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L’actualité éducative du N°407 - Octobre 2002

La rentrée 2002 au collège : les IDD

Par Philippe Colas, professeur en collège

La mise en place des IDD (itinéraires de découverte) peut amorcer, si le ministère poursuit la mise en œuvre, une véritable révolution culturelle dans les collèges. Faut-il cependant lier la mise en place de ce dispositif et la refonte totale des services des enseignants ? Ressurgit ici un très vieux débat syndical...

Si de nombreuses expériences en cours ou en préparation effraient la grande majorité des personnels par la rupture qu’elles entraînent avec les habitudes existantes, les IDD vont modifier progressivement et en douceur les pratiques d’enseignement et le fonctionnement du collège. Même s’il ne s’agit que de deux heures pour une classe, et une heure pour les professeurs, ce premier pas est appréciable. C’est un coin d’enfoncé dans les esprits les plus frileux, c’est une brèche ouverte pour faire sauter les digues érigées par les milieux conservateurs de l’Éducation nationale.

Il ne s’agit cependant pas de bouleversements exceptionnels. Ainsi au collège Racine en ZEP à Saint-Brieuc de nombreuses initiatives existent déjà, transcendant les disciplines et ouvrant le collège sur l’extérieur (classe de voile, travail sur le loup, abbaye de Beauport...) Il ne s’agit donc pas de tout jeter pour reconstruire autre chose, il s’agit seulement de changer d’échelle pour passer de l’improvisation (on en cause entre deux cours devant la machine à café) et de l’initiative personnelle de ceux qui sont motivés, à une véritable transformation de l’enseignement au collège. Le temps de préparation et concertation est inclus dans le temps de service, ces modalités de travail deviennent une part nécessaire et obligatoire de la mission des personnels d’enseignement.

Les IDD dépassent les logiques disciplinaires pour redonner du sens aux apprentissages fondamentaux.
Il ne s’agit plus seulement de déverser un savoir pour un cercle restreint qui dispose déjà avec l’entourage familial des prérequis et des motivations nécessaires. Il faut aussi faire naître le besoin, susciter l’envie d’apprendre et l’espoir de progresser. En replaçant dans un contexte plus large l’apport et la nécessité des compétences matières pour comprendre et s’approprier le monde extérieur, du local au mondial, la volonté de se cultiver en deviendra moins inutile. Au collège Racine, les échanges et les passerelles entre les disciplines (et parfois à l’intérieur d’une matière) se multiplient. Un dialogue sur les méthodes et les problèmes rencontrés s’instaure entre les professeurs. Quelques isolés s’arc-boutent sur leurs prérogatives et la vérité délivrée par leur matière et continuent de considérer que leur rôle au collège se limite à être présent seulement pour la durée horaire réglementaire.

Les IDD cassent le groupe classe et rompent avec l’emploi du temps immuable tout au long de l’année scolaire pour mieux tenir compte de la diversité des élèves. Ils génèrent une autre perception de la vie en collectivité. Il ne s’agit plus de vivre dans un cercle fermé dont le cadre, les limites et les acteurs sont pour un an bloqués, mais de développer l’autonomie et le sens des responsabilités, d’impulser des initiatives collectives, de travailler et apprendre autrement.

Les IDD en finissent avec une vision libérale du métier et l’isolement du professeur dans la classe.
Ils favorisent et institutionnalisent le travail en équipe et la concertation. Qui peut encore aujourd’hui croire que seul dans sa classe il est possible de trouver des réponses et des issues positives aux difficultés rencontrées par certains élèves. La mutualisation des énergies et des idées améliore l’efficacité et les résultats obtenus. Cette dynamique et ces pratiques transforment les conditions d’exercice de cette profession, redonnent de la sérénité et transforment des conditions de travail où le stress et le malaise deviennent la règle.

Les IDD engagent le chantier de la redéfinition des services enseignants.
Il est toujours d’usage d’ironiser sur le temps de travail des enseignants. C’est en effet commode d’imaginer qu’ils se contentent des heures de face à face pédagogique, puisque leur emploi du temps ne mentionne que ces heures incontestables de présence devant les élève. Tout le monde sait que les cours ne sont pas les seules tâches à remplir par les professeurs... Mais la perception de la réalité de ces obligations annexes qui ne sont pas inscrites dans les services hebdomadaires, et se sont multipliées ces dernières années, ne permet pas de les apprécier à leur juste valeur...

Puisque le ministère nous rappelle de manière si insistante que nous devons 1 600 heures à la collectivité publique pour une année de salaire... Soit 1 600 heures pour 36 semaines travaillées (globalisation annuelle acceptée depuis bien longtemps) cela donnerait environ 44,44 soit 44,5 heures par semaine de travail à fournir pour être en règle selon notre employeur. [1]

J’imagine (dans l’optique de l’ARTT) et propose un décompte hebdomadaire qui pourrait traduire plus concrètement, pour l’opinion publique, la diversité des tâches que nous avons à remplir :

- Les heures de cours, 15 heures (dont les IDD) + les préparation [2] 15x1,5 soit durée travaillée : 37,5 heures
- Concertation inscrite dans l’emploi du temps, conseils d’enseignement, vie et réunions de l’établissement : 5 heures
- Conseil de classe réunions parents/profs 36 heures/année soit 1h/semaine.
- Formation continue 36 heures/année soit 1 heure/semaine.
Total : 44,5 heures

Le pari qu’il faut gagner avec les IDD, c’est l’idée qu’une partie du temps de préparation et de concertation se fait dans l’établissement, et que ces heures de présence sont inscrites à l’emploi du temps.

Le défi qu’il faut réussir avec les IDD, c’est que la formation continue, la concertation et la participation à la vie de l’établissement deviennent des obligations naturelles du service des personnels.

C’est évident, il faut 24 heures de présence dans l’établissement sur l’emploi du temps... mais pour 15 heures seulement de face à face pédagogique et une plus grande disponibilité dans notre établissement et auprès de nos partenaires (dont les parents...) mais aussi et surtout auprès de nos élèves.

Ce n’est qu’une étape. Deux heures par classe en 5e, ce n’est, il faut l’espérer, qu’un début. Une part de cours disciplinaires sera toujours nécessaire et indispensable. Mais il faut développer cette méthode de travail à tous les niveaux. Elle donne souplesse et réactivité à notre enseignement pour mieux répondre aux difficultés rencontrées par les élèves (qu’ils soient en échec ou pas). Dans cette optique il faudra repenser le temps d’école et les rythmes scolaires sur la semaine et l’année.

Philippe Colas, collège Racine, 22000 St-Brieuc (Côtes d’Armor)


[1Dans certaines fonctions publiques, ce n’est pas 1600 mais plus proche de 1540 heures que les personnels doivent... soit en ce qui nous concerne 36 semaines à 43 heures pour 1548 heures dans l’année.

[2Pourquoi les « préparations individuelles » des cours - à ne pas confondre avec les préparations collectives qui relèvent du temps de « concertation » comptabilisé ailleurs - devraient-elles se faire en établissement ? Combien de bureaux, d’équipements informatiques, de téléphones, de postes documentaires faudrait-il prévoir en collège et lycée ? Et qu’est-ce que ça changerait à la qualité de ces préparations d’être faites en établissement plutôt que là où ça me chante ? « Il faut vingt-quatre heures de présence dans l’établissement » : ce n’est peut-être pas la manière la plus efficace pour faire accepter les IDD aux enseignants ! (Raoul Pantanella).