Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Les revues de presse > La revue de presse du mardi 14 avril 2015


JPEG - 26.3 ko

La revue de presse du mardi 14 avril 2015

Prévenir la pédophilie ? - Refonte des programmes - Critiques et nouvelles en vrac


Aujourd’hui, la revue de presse des Cahiers pédagogiques a été rédigée par notre invité, Michel Guillou, auteur du blog Culture numérique.


Un grand merci tout d’abord aux Cahiers pédagogiques qui accueillent aujourd’hui ma lecture de l’actualité.

L’école est sous le regard croisé de la société, du gouvernement soi-même, de la Cour des comptes, des médias dans leur ensemble qui s’interrogent suite aux récents événements et annonces gouvernementales.

Prévenir la pédophilie ?

Les événements récents et très dommageables à propos de l’attitude et du comportement de certains enseignants à l’encontre de jeunes enfants font, à juste titre à mon avis, s’interroger la presse. Le nombre et la qualité des intervenants extérieurs, dont beaucoup vont intervenir maintenant dans l’école pour encadrer des ateliers périscolaires, ou dans la continuité du temps scolaire, dans les colonies de vacances ou les clubs sportifs, inquiètent les parents. Ces intervenants sont parfois recrutés par les collectivités locales dans l’urgence sans trop s’assurer de leurs compétences ni vérifier leurs références. Dans l’article « Pédophilie : quelle surveillance pour les colonies de vacances ? », Europe 1 rapporte que « le ministère de la Jeunesse et des Sports prépare une grande campagne d’informations pour rassurer les familles ». L’article poursuit : « Et l’Éducation nationale alors ? [...] Europe1 a posé la question au ministère de l’Éducation nationale. Réponse : "c’est impossible, car il y a 800.000 enseignants et qu’on ne peut pas tous les contrôler un par un". Le ministère a toutefois indiqué qu’il allait se renseigner davantage. »

JPEG - 103.4 ko
Recrutement dans les colonies de vacances, par Jimo

Refonte des programmes

Bien entendu, les médias bruissent des nouveaux programmes présentés hier. Le journal Les Échos, comme d’autres, revient sur le sujet, sous la plume de Marie-Christine Corbier, en titrant sur la nouvelle répartition des cycles : « Les programmes scolaires étalés sur des cycles de trois ans dès la rentrée 2016 » et en dégageant les particularités assez nouvelles et surprenantes de la réforme, dont, bien sûr, l’autonomie laissée aux enseignants et la logique curriculaire. Le journal rapporte les propos de la députée UMP Annie Genevard, membre du Conseil supérieur des programmes : « Non, on n’abandonne pas les disciplines. Dans ce que l’élève apprend en cycle, on conserve une approche disciplinaire. Nous ne sommes absolument pas dans un joyeux mélange. » Il note enfin, en citant le CSP : « La maîtrise des langages, et notamment de la langue française, est la priorité. »

À ce sujet des nouveaux programmes, le regard de l’étranger n’est pas inutile. Lyonel Kaufmann, historien blogueur suisse, note sur son blogue que ces « nouveaux programmes scolaires bousculent le collège ». Il fait lui aussi sa revue de presse chez nous en citant Le Monde : « Fini les programmes par année et par discipline, avec leur succession de chapitres. Fini le « prêt-à-enseigner » trop lourd, trop encyclopédique, qu’on dit impossible à boucler à temps. C’est un fil conducteur pour trois ans − la durée d’un « cycle » dans le jargon de l’école −, et mêlant toutes les matières, dont les professeurs disposeront dorénavant » et en s’attardant sur les compétences attendues en géographie. « Une des compétences est « s’informer dans le monde du numérique » et [...] on y invite l’élève à savoir vérifier une source d’information, voire utiliser un système d’information géographique. »

JPEG - 128 ko
La réforme pour les nuls, par Geneviève Brassaud

Handicap et formation continue : situations critiques

Le quotidien d’information générale pour les collectivités Localtis fait le triste constat, en citant un rapport de l’Inspection générale, de la mauvaise « Scolarisation des élèves lourdement handicapés : un constat sévère des inspections générales ». Le changement attendu par la loi n’a pas, semble-t-il, été accompli et Localtis note que « Finalement, "le dispositif d’enseignement n’a que peu évolué au cours des dernières décennies", du fait de "la multiplicité des acteurs concernés", de "l’éparpillement des responsabilités au niveau territorial", de "l’absence de données fiables", du "défaut de pilotage", de "l’insuffisance de l’impulsion nationale et de la communication autour du changement attendu". » En évoquant le fonctionnement des Maisons départementales des personnes handicapées, Localtis continue, toujours en citant l’inspection générale « Encore faudrait-il que les MDPH "assument pleinement" leur mission et formulent, "pour chaque jeune handicapé orienté vers le médico-social ou accueilli dans un établissement sanitaire, un véritable projet de scolarisation". ».

Ce constat est partagé par le syndicat lycéen UNL qui s’insurge contre la fermeture de nombreuses classes pour l’inclusion scolaire (CLIS) de type 2 (pour les élèves sourds/muets) à la rentrée prochaine. Il rappelle les principes de la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées.

Malgré le beau temps, les critiques pleuvent aujourd’hui sur le fonctionnement du système éducatif. La Cour des comptes rend public un référé sur « La formation continue des enseignants » : « La Cour estime que la formation continue, avant tout conçue comme un vecteur de mise en œuvre des réformes pédagogiques, n’est pas utilisée par le ministère de l’éducation nationale comme un véritable levier de gestion des ressources humaines. Par ailleurs, l’offre de formation devrait être mieux adaptée aux besoins des enseignants tout au long de leurs carrières. » Elle formule trois fortes recommandations : « Établir un lien plus étroit entre le parcours de formation des enseignants et les caractéristiques de leurs postes d’affectation, veiller à ce que l’offre de formation continue des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) soit effective, et, enfin, respecter la réglementation en vigueur sur les frais de déplacement des enseignants participant à la formation continue ». Connaissant ce qui se passe parfois dans les services académiques de formation et les habitudes prises çà et là, ces recommandations risquent sans doute de mettre à mal le fonctionnement même de cette formation continue… À suivre.

Quelques nouvelles en vrac

Slate nous rapporte une étude américaine qui énonce que « les enfants apprennent mieux quand ils ont une tablette pour plusieurs que quand ils ont leur propre matériel. » Ce qui semble vouloir contrarier chez nous les plans présidentiels.

Le Monde nous raconte la galère des parents d’élèves en classes préparatoires et ce n’est pas triste : « C’est un phénomène, ma fille, elle est heureuse en prépa, mais elle travaille tout le temps. Alors on est à disposition, avec son père, on s’occupe de toute l’intendance. » À l’autre bout du microcosme éducatif, Le Figaro, tout en se faisant le porte-parole des critiques en provenance du monde de l’économie, fait un point assez détaillé et documenté sur l’apprentissage.

C’est aussi la période des examens qui commencent et les articles vont commencer à pleuvoir à ce sujet. Sur le blogue Ecolededemain du SE-Unsa, Anthony Lozac’h tente de répondre à la question « À quoi sert encore le brevet des collèges ? ». Il examine quatre idées reçues au sujet de cet examen terminal du collège, à l’heure de la refonte des programmes et du nouveau socle commun. Aux quatre affirmations « C’est un rite utile pour les élèves », « Il permet de mesurer la performance des collèges », « C’est un diplôme essentiel pour ceux qui n’auront rien d’autre » et « Le système scolaire en a besoin pour mesurer les acquis des élèves et sa propre performance », il répond « Faux » et explique longuement pourquoi. Il conclut : « Les problèmes posés par le DNB, dans ses modalités actuelles, sont bien plus importants que ses bénéfices : son utilité est presque nulle, il ne mesure rien de fiable ou de probant, ni sur les acquis des élèves, ni sur les performances des collèges et du système, son sens s’est évaporé dans ses multiples mutations, et pourtant, c’est quasiment le seul outil utilisable et utilisé pour le pilotage local. »

#bringbackourgirls

Je n’aimerais pas terminer cette revue de l’information sans évoquer le sort tragique des 200 lycéennes de Chibok, ville du nord-est du Nigéria, enlevées par le groupe islamiste Boko-Haram. Voilà un an exactement qu’on est sans nouvelles d’elles, comme le rapporte Le Huffington Post dans un article intitulé « Lycéennes enlevées au Nigeria : Un an sans nouvelles de 219 filles détenues par Boko Haram ». Ce journal en ligne rapporte les propos d’une des coordonnatrices du mouvement pour leur libération, Habiba Balogun « C’est formidable que le monde se souvienne et véhicule le message que nous n’oublierons pas et que nous ne nous arrêterons pas jusqu’à ce que nous sachions ce qui est arrivé à nos filles. »

L’Express, comme d’autres médias, reprend l’information dans un article titré « Nigeria : où sont les 200 étudiantes kidnappées il y a un an ? » et rappelle que les 219 jeunes lycéennes encore détenues, dont on sait que, probablement, nombre d’entre elles ont été tuées ou ont été mariées de force à des combattants islamistes, ne sont pas seules, malheureusement. Ce journal mentionne un rapport de l’Unicef qui fait état par ailleurs, à cause des méfaits et exactions de Boko Haram, du déplacement de 800 000 enfants déscolarisés.

Désolé de terminer sur une note aussi triste. Il faut garder espoir pour tous ces enfants, c’est le sens de cette commémoration.

Michel Guillou


JPEG - 20.3 ko

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Questions aux programmes
Revue n° 507 - septembre 2013

Qui donc fait les programmes scolaires, qui devrait les faire, selon quels critères ? Les programmes pour quoi faire dans le quotidien des classes ? Il y a ce qu’on choisit de ne pas faire, ou bien de faire en plus, sans parler de ce que l’on arrive pas à faire. Et voilà maintenant le socle commun au programme des enseignants...

Vers l’école du socle commun
Revue n° 515 - septembre 2014

La loi de la refondation a réaffirmé le socle commun. Ce dossier veut mutualiser les expériences et réflexions menées sur le terrain. Nous touchons là à un rôle fondamental de l’école : Que s’agit-il d’enseigner ? Dans quel objectif ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Dès maintenant, des réponses…