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La philo pour changer la société ?

Banquet-philo et émission radio, le CRAP promeut et pratique la philosophie.

10 avril 2012

Compte rendu d’un banquet-philo avec Michel Tozzi, organisé par le CRAP, qui s’est tenue à Aix-en-Provence le 22 mars dernier. Une occasion de faire le point sur les « nouvelles pratiques philosophiques ».


Programmation 2014-2015 Banquet-philo du 22 mars 2012
Le 22 mars 2012 a eu lieu au Café des Mots d’Aix-en-Provence un café-philo animé par Michel Tozzi et organisé par l’Association Mot’Eur (Celui qui bouge) en partenariat avec le CRAP d’Aix-Marseille (correspondant académique : Alain Zamaron) et sur une initiative de Muriel Briançon (membre du CRAP et de Mot’Eur).

Après un apéritif et un petit repas partagé dans le cadre convivial de ce petit restaurant qui ressemble à la fois à une bibliothèque et à une galerie d’art, on a tout d’abord évoqué les activités du CRAP (le mouvement, sa revue, les Rencontres 2012) puis invité Michel Tozzi à présenter son dernier livre qui traite des Nouvelles Pratiques philosophiques à l’école et dans la cité et à organiser un débat philosophique avec la salle. Revenant sur son ouvrage, qui fera l’objet d’une recension détaillée dans les Cahiers, Michel Tozzi a montré que la philosophie ne se cantonnait plus à la classe de terminale des lycées et qu’elle se pratiquait désormais partout autour de nous (hôpital, prison, maison de retraite…) et sous différentes formes toutes plus originales les unes que les autres (café-philo bien sûr, mais aussi rando-philo, BD philo, conseil philo en entreprise, etc.). Évidemment, ces Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP) sont controversées et leurs défenseurs sont souvent considérés comme des « philo-traitres » par les tenants de la philosophie traditionnelle (et universitaire !). Pourtant, les enjeux de ces nouveaux genres du « philosopher » qui permettent d’apprendre à penser par soi-même sont philosophiques, langagiers et même politiques puisqu’ils contribuent à former la pensée du citoyen démocratique.

Ensuite, le fondateur du café de Narbonne a encouragé la trentaine de personnes composant le public à poser des questions puis à voter pour n’en retenir qu’une : « Peut-on changer la société avec les NPP ? » Cette interrogation issue du groupe est ainsi devenue l’objet du débat collectif organisé avec le dispositif de la discussion à visée philosophique. Ce dispositif conçu et développé par le philosophe de Montpellier prévoit un président de séance (ce soir-là Michel Tozzi) qui régule le fond, un animateur qui distribue la parole (Alain Zamaron), un synthétiseur qui résume en fin de débat (Muriel Briançon). Grâce à cette séparation des rôles, la pensée du groupe avance démocratiquement de questionnement en questionnement : un premier constat (notre société postmoderne fait souffrir l’individu à cause du manque de communication et de la course à la rentabilité économique) conduit à une reformulation de la question de départ (comment la philosophie influence-t-elle la politique et la gestion ?) puis à un déplacement du problème de l’échelle de la société à l’échelle de l’individu (la pensée individuelle est-elle efficace politiquement et socialement ?). Des questions se posent (qu’est-ce que « philosopher » ? Comment apprend-on à penser ?) auxquelles le philosophe donne du contenu. Lorsque la pensée du groupe risque de s’égarer (internet représente-t-il une superpuissance ?), Michel Tozzi n’hésite pas à recadrer le débat. Le groupe se demande alors si la pensée est une action. Un participant provoque : si tel n’est pas le cas, la philosophie est-elle vraiment nécessaire ? Si pourtant penser et agir se rejoignent, la question devient la suivante : les NPP ont-elles une influence sur la démocratie ? Le président de séance insuffle des apports théoriques et montre que la philosophie ne va pas toujours de pair avec la démocratie. Le groupe convient que les NPP sont de petites actions qui peuvent œuvrer pour un plus grand changement. La pensée collective en arrive à de nouvelles interrogations (qu’est-ce que le changement ? la philosophie est-elle un bon outil pour générer un processus de transformation ? Puisque « philosopher, c’est dire non » dit le philosophe Alain, la philosophie a-t-elle un rôle à jouer ?).
Mais la fin du débat approche et Michel Tozzi lance une perche : si tout le monde philosophait et si la pensée réflexive se généralisait, la société serait-elle différente ? Mais toutes les perches ne sont pas saisies. Un participant rajoute que souvent l’on perçoit le changement (bien) après qu’il se soit produit. La soirée se termine et la synthétiseuse se demande personnellement si le café-philo de ce soir a produit son petit effet et ne serait pas une goutte d’eau précieuse dans l’océan du changement espéré. Le fait est qu’un lien social convivial et intense s’est créé entre les convives le temps de ce café- ou plutôt banquet-philo, ce qui n’est pas rien.

Programmation 2014-2015 Émission radiophonique de Michel Tozzi
Le CRAP d’Aix-Marseille a également contribué à rendre possible le 23 mars 2012 à Aix en Provence, l’interview de Michel Tozzi par Philippe Gauthier, associé de l’association Mot’Eur (celui qui bouge), présentateur de l’émission Philorama sur la radio Alpine Meilleure (RAM) et lui aussi animateur de cafés-philo. Faisant suite à leur rencontre au Café des Mots de la veille, Philippe Gauthier a longuement interviewé Michel Tozzi au sujet de son nouveau livre Nouvelles pratiques philosophiques, tout juste sorti en librairie. L’interview pourra être réécoutée à volonté grâce au podcast mis en ligne sur le site web de la radio RAM.

Muriel Briançon, avec la complicité d’Alain Zamaron