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Et ailleurs ?

La refondation de l’école vue de Finlande

27 septembre 2012

Le débat ouvert par la concertation pour la refondation de l’école interroge notre système éducatif. Comment l’école finlandaise répond-elle aux questions qui sont sur notre table ? Entretien avec Claude Antilla, ancienne experte pour la direction nationale de l’enseignement finlandais


À quel moment sélectionner parmi les candidats aux fonctions de professeur ? Avant la masterisation, le choix français était clair : formation disciplinaire à l’université jusqu’en licence, concours de recrutement très sélectif, formation professionnelle courte en IUFM pour les reçus. Le recrutement au niveau master a embrouillé cette formule, et les débats sont vifs sur la place du concours à l’entrée ou à la sortie des futurs école du professorat et de l’éducation (ESPE) : si le concours est placé en fin de master, il ne sera que très peu sélectif, ou alors on aura formé de très nombreux étudiants pour n’en retenir qu’un petit nombre de professeurs ; s’il est placé en amont, en fin de licence, des étudiants seront stagiaires de la fonction publique, et il faudra les rémunérer. Alors, comment fait-on en Finlande ?

En Finlande, l’accès à l’université se fait systématiquement sur concours. Après une première sélection sur dossier, les candidats retenus passent une série de tests et d’entretiens. Certaines facultés organisent un « test de groupe » durant lequel les candidats doivent discuter devant des observateurs d’un sujet concernant l’éducation. L’entretien individuel permet d’évaluer la motivation de l’étudiant.

Pour la formation aux métiers de l’enseignement, le concours est très sélectif, avec un taux de réussite d’environ 10 %. Il a lieu après le baccalauréat, et les étudiants le préparent en général pendant un an. Le concours consiste en deux épreuves écrites, l’une disciplinaire, l’autre sur des connaissances pédagogiques, et sur un entretien collectif. Celui-ci valorise en particulier une expérience professionnelle en milieu éducatif, et les étudiants profitent en général de l’année de transition après le lycée pour travailler dans des associations encadrant des jeunes, des centres aérés, être assistant dans une école ou une garderie d’enfants, etc.

Ce n’est donc pas un concours d’entrée dans la fonction publique, mais bien d’accès à l’université : les reçus n’ont qu’un statut d’étudiant, mais il faut indiquer qu’en Finlande, cela donne droit à une indemnité de 500 € par mois, en plus de l’accès à de nombreux services gratuits ou subventionnés. Cette rémunération permet aux étudiants de mener des études longues, quels que soient les moyens de leur famille. Et les études pour être enseignant sont effectivement très longues ! Elles mènent jusqu’au niveau mastère, avec des spécialisations disciplinaires, mais d’abord une formation généraliste avec d’importants contenus en pédagogie, en didactique, en psychologie, en sociologie de l’éducation.

Une fois leur master obtenu, les étudiants doivent effectuer une année supplémentaire de stages professionnels, de façon à découvrir tous les niveaux d’enseignement et toutes les disciplines. C’est seulement si cette année de stage est validée qu’ils peuvent postuler à des postes d’enseignants.

Je trouve qu’il est préférable que les étudiants sachent déjà que la principale barrière sélective est derrière eux durant leurs études. Ils peuvent se consacrer pleinement à la préparation de leur futur métier. Certains réalisent au cours de l’année de stage final que cela ne leur convient pas : ils peuvent alors utiliser leur Master pour être candidats à d’autres métiers, et trouver une autre insertion professionnelle.

L’affectation des enseignants français dans leurs établissements est à peu près unanimement reconnue comme insatisfaisante, les enseignants les moins expérimentés se retrouvant dans les établissements les plus difficiles, au hasard d’un système de mutation gérée de façon centralisée. Comment s’y prend-on en Finlande pour trouver des enseignants dans les établissements les moins demandés ?

L’élément essentiel à prendre en compte, très différent de la situation française, c’est la très grande mixité sociale sur tous les territoires, qui se retrouve à l’école de la ville ou du quartier. Il n’y a pas de quartier « ghetto » dans les villes finlandaises comme il peut en exister dans certaines banlieues françaises. Une politique volontariste des municipalités répartit les logements de types « sociaux », ou bien attribué à des nouveaux immigrants, de façon uniforme. On retrouve donc tous les types de population dans chaque établissement. Disons d’ailleurs ici que ce ne sont souvent pas les enfants d’immigrés qui ont le plus de difficultés d’apprentissage : ce sont au contraire souvent les plus motivés !

Il n’y a donc pas d’établissement que les enseignants voudraient à tout prix éviter. Ceux-ci doivent postuler lorsqu’un poste est vacant, dans l’établissement de leur choix. En général, un enseignant reste vacataire quelques années, assurant des remplacements, le temps de trouver un poste fixe ou il pourra être titulaire. Le recrutement est le fait du chef d’établissement, après un entretien avec le candidat. Par contre, une fois titulaire de son poste, on le reste de façon définitive.

Le service des enseignants français est défini pour l’essentiel en nombre d’heures d’enseignement. Toutes les autres tâches, la préparation des leçons, les évaluations, les relations avec les parents, le suivi individuel des élèves, la participation à la vie de l’établissement sont renvoyées à un temps informel, à la disposition de chacun. C’est peu gratifiant pour les enseignants, et peu efficace pour le travail collectif. A-t-on trouvé une meilleure formule en Finlande ?

Les enseignants finlandais sont présents dans les établissements sur toute la période d’ouverture, soit à peu près de 8 h à 15 h (variables selon les niveaux d’enseignement). Sur ce temps de présence, ils doivent assurer selon les disciplines, de 15 à 23 séances 45 minutes, deux ou trois heures de concertation par semaine, trois jours de formation pédagogique par an. Dans les classes de niveau un à cinq (soit de 7 à 12 ans), il y a un seul enseignant par classe, avec un intervenant supplémentaire en langues. C’est un peu plus compliqué ensuite, avec les différents enseignements disciplinaires, et des séances qui sont parfois de 75 minutes. Il y a des volumes horaires fixés par discipline, mais à l’échelle de cycles pluriannuels, chaque établissement ayant des marges de manoeuvre pour ajuster les emplois du temps.

La présence continue dans les établissements, comme le suivi des élèves sur plusieurs années, qui est la règle générale, facilite considérablement la communication entre collègues, les relations avec les familles. Il faut dire que les élèves eux-mêmes apprécient beaucoup de rester dans les établissements, qui sont en général confortable et accueillant. En Finlande, les élèves disent souvent « aimer leur école », participent assidûment à la vie de leur établissement. Un collègue français était étonné, et un peu ennuyé devant le nombre de fêtes organisées dans les établissements, au détriment lui semblait-il de l’avancement de son programme. Avec le temps, il a apprécié l’esprit collectif qui était ainsi entretenu !

Il est enfin beaucoup question de « l’autonomie » des établissements dans les débats sur la refondation, mot qui semble parfois un peu magique. Comment sont gérés et dirigés les écoles finlandaises ?

Le chef d’établissement est un enseignant ayant fait une formation complémentaire et un stage administratif, déchargé partiellement. Il est suppléé par un certain nombre d’adjoints, par exemple trois dans un établissement de 950 élèves (ce qui est beaucoup en Finlande). Il joue un rôle important pour animer la vie pédagogique de l’établissement, par exemple dans l’organisation des journées pédagogiques obligatoires de formation pour les enseignants. Il nomme les enseignants et organise également le travail collectif pour décliner les directives nationales sur les contenus d’enseignement en programme locaux, adaptées aux élèves.

Les établissements sont régulièrement évalués par un organisme national, qui permet de les situer par rapport aux résultats moyens sur l’ensemble du système éducatif. S’ils sont en dessous de la moyenne, ils bénéficient d’un accompagnement particulier pour explorer de nouvelles méthodes pédagogiques, améliorer la qualification des enseignants. Tout cela repose avant tout sur la confiance et la formation de haut niveau de tous les professionnels.

Claude Antilla
ancienne experte pour la direction nationale de l’enseignement finlandais
Propos recueillis par Patrice Bride

Voir en ligne : De nombreuses références sur l’école finlandaise disponible sur le blog de Claude Antilla