Accueil > Ressources > Nous avons lu > La saveur des savoirs. Disciplines et plaisir d’apprendre


Recension parue dans le N°468 de décembre 2008

La saveur des savoirs. Disciplines et plaisir d’apprendre

Jean-Pierre Astolfi, ESF, 2008

2 décembre 2008

Le titre est alléchant, bien sûr. Au-delà de l’allitération, Jean-Pierre Astolfi rappelle d’ailleurs que les deux mots, saveurs et savoirs, partagent une même racine latine, sapere. Il s’inquiète d’une école où les savoirs sont bien souvent sans goût, rabougris, réduits à des empilements d’énoncés à mémoriser à court terme, sans réelle appropriation. Il s’inquiète également d’une certaine mode autour du travail par compétences ou par interdisciplinarité qui dévaluerait également les savoirs disciplinaires, dans une opposition qui pourra paraître discutable. Il présente un plaidoyer vigoureux en faveur d’une conception exigeante des savoirs : si la pédagogie a pu un temps être trop portée sur les seuls apprentissages de type cognitif (comment mieux apprendre à apprendre), il est certain que la construction à l’école des outils conceptuels permettant de dépasser les perceptions premières du monde est un enjeu essentiel, qui reste largement en chantier. Combien d’enseignants souscriront pleinement à l’idée que « maîtriser une discipline, c’est moins y acquérir des connaissances spécialisées que s’approprier les distinctions qu’elle opère, intégrer les catégories nouvelles qu’elle établit », qu’un savoir de haut niveau relève plus « d’une compétence à regarder de haut ses connaissances » que « d’empilements toujours plus élevés de contenus » ?
Jean-Pierre Astolfi propose des mises au point solides pour « exposer la classe aux savoirs » plutôt qu’« exposer des savoirs à la classe » : renoncer à des conceptions simplistes de la transmission, confondant enseigner et apprendre, accomplir une tâche et atteindre un objectif, se focaliser sur les bases, les prérequis, la motivation des élèves ; gérer les difficultés pour l’élève dans le voyage que constitue l’apprentissage des savoirs, la peur de s’y engager, la tentation de musarder ou de rebrousser chemin, le risque de se perdre ; se rappeler que les enseignants eux-mêmes ont pris bien des chemins de traverse avant de maîtriser leur discipline ; être capable de maîtriser les « champs conceptuels » de sa discipline, de percevoir les « objectifs-obstacles », de travailler à partir de problèmes majeurs dans son champ disciplinaire. Objectifs bien ambitieux, mais qui devraient trouver leur place au premier plan de la formation des enseignants, en particulier par la prise en compte de l’épistémologie des disciplines. Pratiquer des analyses de séquences d’enseignement en s’efforçant de déterminer ce qui s’y joue en termes d’apprentissages conceptuels, en observant les activités intellectuelles menées par les élèves (et pas seulement les questions relationnelles ou l’activité de l’enseignant) contribuerait également à qualifier davantage les enseignants sur le plan didactique.
Si l’enseignement de la biologie est souvent mobilisé en appui des propos tout au long du livre, il se termine par des développements convaincants sur l’apprentissage de l’oral et de l’écrit, et des savoirs de la documentation, qui persuade de tout l’intérêt de la démarche.
Un livre ambitieux, qui invite au débat (par exemple sur les découpages disciplinaires, ceux de la science et ceux de l’école) et qui fixe des objectifs roboratifs à la croisée de la pédagogie et de la didactique.

Patrice Bride