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La réforme… oui, mais sans rien changer !

Martine Daoust, Albin Michel, 2013, 168 pages.

5 octobre 2013

Il n’est pas sans intérêt de lire l’ouvrage d’une ancienne rectrice, une fois mis de côté l’agaçant « règlement de comptes » quelque peu personnel et les réquisitoires caricaturaux et stéréotypés contre par exemple les IUFM ou les syndicats mis tous dans un même panier irrémédiablement corporatiste ou encore les appels au bon sens et les faciles métaphores sportives, le tout renforcé par le désormais traditionnel bandeau des rentrées scolaires : « l’éducation nationale en péril ». Pas sans intérêt parce qu’on peut y voir en creux la complexité de la situation présente. Voilà un plaidoyer pour les réformes de l’ère Sarkozy qui mélange des constats justes (notre école n’est pas assez créative, on est très en décalage avec ce dont la société aurait besoin, il faudrait davantage compter sur la dynamique des établissements, on ne s’occupe pas assez des élèves en grande difficulté…), des solutions qui sont bien souvent illusoires (l’accompagnement est vanté plusieurs fois, que ce soit celui des élèves en difficulté ou celui des enseignants débutants, mais la réalité était bien plus pauvre que ce qui est énoncé ici et on pourrait reprendre le titre du livre de Pierre Cahuc, Les réformes ratées de Nicolas Sarkozy) et surtout un fond d’acceptation des inégalités à travers la condamnation du collège dit unique ou de la promotion des classes de niveau, contrairement à ce que mettent en avant les études internationales pourtant vantées par l’ancienne rectrice. Il y a toujours eu un paradoxe dans un certain discours de droite où se trouvent mêlés un discours moderniste, dans lequel des pédagogues innovateurs pourraient se retrouver si on ne va pas au fond des choses, et par ailleurs une défense de la tradition dans cette acquisition des « fondamentaux », qui ici de plus s’appuie sur les neurosciences, présentées de façon simpliste comme un alpha et oméga de l’action pédagogique.

À la fin du livre, Martine Daoust après avoir dressé un sombre tableau de la « refondation » de Vincent Peillon qu’on aura pourtant du mal à faire passer pour un éradicateur sectaire, note qu’ « il faut sortir de l’obscurantisme de notre organisation pour la rendre enfin transparente et lisible ». Pas sûr du tout que son ouvrage y contribue.

Jean-Michel Zakhartchouk