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Recension parue dans le N° 370 de janvier 1999

La soumission librement consentie

Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois. PUD, Psychologie sociale, 214 p., 1998

18 janvier 1999


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Le sous-titre du livre évoque bien sa thématique centrale : comment amener les gens à faire librement ce qu’ils doivent faire ? et devrait intéresser au premier chef les pédagogues et éducateurs qui ont à gérer la contradiction contenue dans l’injonction paradoxale : " sois (ou deviens) autonome ! ". Les auteurs, travaillant dans le champ très vaste de la " psychologie sociale ", en s’appuyant sur des enquêtes ou recherches-actions très suggestives, nous livrent quelques techniques quasi imparables pour, par exemple, amener des étudiants à choisir de se livrer à des travaux fastidieux ou pénibles, des ouvriers à mieux respecter les normes de sécurité ou des lycéens à mieux se protéger contre le SIDA. Alors que la contrainte ou l’incitation gratifiante ne marchent guère, surtout si on veut modifier, non des opinions mais des comportements, la mise en œuvre par l’individu concerné d’un engagement, même minime au départ, fait obtenir des résultats spectaculaires (ce que les auteurs appellent un " pas-de-porte " ou ce qu’ils désignent comme " escalade de l’engagement "). Et on note au passage les applications suggérées dans le domaine scolaire : obtenir un engagement des élèves, leur donner un sentiment de liberté de choix (qu’on pense aux négociations autour d’un règlement intérieur), pratiquer le renforcement positif, tout cela surpasse largement en efficacité " la carotte ou le bâton ". Ainsi, des étudiants à qui on donne une rémunération pour une tâche donnée se sentent beaucoup moins liés au comportement qu’ils ont adopté et l’abandonneront très vite, au contraire de ceux qui se sont engagés gratuitement.

À la fin du livre, les auteurs répondent aux objections (en particulier d’ordre éthique) qui pourraient leur être faites et précisent leurs conceptions du comportement humain, tout en envoyant une volée de bois vert à nombre de leurs confrères, ce qui semble pour le moins bienvenu lorsqu’on songe à certains résultats d’enquêtes chèrement payées, obtenus après de longs entretiens dits " semi-directifs " et dont les conclusions ne sont que des platitudes peu étayées.

Si le néobéhaviorisme de nos auteurs peut prêter à contestation (mais ceux-ci s’expliquent là-dessus et ne prétendent pas tout expliquer par leur théorie), si le style parfois inutilement relâché ("lancer le bouchon un peu loin") et l’humour pas toujours léger peuvent irriter, on ne peut cependant que tirer profit de ces études souvent étonnantes et troublantes et peut-être, après les travaux de l’école américaine de Palo Alto et des psychologues de la motivation, réinvestir dans notre pratique de formation certains apports de ce livre.

Jean-Michel Zakhartchouk


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