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La revue de presse du lundi 13 avril 2015

Réforme et langues anciennes (toujours et encore) - Programmes - Et ?


Les collègues de la zone A profitent de vacances bien méritées. L’actu du monde de l’éducation reste pourtant très chargée. On reparle aujourd’hui forcément de la réforme du collège et des langues anciennes mais aussi des nouveaux programmes et de quelques informations relevées par l’équipe de la revue de presse.


Réforme et langues anciennes

Lorsqu’on observe les réseaux sociaux ces derniers jours, les échanges autour de la réforme ressemblent parfois à des guéguerres de cour de récréation.
Philippe Watrelot est revenu avec son pragmatisme habituel sur le sujet ce week-end dans son bloc-notes.
Nous étions plusieurs, dès l’annonce du projet, à avoir senti que la place de l’enseignement des langues anciennes allait servir les détracteurs de la réforme.
La presse du jour s’en fait très largement l’écho. Ainsi, Marie Quenet recueille les propos de Régis Debray, philosophe et écrivain, dans un article pour le Jdd.fr intitulé "La réforme du collège, un progressisme pour les nuls". La critique est sans ménagement : "La réforme du collège montre bien la myopie de nos dirigeants. L’élimination mal camouflée du latin-grec, noyé dans ’l’interdisciplinaire’, oublie le fait que le secondaire, c’est d’abord la discipline. L’interdisciplinaire ne peut venir qu’après, dans le supérieur : mettre le toit avant les fondations, c’est détruire d’avance la maison. Cette fausse réforme applique au domaine scolaire la vision du monde de notre classe dirigeante. Elle est dépourvue de conscience historique, élevée dans la superstition de l’économie et des finances, vouée au culte exclusif du chiffre et du quantitatif (...) Le dédain des humanités vient d’une idée bébête, le progressisme pour les nuls, selon laquelle le nouveau efface l’ancien, et qu’avec l’innovation numérique on peut faire litière des héritages culturels.

L’éditorialiste Sophie Coignard estime, pour le Point que "le résultat de cette brillante réforme est d’ores et déjà prévisible : le latin et le grec continueront d’être enseignés dans quelques établissements d’exception, auxquels les enfants des classes les plus modestes n’ont presque jamais accès. Partout ailleurs, ils seront réduits à l’état d’activités récréatives, où il sera question, dans le meilleur des cas, de récits de civilisation et de mythologie, mais en aucun cas d’apprentissage rigoureux d’une langue". Selon elle, l’Éducation nationale ressentirait "la haine de l’excellence". Sur le terrain, force est de constater qu’actuellement c’est surtout les jeunes les plus éloignés de toute forme d’apprentissage qui ne sont pas pris en compte.

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Détonateur - L’illustration de Geneviève Brassaud

Comme si cela ne suffisait pas, François Bayrou pense que "la réforme des collèges ruine l’Éducation nationale". Selon le président du MoDem, “Alors que l’État se drape de la toge de ceux qui veulent défendre les plus défavorisés, il dénigre nos principes républicains". Il estime que "ceux qui parlent de reconstruire l’éducation nationale, hélas, sont en train de la ruiner". Pour lui, "supprimer les langues anciennes, la formation humaniste, la tradition classique du latin et du grec, est un déni de politique sociale". C’est en tout cas, ce que nous rapportaient nos voisins de nousvousils.fr ce matin.
On lira avec beaucoup de plaisir le rappel qu’effectue, sur son blog, l’excellent Claude Lelièvre concernant le latin, lorsque F. Bayrou était aux commandes du bateau. Je pourrais citer le billet en intégralité tellement c’est savoureux mais je ne vous livre ici qu’une partie de l’introduction : "Selon François Bayrou, le latin et le grec seraient abandonnés, et ce serait un déni de l’égalité des chances. Retour sur un passé qui ne passe pas. Et qui n’a pas été dépassé".

Sur BfmTv, Najat Vallaud Belkacem rétorque : "cela me fascine de voir à quel point on peut baigner dans la désinformation la plus complète. Non, le latin et le grec ne disparaissent pas du collège, ils seront renforcés par la réforme". Elle rappelle le principe des EPI et défend son point de vue : "apprendre la civilisation antique donne aussi des connaissances sur la citoyenneté, et c’est primordial que ce ne soit pas réservé à une élite". Les propos de la ministre sont aussi rapportés sur le site de Libération : "non, le latin et le grec ne disparaissent pas du collège, au contraire, ils sont renforcés. (...) Actuellement, les langues anciennes constituent une option, ça veut dire que ça ne fait pas partie de la scolarité obligatoire."

Sur Francetvinfo, vous pouvez, si vous le souhaitez, répondre à la question : "que vous ont apporté vos cours de latin ou de grec ?".

Dans le même genre d’idée, les chefs d’établissements de l’académie de Lille (je ne sais pas pour les autres ...) ont reçu un lien dans les boites officielles d’établissement les menant vers une enquête concernant l’enseignement des langues anciennes. Voici le contenu du mail : "L’association de promotion des Langues & Cultures de l’Antiquité "Arrête Ton Char !" (www.arretetonchar.fr) lance une Grande Consultation des Chefs d’établissements de collèges sur les Langues Anciennes à la rentrée 2016. Cette petite enquête ne prend que 2 ou 3 minutes et permettra d’anticiper le déploiement des Langues Anciennes à la rentrée 2016. Merci de bien vouloir prendre le temps de participer à cette consultation nationale.Cordialement, Samuel TURSIN, membre du collectif et co-président de l’Association de Promotion des Langues Anciennes de l’Académie. Je m’interroge sur la démarche. Quelle légitimité ? S’agit-il d’une mission confiée par la ministre ? Est-il normal (voire autorisé ?) d’utiliser les boites académiques d’établissement pour ce genre de consultation ?


Programmes

On les attendait ... les voici sur le site du ministère : Projets de programmes pour l’école élémentaire et le collège
Il ne faut pas être devin pour imaginer qu’ils vont, à leur tour, alimenter les polémiques.

Aurélie Collas et Mattea Battaglia pour le Monde.fr intitulent leur article : "les nouveaux programmes scolaires bousculent le collège". Ainsi, "la première version, remise à la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, le 10 avril, bouleverse bien des repères. Fini les programmes par année et par discipline, avec leur succession de chapitres. Fini le « prêt-à-enseigner » trop lourd, trop encyclopédique, qu’on dit impossible à boucler à temps. C’est un fil conducteur pour trois ans − la durée d’un « cycle » dans le jargon de l’école −, et mêlant toutes les matières, dont les professeurs disposeront dorénavant. L’un couvre la période du CP au CE2. L’autre est à cheval sur l’école primaire et le collège ; il comprend le CM1, le CM2 et la 6e. Le dernier va de la 5e à la 3e". "On amorce (...) un virage que la plupart de nos voisins − Italie, Finlande, Royaume-Uni, etc. −, ont déjà pris : celui des « curricula ». Dans ces pays, on livre aux équipes une sorte de trame nationale, qui fixe les objectifs à atteindre. A elles d’y mettre de la chair et des contenus, de définir une progression en fonction du rythme de leurs élèves". Les équipes deviennent donc plus autonomes autour d’objectifs communs. Combien de fois ai-je entendu les collègues se plaindre des programmes trop contraignants et qui remettent en cause la liberté pédagogique. Vu ce qu’on a pu lire sur les langues anciennes, je me doute pourtant que les critiques ne vont pas tarder à fuser ! La version définitive devrait être fixée en septembre. En attendant, on peut, comme le fait la version pour les abonnés du Monde, souhaiter "Bon courage, madame la ministre !". Et de préciser : "Après bien d’autres, la ministre n’ignore ni la difficulté de l’exercice ni les résistances qu’il ne manquera pas de susciter, dès lors que l’école en général et le collège en particulier sont le miroir de la société française, de ses mutations et de ses conservatismes. L’on ne compte plus, en effet, les rapports et les évaluations à ce sujet. Depuis le rapport Legrand (1982) jusqu’au rapport de l’actuel conseil supérieur des programmes, les diagnostics se suivent et se ressemblent, de façon assez déprimante".

Toujours au sujet des programmes, on pourra lire deux témoignages sur leur élaboration, depuis l’intérieur du groupe qui a travaillé sur le cycle 4 sur le site des cahiers pédagogiques : le témoignage de Jean-Michel Zakhartchouk ; celui de Patrick Rayou

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Collège bousculé - Le dessin de Jimo

Et ?

Dans l’actu du jour, Bernard Desclaux a relevé plusieurs informations :
"L’ENA, l’Ecole nationale d’administration, fête cette année ses 70 ans, l’occasion de faire un bilan mais aussi de se projeter vers le futur. Car cette école, qui forme les hauts fonctionnaires français, sait qu’elle est souvent la cible de critiques : entre-soi excessif, course au classement au détriment de l’acquisition de compétences, faible ouverture sur le monde extérieur, etc. L’ENA a donc entrepris une profonde mutation, entamée l’an dernier avec une réforme du concours d’entrée. Cette année, la direction de l’école s’attaque à l’enseignement, qui va être remodelé en profondeur à partir du 1er janvier prochain". Anne-Laure Jumet et Gabriel Vedrenne vous en livrent les grandes lignes sur le site d’Europe1.

Les Centres d’Information et d’Orientation (CIO) permettent aux élèves et aux familles d’affiner leur choix mais visent aussi à appliquer les politiques académiques en matière de parcours personnel et professionnel. Sur le site du Parisien.fr (version abonnés), on s’interroge sur la possible disparition des CIO parisiens : "l’avenir des onze centres d’information et d’orientation fait débat. Un mois après l’annonce du désengagement financier de la Ville de Paris, dès la rentrée prochaine, le sujet s’est invité vendredi au comité départemental de l’Education nationale".

Sur le même thème de l’orientation, on apprend sur FranceTv que "ce lundi 13 avril, la Région Bourgogne présente son Service Public d’orientation, en conformité avec la loi du 5 mars 2014, qui avait confié aux régions la compétence « accueil-information-orientation » et la mise en place d’un service public dédié". Ainsi, "31 structures d’information-orientation ont déjà rejoint le réseau, ce qui représente plus d’une centaine de points d’accueil dans la Région. La région, compétente dans les domaines de la formation professionnelle et du développement économique, se voit confier l’animation et la coordination de l’orientation professionnelle, compétence partagée avec l’Etat qui définit au niveau national la politique d’orientation des élèves et des étudiants".

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! La revue de presse s’est, comme souvent, construite à plusieurs. Le mot "collaboration" prend tout son sens. On se prend à rêver d’une école qui fonctionnerait autour de ce concept.

Demain, c’est Michel Guillou, invité de choix, qui sera à la manœuvre de la revue.

Pascal Thomas


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Réussir l’école du socle - En faisant dialoguer et coopérer les disciplines
Ouvrage - 2013
Francis Blanquart, Céline Walkowiak - ESF, 2013
Organisé de manière très concrète autour des pratiques scolaires de classe au collège et en 2de de lycée, cet ouvrage s’attache à tous les aspects de la pédagogie ouverte et innovante nécessaire à la réussite de « l’école du socle commun ».

Mieux apprendre avec la coopération
Revue n°505 - mai 2013

Lorsque deux enfants, deux élèves ou deux adultes coopèrent, ils apprennent au travers des échanges. En même temps, ils se construisent des valeurs humanistes telles que la solidarité, le partage, le respect. Des témoignages pédagogiques, des repères précis pour oser l’aventure, dépasser les embuches.