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La revue de presse du vendredi 29 mai 2015

Réformer, pourquoi ? - Réformer, comment ? - Réformer ? Non, non, non - Divers


La réforme fait un retour en force dans l’actualité aujourd’hui, avec plusieurs analyses intéressantes et une enquête sur la mixité sociale. Quelques informations diverses complètent le tableau.


Réformer, pourquoi ?

Aujourd’hui est sortie une enquête très intéressante sur l’état de la mixité sociale au sein de l’école."Deux jeunes chercheurs, Son Thierry Ly et Arnaud Riegert, rattachés à l’école d’économie de Paris, ont passé à la moulinette Excel deux indicateurs : l’origine sociale de toute une génération d’élèves entrés en sixième (c’est-à-dire la catégorie sociale professionnelle, CSP, des parents) et leurs résultats au brevet quatre ans après, seul indicateur permettant d’avoir une idée de leur niveau scolaire." Quelques éléments de réponse sont donnés dans Libération. "Dans un monde où la mixité sociale serait parfaite, chaque élève aurait dans son établissement 22% de camarades venant de familles aisées. Dans les faits, on en est loin. Les élèves de CSP + (parents cadres, profs, chefs d’entreprise, etc.) comptent en moyenne dans leur établissement près de deux fois plus d’élèves venant comme eux d’origine aisée que d’élèves de classes moyennes ou populaires." La ségrégation sociale est faible dans les zones rurales, plus importante dans les grandes villes et elle double au lycée.

A propos de ce rapport sur la mixité sociale, trois journalistes du Monde se sont intéressés de près aux classes bilangues accusées d’être élitistes. "« ces options sont plus scolairement que socialement marquées ». Autrement dit, que les bilangues comme le latin attirent davantage les bons élèves que les élèves bien nés. [...] Les classes bilangues s’imposent ainsi comme des filières informelles d’excellence, parfois utilisées par des familles pour contourner la carte scolaire. Elles peuvent permettre d’éviter le collège de secteur et d’accéder à un établissement ayant une meilleure réputation." Cependant, elle peuvent être un moyen dans certains secteurs de maintenir justement une certaine mixité sociale. Le rapport reconnait "que les classes bilangues – mais aussi l’option latin – ont « un effet limité sur la ségrégation ».


Réformer, comment ?

Beaucoup de questions se posent sur la manière de réformer, notamment à propos de l’interdisciplinarité et de l’autonomie des établissements. Deux articles des Cahiers pédagogiques en parlent. Pour Lionel Jeanjeau dans "Ne tirez pas sur le principal !", "S’en prendre au principal comme étant le premier (voire l’unique) bénéficiaire de la réforme, c’est en effet croire, ou faire semblant de croire, que le principal d’un collège peut réellement se comporter avec les enseignants comme un cadre d’entreprise avec ses subordonnés (et même là, que de fantasmes sur un monde de l’entreprise que bien peu d’entre nous connaissons réellement !). " Au contraire, son rôle est d’ " arbitrer des conflits entre enseignants et parents, pacifier la relation éducative entre les enseignants et leurs élèves, c’est faire de la pédagogie ; construire un emploi du temps qui optimise les chances de réussite des élèves, c’est faire de la pédagogie ; arbitrer pour confier (ou non) telle ou telle classe, telle ou telle section, à tel ou tel enseignant, plutôt qu’à tel ou tel autre, c’est faire de la pédagogie ; et surtout, ce qui nous intéresse directement ici, construire des équipes de classe capables de travailler ensemble, de coordonner les efforts des uns et des autres, qu’est-ce donc sinon de la pédagogie ?" Si tous les chefs d’établissement pouvaient être de la même trempe, parce que malheureusement...

Michel Delevay s’intéresse pour sa part à l’interdisciplinarité et à l’autonomie de l’enseignant qui font si peur à certains. "La nouvelle professionnalité des enseignants en gestation à travers la réforme des collèges a besoin d’être encouragée, soutenue par des aides formatives attentives à exemplifier des possibles, éclairer des parcours, illustrer les obstacles parfois rencontrés, dévoiler comment ils ont été surmontés. Sans doute serait-il nécessaire que le ministère après la réforme du collège se mette à parler des points d’appui formatifs pour cette réforme. C’est seulement à unir changements en termes de contenus, de procédures d’enseignement-apprentissage, d’évaluation des élèves d’une part, mais aussi procédures de formation diversifiées et de gouvernance synchrone d’autre part que cette réforme ne sera pas que programmatique, mais curriculaire".

Jean-Michel Zakhartchouk s’intéresse au nombre d’élève par classe qui, pour lui, est un faux problème. C’est un peu vrai, mais des classes de 6e à 28, ce n’est pas facile quand on veut individualiser l’enseignement...


La réforme ? Non, non, non.

Dans Le Monde, François Bayrou développe "Dix évidences sur la réforme du collège". Il argumente le pourquoi de son opposition à la réforme. Tout d’abord il considère que les problèmes du collège viennent des lacunes accumulées à l’école primaire qu’il convient en premier lieu de réformer. Il dénonce ensuite le traitement fait au latin, aux bilangues, etc. Il dénonce les EPI comme un outil mal organisé, inapplicable et surchargeant le travail des enseignants. La réforme, c’est pour lui "une aggravation de la discrimination sociale".

Le Front national, quant à lui, utilise l’opposition à la réforme pour mobiliser son électorat et l’élargir, notamment du côté du monde enseignant. Il est vrai que certains professeurs, à l’image de J.P. Brighelli, penchent de plus en plus vers l’extrême droite. A lire dans Le Monde : "Cette opération-séduction, la présidente du FN l’avait enclenchée lors de la campagne présidentielle de 2012. « Il y a eu un malentendu entre nous. Nous n’avons pas su vous parler (…). Longtemps nous avons commis l’erreur de croire que vous étiez complices ou passifs face à la destruction de l’école », avait-elle déclaré aux professeurs. Plus que son père, enclin à ne voir chez les enseignants que des « soixante-huitards », Mme Le Pen porte un attachement particulier aux questions d’éducation. Quel meilleur attribut que l’école pour brandir son attachement à la République ? En 2010, déjà, alors qu’elle n’était que vice-présidente du FN, la fille de Jean-Marie Le Pen avait envoyé une lettre ouverte aux professeurs et aux parents d’élèves pour leur promettre le retour de l’autorité à l’école. Celle qu’elle a envoyée le 11 mai dernier n’a pour l’instant reçu que deux réponses."


Divers

Les étudiants de l’université de Toulouse sont remontés : "Ils sont nombreux à dénoncer sur les réseaux sociaux « une injustice » : jeudi 21 mai, sur le campus du Mirail, 2 800 d’entre eux, issus d’une cinquantaine de filières, n’ont pas pu passer leurs examens d’anglais du semestre, et se sont vu attribuer d’office la note de 10/20" Je me demande si l’on ferait pareil au brevet ou au bac ?

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10 pour tout le monde. Geneviève Brassaud

Le JDD nous apprend que la bourse au mérite attribuée aux bacheliers méritants sera divisée par deux. Elle est estimée peu efficace. Dommage qu’on ne sache pas pourquoi.
Le Mammouthologue rapporte des initiatives du monde du travail qui vient en aide aux jeunes. "Lea Peersman a eu l’idée de créer un espace de réflexion et de collaboration autour de la problématique de l’orientation, ou plus largement du choix de vie. L’originalité de son projet tient à son décloisonnement, au coeur de l’ADN d’internet : parents, enseignants, chefs d’entreprises, citoyens sont associés dans un espèce de grand « shaker » avec le même objectif : faire partager leur expérience pour aiguiller les générations futures,"

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Le monde du travail à l’aide des jeunes. JiMo

Séquence nostalgie : le 29 mai 1985 était lancé le plan informatique pour tous dans les écoles.

Pour terminer, une ressource intéressante sur Le Monde qui évoque le livre dirigé par l’historien Olivier Wieviorka, La France en chiffres de 1870 à nos jours, permettant d’appréhender les transformations de la société française. "De l’allongement considérable de l’espérance de vie à la démocratisation scolaire, en passant par la disparition de la paysannerie ou l’égalité des sexes, il ­raconte les révolutions qui ont marqué les cent cinquante dernières années."

Géraldine Duboz


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 521 - Croiser des disciplines, partager des savoirs

Les pratiques communes, croisées, mises en synergie et en résonance, aident-elles les élèves à entrer dans la complexité des savoirs scolaires et dans les différentes cultures à construire à l’école ? Ce dossier montre à travers différentes pratiques de dispositifs comment entrer dans l’interdisciplinarité sans sacrifier aucunement les disciplines.

Apprendre à apprendre
Jean-Michel Zakhartchouk
9 avril 2015

Apprendre à apprendre, tout un programme ! Donner aux élèves les outils et les méthodes pour construire leurs connaissances et compétences, c’est une des clés de la réussite scolaire. Les enseignants en sont conscients, qui, à 83 %, ont plébiscité l’ajout des outils et méthodes pour apprendre au nouveau socle commun. Mais l’enjeu va plus loin que cela. Parce qu’apprendre, ça ne s’arrête pas aux portes de l’école, du collège ou du lycée. Pour former des individus émancipés, capables de penser et de vivre au sein de la société, il faut apprendre aux enfants à apprendre par eux-mêmes, tout au long de la journée et tout au long de la vie. Voici un ouvrage qui, suivant le titre de la nouvelle collection de Canopé, éclaire la question en proposant à la fois des expériences de terrain et les apports de la recherche.