Accueil > Publications > Les billets du mois > Lapsus ou ignorance ?


Billet du mois (N°429-430 janvier-février 2005)

Lapsus ou ignorance ?

Par Gérard Giraud


« Cent minutes pour convaincre », 19 novembre 2004 : notre ministre expose ses grandes orientations pour l’école. Olivier Mazerolle, le présentateur, aborde la question des TPE. Voulant bien faire, il cherche à expliciter le sigle : « travaux pratiques encadrés », hésitant, les yeux scotchés sur un feuillet que l’on voit trembler. C’est pas bien, monsieur le journaliste, de venir en cours sans connaître sa leçon.

On attendait une prompte et souriante réaction du Super ministre, le vrai spécialiste (sinon, pourquoi l’aurait-on nommé là ?). Calme plat. Sans sourciller, il laisse passer l’approximation avec indulgence, portant au crédit de l’impopulaire Claude Allègre l’invention de ce dispositif exotique. Mais qu’ils soient « pratiques » ou « personnels » importe peu : on comprend qu’ils constituent en eux-mêmes une quasi-erreur à corriger d’urgence. Il suffit pour cela de les déclarer « intéressants » tout en les privant d’enjeu.

Poursuivant, le ministre précise avec force qu’il a pris la décision de « les maintenir en 2de en en 1re ». Patatras : il n’y a pas de TPE en 2de... Le professeur Fillon voulait-il vérifier que la classe suivait (l’astuce est aussi vieille que les punitions collectives) ? On se prend à se féliciter d’avoir allumé le téléviseur : qu’est-ce qu’on rit ! Le ministre insiste : il faut supprimer les TPE en terminale pour redonner leur place aux matières fondamentales comme le français. On suppose qu’il suggère en réalité de supprimer aussi les TPE en 1re puisque c’est là que les élèves passent leur épreuve anticipée... Allez, transformons les TPE en IDD pour les trouver « très bien » en 2de et en 3e. Mais attention à ne pas gêner le « brevet des collèges » !

Plus tôt, il avait fait du CE1 la première année du primaire. Il citera ensuite les BTS comme « formation universitaire ». Il pensait sans doute aux DUT. On se dit alors que le comique n’est peut-être pas volontaire. Emporté par la passion et voulant citer « les bac », il s’exclame enfin « le bac scientifique, le bac littéraire et euh, euh... le bac économique ». Les bacheliers technologiques et professionnels, eux, rient jaune. Finalement, contré par le journaliste Alain Duhamel sur le sujet des inégalités à l’école, il ne sait que lui demander... ce qu’il a à proposer lui-même !

Un conseil, monsieur le ministre : avant de faire la leçon, on ne se contente pas de relire le résumé du chapitre... Et savez-vous ce qui vous pend au nez ? C’est que les enseignants vous retournent l’appréciation qu’ils réservent aux élèves dilettantes : « Vous avez des capacités mais vous ne semblez pas motivé par votre travail. Ressaisissez-vous : vous en avez les moyens ! » Un public moins bienveillant ne manquerait pas de se demander qui vous a préparé à donner des réponses sans connaître les questions... qui sont au programme.

Gérard Giraud, Académie de Versailles.