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La vie a plus d’imagination que toi

Najat Vallaud Belkacem, Grasset, 2017

28 mars 2017

«  Le style c’est l’homme  » écrit Jacques Lacan. Mais alors, qu’est-ce que le style ? Pour en percevoir le sens, plongez vous dans le livre de Najat Vallaud Belkacem paru chez Grasset.

Vous y découvrirez le charme d’une peinture impressionniste. Le choix d’éclairages du quotidien, une tendance à en retenir les impressions fugaces, la mobilité des associations qui naissent au fil de la mémoire, recrées par une sensibilité à fleur de peau, bref un romantisme latent vous convaincrons.

Vous y reconnaîtrez aussi les aplats d’une peinture qui ne varie ni en luminosité ni en pureté lorsqu’au détour du quotidien vous serez plongé dans une réflexion aboutie à propos d’une problématique d’actualité.

Mélange des genres, alternance des styles. La vie, quoi ! L’impressionnisme ? Celui des bonheurs que l’on sait trouver surtout lorsqu’ils sont simples. Comme s’amuser avec «  deux poules malingres, chétives et bavardes  » dans la cour de la ferme à Beni Chiker. Comme cette eau limpide tirée du puits qui «  est une pensée douce et tragique  ». Comme lorsqu’à quatre ou cinq ans on quitte son pays et sa langue berbère pour venir vivre en France, retrouver son père et découvrir le français. Comme ces joies tirées des lectures qu’apportait le bibliobus tous les samedi après-midi dans un quartier d’Amiens. Comme lorsqu’à dix-huit ans, on ressent la joie de devenir française. Comme lorsqu’arrive «  la bourse d’études pour Sciences Po et une chambre dans une résidence étudiante  ». Comme encore à vingt ans lorsqu’on est «  cette jeune fille qui fait sa première promenade seule, dans Paris, vers vingt deux heures, et s’extasie  ». Comme la rencontre avec Boris, «  un indispensable soutien  » et plus encore.

Le bonheur se donne à celui qui a vaincu sa peur de vivre et qui considère sa vie comme une étincelle sacrée dans la continuité des âges (proverbe tibétain). Najat Vallaud Belkacem sait saisir le bonheur que d’autres sans doute n’apercevraient pas.

Un aplat en peinture désigne une surface de couleur uniforme qui ne recèle pas de coup de pinceau visible. Les nabis, ces post impressionnistes tels Sérusier, Valoton, et plus récemment Soulages avec ses ultra noirs, suscitent des vibrations dans le lisse et le plat. Ce sont ces battements de pouls que recèlent quelques unes des actions de la ministre Najat Vallaud Belkacem, au Ministère des droits des femmes le 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes – «  une date pareille ça ne s’invente pas  », avec la loi contre la prostitution, avec, mais elle est peut-être insuffisamment prolixe sur le sujet, son action au ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Battements de pouls car derrière le squelette des lois se tient chevillée au corps la chair de la foi en la France et en la République.

«  La vie a plus d’imagination que toi  », le titre de cet ouvrage, est un propos renouvelé de la mère de Najat rapporté avec plaisir. Il faut y entendre un message d’espérances qui rend l’utopie possible et un message de modestie qui rend l’action discrète.

Cette vie, sa vie, chacun en est responsable, mais pour partie seulement. Revendiquer le métissage entre sa responsabilité dans la conduite de son existence et accepter le fortuit toujours incertain, c’est parvenir en partie à retrouver l’origine de ses engagements, le sens de ses combats.

Un (une) Ministre de la République, n’est pas seulement un être construit par des textes de lois et divers décrets. Il est aussi une personne avec une histoire. C’est ce que le livre de Najat Vallaud Belkacem peint à petites touches nous rappelle.

Michel Develay