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La solidarité commence à l’école

Par Bruno Masurel - Le courrier d’un lecteur suite à la publication de notre dossier sur l’éducation au développement durable (n° 478, janvier 2010)


La main de celui qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit. (proverbe africain)

Beaucoup voient le développement durable comme un développement qui respecte l’environnement, les générations futures. Pour nous à ATD-Quart Monde, qui côtoyons la misère et les gens vus trop souvent comme des « bons à rien », juste bons à ce qu’ils acceptent que les autres les aident, nous pensons qu’un développement durable est celui qui fait que chaque individu sur terre trouve sa place d’acteur dans ce développement. Un développement où « le monde est riche de tout son monde », selon une expression que nous avons souvent.
J’écris ces lignes quelques jours après le tremblement de terre qui a ravagé Port-au-Prince. On ne peut accepter qu’on présente les Haïtiens comme des incapables, et l’aide internationale comme la voie du salut ! Haïti ne peut se reconstruire positivement que si les Haïtiens sont les premiers acteurs de cette reconstruction, car c’est ça qui peut permettre que leur développement soit vraiment durable, si c’est avant tout leur affaire, et qu’ils empêchent les distributeurs de milliards d’aide humanitaire de se substituer aux Haïtiens.
Le contraire du développement durable, aujourd’hui en France, c’est d’accepter que 2,5 millions de personnes chaque jour reçoivent des repas gratuits, que ça s’aggrave chaque année, et que les médias ne cessent de confondre solidarité et assistance, comme si la seconde était la manifestation tout à fait légitime, voire unique, de la première.
Même à l’école, où nous intervenons pour pousser à ce que la solidarité fasse partie des valeurs enseignées aux enfants, nous avons beaucoup de peine à faire passer notre message, auprès des enfants et des jeunes, car c’est bien plus facile pour les enseignants, de « faire cours », voire d’appeler les jeunes à s’émouvoir quelques heures, lors d’une catastrophe, pour un téléthon, ou une campagne des restos du cœur, que de les mobiliser pour construire une solidarité vécue, dans une relation de coopération, pour que les enfants soient solidaires, pour que chacun d’eux trouve sa place, soit vraiment acteur de sa formation, et devienne un adulte utile et non un futur assisté, un exclu, un résigné à dire merci aux bienfaiteurs...
La solidarité et le développement durable n’ont aucun sens si des enfants à l’école apprennent à ne pas s’inquiéter de ce que juste à côté d’eux, dans leur classe, dans la Segpa de leur collège, dans le LEP d’à côté, 10 ou 15 % d’enfants n’apprennent rien, n’intéressent personne, sortent du système éducatif sans aucune chance d’être vraiment utile et reconnu par leur apport à la collectivité. Leur futur est nécessairement précaire, et finalement, on s’y accoutume, car les problèmes de l’environnement et du réchauffement climatique sont plus graves, et qu’il faut les y éduquer d’urgence.
Pour notre part, nous voulons engager en France, avec d’autres, des actions pour une école qui ne laisse pas de côté tant de jeunes, qui transmette vraiment des valeurs fondant une société plus solidaire. Et cela nous parait tout à fait inadmissible que le développement durable fasse abstraction de leur expérience, celle des jeunes sans avenir, pour que l’exclusion n’existe plus. Ces combats et actions finiront par se rejoindre, sans doute...

Bruno Masurel, Mouvement ATD-Quart Monde.