques ont tout à gagner à utiliser les nouvelles technologies, depuis celles qui permettent de diffuser des images, des sons jusqu’à celles qui permettent de faire connaître ce que l’on a expérimenté, ou celles qui permettent de communiquer à distance (par vidéoconférence, ou par mail) avec des sites ou personnes éloignées. Le numérique est aussi un moyen de réconcilier notamment les garçons de milieu populaire avec la culture (de même que le recours à toute forme de nouvelle technologie)

Les espaces numériques de travail dans les établissements scolaires doivent être utilisées pour capitaliser les activités culturelles des élèves. Tout doit être fait pour faciliter ce travail, y compris en ne censurant pas l’utilisation de moyens de diffusion type « youtube », etc.)

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Voir en ligne : le site du comité de pilotage

Photos Mathilde Bernos