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Recension parue dans le N° 383 d’avril 2000

« La sociologie des savoirs »

Revue Éducation et sociétés, n° 4, éd. de Boeck Université

12 avril 2000

Le numéro est coordonné par Bernard Lahire qui discute dans un premier texte des rapports entre « sociologie de l’éducation et opacité des savoirs ».

Il montre comment les recherches concernant la sociologie de l’éducation se sont actualisées en quatre pôles de questionnements. D’abord, l’école comme lieu de transmission de savoirs intéressant la didactique, l’histoire des disciplines, l’anthropologie et la sociologie cognitive, la sociolinguistique. Ensuite, l’école comme « instrument sociopolitique d’oppression de l’État sur les futurs citoyens ou comme lieu de disciplinarisation des corps et des esprits ». Encore, l’école instance de reproduction des rapports sociaux inégalitaires, et donc comme entreprise de sélection. Enfin, « l’école comme lieu de sociabilité formelle ou informelle entre enfants de même âge, comme lieu et temps de la formation d’expériences ». Il montre comment la sociologie du curriculum correspondant au premier pôle s’est peu développée et n’a donné lieu qu’à une faible production de travaux empiriques.

« Pour une didactique sociologique » est le titre d’un entretien entre Bernard Lahire et Samuel Johsua. Il y est question de possibilités de rapprochement au niveau des questionnements respectifs entre une didactique qui approche les savoirs par l’étude de leur nature (épistémologie des savoirs scolaires) ou de leurs conditions de transmission (on y discute de transposition didactique, de contrat - plus pédagogique que didactique dans la manière dont les deux intervenants en parlent) et une sociologie de l’éducation qui envisage les conditions de constitution de savoirs, sans s’intéresser à leur destinée ultime - leur appropriation ou non par les élèves. Les termes du débat sont intéressants. Il est moins certain qu’en final on voie plus clair sur ce qui pourrait constituer une didactique sociologique ou une sociologie didactique. On peut avoir le sentiment que la recherche est encore largement organisée autour de la logique disciplinaire plutôt qu’autour de la logique de problèmes.

On trouvera encore d’autres articles, notamment une traduction française de l’ouvrage de Jean Lave Psychologie et anthropologie qui discute la notion de transfert de connaissance en s’intéressant aux procédures arithmétiques entre des situations scolaires (lors d’un contrôle de maths par exemple) et des situations de la vie de tous les jours (au supermarché ou dans la cuisine).

Une revue riche, utile au formateur et au chercheur.

Michel Develay