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La réussite scolaire : les illusions perdues ?

Par Bruno Suchaut, chercheur à l’Irédu


La question du poids du déterminisme dans les cheminements scolaires n’est pas nouvelle et a fait l’objet de nombreuses études. Il est admis qu’au-delà des facteurs socio-économiques et culturels individuels, le système scolaire, dans la manière dont il est organisé et fonctionne, joue un rôle important dans les parcours des élèves. Une recherche récente [1] produit des résultats qui confirment le déterminisme du passé scolaire. Ainsi, la réussite en fin de première année universitaire est largement dépendante du parcours suivi antérieurement par l’élève. Les analyses mettent en évidence le poids très fort du retard scolaire, de la série du bac et de l’obtention d’une mention à ce même diplôme. Les notes obtenues en fin de première année à l’université se hiérarchisent clairement en fonction de ces variables et mettent au grand jour l’implicite hiérarchie des filières fréquentées au lycée. Ce résultat n’est guère surprenant en soi, dans la mesure où les orientations post-collège se hiérarchisent elles-mêmes en fonction de la valeur scolaire de l’élève.

L’originalité de cette recherche a été de mobiliser, aux côtés des facteurs classiques, des mesures du niveau de l’élève en compréhension de l’écrit à l’entrée à l’université ainsi que ses performances cognitives (raisonnement logique, mémoire de travail et vitesse de traitement de l’information). Les capacités cognitives ne jouent, à elles seules, qu’un rôle limité pour expliquer les différences de réussite entre étudiants, l’essentiel de l’influence de cette dimension s’étant exprimée auparavant tout au long de la scolarité.

Deux notes d’optimisme sont toutefois à retenir dans les résultats de cette recherche. En premier lieu, il apparait que si le choix de la filière universitaire repose sur un projet professionnel de l’étudiant, cela exerce un effet positif sur les résultats aux examens. En second lieu, le niveau en compréhension de l’écrit joue lui aussi un rôle autonome sur les résultats. Les compétences acquises dans ce domaine, quelle que soit la filière fréquentée dans l’enseignement secondaire, participent donc à la réussite universitaire.

À l’heure d’échéances électorales importantes pour le pays et à l’heure où l’école s’invite dans les débats politiques, on peut s’interroger sur la capacité de notre système actuel à atteindre ses objectifs quantitatifs d’accès des étudiants à un niveau bac + 3. Depuis la massification de l’école, peu de réformes structurelles ont eu lieu, alors que le public d’élèves s’est largement diversifié. Notre école fonctionne encore trop sur un schéma de sélection et d’orientation par défaut qui conduit à la hiérarchisation précoce des parcours et réduit ainsi les chances de poursuite d’étude pour un bon nombre d’élèves. À l’heure des économies, on ne pourra faire celle d’une réforme structurelle du lycée, doublée d’une meilleure articulation avec le premier cycle d’étude à l’université.


[1Sophie Morlaix, Bruno Suchaut, « Analyse de la réussite en première année universitaire : effets des facteurs sociaux, scolaires et cognitifs », Les documents de travail de l’Iredu, janvier 2012, 33 pages. www.brunosuchaut.fr/IMG/pdf/Determinantsdelareussite.pdf