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N°485 - Dossier "La vie scolaire : l’affaire de tous ?"

Le CPE, acteur du développement durable

Par Alain Béchet

Comment le concours de la plus belle courgette, lancé par le CPE du lycée, conduit celui-ci à s’engager dans un projet de développement durable conséquent, et lui permet de remplir bien des missions...

Même s’ils n’apparaissent pas dans le dossier du n°478 des Cahiers pédagogiques (janvier 2010), les conseillers principaux d’éducation sont bien concernés par la généralisation de l’éducation au développement durable (EDD), qui n’est pas une chasse gardée des enseignants. Elle peut même être une entrée formidable pour investir nos domaines de responsabilité.

Les idées fusent à la cantine

Régulièrement, le midi, à la cantine, les conversations portent sur le jardinage : potager bio ou pas, à quel moment doit-on semer la mâche, comment se débarrasser des limaces (j’ai une solution efficace et respectueuse de l’environnement), etc. Notre agent « espace vert » est très sollicité pendant ces échanges. Bien qu’il soit carreleur de formation, c’est un vrai « guide Clause ».
Lors d’un repas, je lance l’idée d’un concours entre nous : celui de la plus belle courgette ! L’idée a un grand succès. Plus d’une dizaine de collègues s’inscrivent. Réunion chez l’un, pour établir un règlement. Rendez-vous le jour de la prérentrée avec les spécimens. Repas chez un autre et remise des prix…
Cette anecdote est le point de départ de notre engagement dans le développement durable. En effet, avec ces collègues, nous nous sommes rendu compte de notre envie de travailler ensemble, de nos valeurs communes pour le respect de notre environnement, de notre rôle à jouer auprès des élèves.

Balbutiements

Une petite équipe (une enseignante de SVT, trois collègues de mathématiques, un CPE, l’agent espace vert, et un membre de l’intendance) se réunit tous les mardis, occasion de mettre en perspectives nos idées et de nous lancer sur quelques actions isolées comme la création d’un club écocitoyen pour les élèves, recyclage du papier. Nous prenons contact avec la mairie qui est engagée dans un Agenda 21.
Nous commençons à être reconnus par l’ensemble de la communauté scolaire comme les référents « développement durable ». Je suis destinataire de tous les courriels, notes de service, circulaires, sur ce thème.
Nous apprenons que le rectorat met en place une formation à la mise en projet d’action sur le développement durable. Nous sommes plusieurs à être intéressés par cette formation de coordonnateur développement durable. Un tirage au sort s’impose ! Je gagne. Nous espérons beaucoup de cette aide pour organiser nos idées et les relier dans un projet global.

Constitution d’un comité de pilotage

Le comité de pilotage se réunit, sur invitation du chef d’établissement, afin d’aider le lycée dans ses actions de développement durable. Son rôle consultatif est de sensibiliser, de mobiliser des acteurs, de diagnostiquer, de décider de plan d’action et de les évaluer. Il est composé :
du chef d’établissement, responsable de la démarche ;
du coordonnateur développement durable, pilote du projet : le CPE ; 
de représentants de la communauté éducative : quatre enseignants, deux ATOSS, l’infirmière, deux parents et quatre élèves ;
d’un représentant de la ville ;
d’un représentant du Conseil régional.

Diagnostic
Toute démarche de projet repose sur un état des lieux préalable. Ce diagnostic a été réalisé au moyen :
- d’une enquête technique, recensant des informations essentiellement quantitatives (consommation d’eau, d’énergie, déchets triés, etc.).
- d’une enquête qualitative, réalisée à l’aide d’un questionnaire à destination de la communauté du lycée. Nous avions besoin de juger les connaissances générales sur le fonctionnement de notre établissement et sur la vie en interne en termes d’alimentation, de déplacement, d’eau, de déchets, d’énergie, de qualité de vie, d’équipements, de diversité socioculturelle, de solidarités locales et internationales et de biodiversité. Par souci du respect de notre environnement, ce questionnaire de 70 questions a été élaboré sur ordinateur, mis en ligne en interne au lycée et a été rempli par 647 personnes.
Notre travail a été ensuite d’analyser les réponses et de faire un état des lieux des connaissances et des attentes. Il s’avère que certains axes prioritaires se dégagent :

  • Déplacements : favoriser la venue au lycée en vélo (pistes, parking…) ;
  • Déchets : intensifier le tri ;
  • Biodiversité : réaliser des nichoirs, nettoyer des sites naturels…
  • Solidarité : développer les actions avec les associations locales ; développer l’entraide scolaire ; développer les actions de solidarités locales, nationales et internationales (Unicef, banque alimentaire…).

Le comité de pilotage a retenu quinze actions pour l’année 2009/2010. Ces actions sont détaillées sur le blog « Développement durable » hébergé sur le site du lycée.

Une occasion de collaborer avec le personnel enseignant

Une des missions du CPE est de développer les collaborations avec le personnel enseignant, notamment dans la mise en œuvre des projets. En tant que coordonnateur du projet développement durable, je travaille avec « le noyau dur » des professeurs à l’origine de cette initiative. Sans ce travail partagé avec ces quelques collègues généreux de leur temps, de leur envie d’agir avec les élèves et leur enthousiasme, le projet ambitieux irait à sa perte. D’autres collègues se greffent ponctuellement à la démarche. Par exemple pour la phase de diagnostic, une trentaine de professeurs a mobilisé ses élèves pour répondre au questionnaire informatique.
Avec un professeur documentaliste nous œuvrons à la mise en place d’un Acablog développe ment durable par les élèves ; ce travail commun renforce les liens entre CDI et Vie scolaire.
La collaboration s’étend à d’autres personnels que les enseignants : infirmière, secrétaires, agents d’accueil, ouvrier d’entretien…
Un soutien sans faille de l’équipe de direction permet de faciliter et d’encourager toutes nos initiatives.

Une occasion de développer l’animation éducative

Le projet me permet d’établir des relations privilégiées avec les élèves et donne une autre dimension à la fonction de CPE. Le CPE ne se réduit pas à l’image du « surveillant général », mais il anime des séquences avec les élèves, répond aux attentes des élèves, joue un rôle éducatif en animant le club, en aidant les élèves en difficultés avec le parrainage, en animant l’Acablog, avec les élèves du comité de pilotage, en travaillant avec les internes sur l’appropriation des espaces verts (mangeoires et nichoirs pour les oiseaux). Ce rôle d’animation rapproche le CPE des pratiques des enseignants et des professeurs documentalistes : construction d’une séance, progression, contenu, objectifs et moyens mis en place, évaluation.

Une occasion de travailler les piliers 6 et 7 du socle commun

Si la notion de développement durable évoque spontanément la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité, les modes de production et de consommation responsables, elle implique aussi un engagement de solidarité et d’épanouissement de tous les êtres . À ce titre, l’EDD s’inscrit dans le cadre des piliers 6 et 7 du socle commun : les compétences sociales et civiques ; l’autonomie et l’initiative.
En effet, des actions comme le parrainage, l’accueil des élèves handicapés, le don du sang, la collecte de produits pour les plus démunis permettent aux élèves d’intégrer la nécessité de la solidarité, de la prise en compte des besoins des personnes en difficulté physique ou économique, en France et ailleurs dans le monde.
L’autonomie de l’élève est sollicitée tout au long du projet développement durable : échanger, agir, choisir en connaissance de cause, acquérir des méthodes de travail, respecter des consignes, élaborer un dossier, rechercher des informations, développer sa persévérance, trouver et contacter des partenaires, déterminer des tâches à accomplir.

Une occasion de travailler le B2I

La réalisation de l’Acablog est une entrée possible pour réinvestir ou valider des compétences du B2I (Brevet Informatique et Internet) : écrire sur le Web, bon usage de l’internet, protection des mineurs, développement des usages des TICE, communiquer, échanger, charte d’utilisation de l’internet. Le travail mené avec le professeur documentaliste permet de mobiliser différentes compétences du B2I.

Je pense que la place du CPE dans un projet d’établissement du développement durable est une entrée intéressante pour répondre à ses missions. Cette entrée répond à une demande croissante de l’institution. L’image du CPE apparait alors sous un autre angle pour l’ensemble de la communauté scolaire grâce à un vrai travail d’équipe et d’animation éducative auprès des élèves.

Alain Béchet
Conseiller principal d’éducation en lycée au Havre
Membre du GRAPE


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