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N° 515 - Vers l’école du socle commun

La préscolarisation en question

Marie Gaussel

Depuis le début du XVIIIe siècle, se pose la question de savoir à partir de quel âge l’enfant doit être éduqué, s’il doit l’être collectivement ou individuellement, sous la tutelle de l’État ou non.

Dans l’objectif de réduire les inégalités, la France est un des seuls pays avec la Belgique (communauté française) à avoir officialisé la scolarisation des enfants de deux ans.

Care ou scolaire

On observe en Europe deux types de conceptions très différentes du rôle des structures d’éducation et d’accueil du jeune enfant (EAJE). Dans les pays nordiques et d’Europe centrale, les racines de la tradition holistique de la pédagogie sociale des jardins d’enfants lient étroitement éducation, apprentissages et soin (care). On parle d’une approche globale qui permet de prendre en compte le bienêtre de l’enfant, sa santé, son environnement familial et social. Cette approche privilégie le développement social et le développement de la personne, sans exclure des apprentissages plus structurés mais souvent rudimentaires pour la lecture, l’écriture et le calcul. Le rôle des adultes consiste à organiser les espaces et le matériel pour les activités, et à favoriser les interactions propices au développement cognitif et moteur. Dans les pays anglophones comme l’Australie, le Canada, l’Irlande, le Royaume-Uni, les États-Unis et également en France, une approche plus scolaire, préprimaire, est favorisée. Ce n’est plus l’enfant et son développement qui sont au centre, mais l’école. L’enfant est un individu à former et l’école est là pour lui permettre d’acquérir des compétences le préparant à la scolarité primaire et à sa vie d’élève. Ce modèle est considéré par les pouvoirs publics comme une assurance d’offrir à tous les moyens d’acquérir les compétences de base indispensables à la réussite de leur scolarité. En France, les structures d’accueil des tout-petits affichent un projet éducatif pour l’accueil, le soin, le développement, l’éveil et le bienêtre des enfants.

Deux modèles pédagogiques émergent : un premier modèle qui repose sur une approche développementale centrée sur l’enfant qui favorise des apprentissages déclenchés par l’observation, le tâtonnement, l’imitation, la répétition. L’autre modèle s’appuie sur une approche plus directe avec un enseignant plus directif, animé par des projets didactiques. Ces approches correspondent à des modèles de structuration des lieux d’accueil du jeune enfant : le modèle «  intégré  », structure unique pour tous les enfants en âge préscolaire qui évoluent donc dans le même cadre éducatif ; et le modèle «  juxtaposé  », avec deux types de structures distinctes (une pour les 0 à 3-4 ans et une autre pour les 3 à 5-6 ans), comme c’est le cas en France. Certains spécialistes de la petite enfance préconisent des apprentissages dits «  incidents  », provoqués par des situations naturelles et motivés par les besoins physiologiques, psychomoteurs, de découvertes et d’expression langagière du jeune enfant. La façon dont sont organisées ces situations d’apprentissage peut donner naissance à des inégalités, si l’on ne prend pas garde à ce que chaque enfant sache utiliser des stratégies en phase avec la posture attendue. En effet, certains élèves semblent ne pas avoir automatisé des capacités d’autorégulation leur permettant, dans un premier temps, de comprendre les consignes et, dans un deuxième temps, de les appliquer de façon autonome. On peut donc s’interroger sur le rôle que va pouvoir jouer l’enseignant, afin de réduire les écarts initiaux constatés entre élèves.

Et les mots

L’apprentissage du langage est une bonne illustration de ces problématiques et du rôle important que va pouvoir jouer l’enseignant. L’émergence de la littératie est centrale à la notion de savoirs et de connaissances cachés, implicites et à celle de curriculum réel, c’est-à-dire ce qui est vraiment enseigné. La connaissance alphabétique est d’ailleurs considérée comme le pilier des apprentissages premiers. Par exemple, les jeunes enfants capables de dénommer les lettres obtiennent de meilleures performances en production orthographique et témoignent d’une sensibilité phonologique plus développée que leurs pairs qui n’ont pas construit cette connaissance. Aussi, l’évaluation de la connaissance du nom des lettres devrait-elle s’imposer dès le début du cours préparatoire, afin d’aider les enfants qui n’auraient pas développé cette compétence. Certaines circonstances influencent le développement des jeunes enfants comme les premières expériences, le maillage génétique, mais principalement leur environnement social, cognitif et émotionnel. Cependant, tous les environnements familiaux ne sont pas stimulants de la même manière et la classe reste un lieu primordial d’expérimentations et de réflexions, même si, là aussi, les situations peuvent être inégalement productives.

Marie Gaussel
Chargée d’étude et de recherche, service Veille et analyses de l’IFÉ (ENS de Lyon)

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Vers l’école du socle commun
La loi de la refondation a réaffirmé le socle commun. Ce dossier veut mutualiser les expériences et réflexions menées sur le terrain. Nous touchons là à un rôle fondamental de l’école : Que s’agit-il d’enseigner ? Dans quel objectif ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Dès maintenant, des réponses…