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La personnalisation des apprentissages. Agir face à l’hétérogénéité, à l’école et au collège

Sylvain Connac, ESF éditeur, 2013, 256 pages

25 octobre 2013

Sylvain Connac présente ici la question du la personnalisation des apprentissages sous une forme tout à fait intéressante puisqu’il propose une sorte de parcours d’auto-formation avec des outils pour mieux comprendre nos propres représentations et notre pratique afin de penser de nouvelles organisations du travail autour de la didactique, des situations coopératives et de l’individualisation. Il s’intéresse aussi à l’évaluation, à la difficulté scolaire et à la construction de relations sereines et sécures. Tout cela en s’adressant au premier comme au second degré. Un ouvrage indispensable pour engager un travail d’équipe.


Cet ouvrage est un véritable outil d’auto-formation en ce sens qu’il offre à la fois des apports théoriques riches, synthétiques et organisés qui permettent de poser clairement les concepts et des analyses de situations éducatives qui permettent de mettre en œuvre à la fois des outils pour penser et pour agir. Sylvain Connac est l’exemple même du chercheur/praticien qui est suffisamment dans la pratique pour intégrer les théories et savoir les mettre à disposition de tous les enseignants, débutants ou experts dans un ouvrage facile à lire.

Si l’hétérogénéité est souvent reconnue comme un frein, elle apparaît ici comme une ressource incontournable et indispensable, personnaliser n’étant pas seulement une prise en compte de l’individu mais bien d’une personne. Il s’agit donc de tenir compte de la manière dont chaque élève apprend, de ce qu’il est, de ce dont il a besoin, de ce qu’il réussit mais aussi de sa dimension sociale, de son rapport aux autres et à la société, de sa participation à la construction de cette société. On est donc dans une recherche d’apprentissages qui tiennent compte du « Je » et du « Nous » qui demandent à l’enseignant de penser cet apprentissage sous trois aspects : l’approche didactique, le travail individualisé et la coopération.

L’originalité de l’ouvrage est qu’il permet un réel travail d’auto-analyse par l’élaboration d’outils pour « se regarder pédaler »... Le pédagotest par exemple, introduit chaque chapitre et permet avant d’entrer dans la problématique, de s’interroger sur nos représentations et notre profil. Une liste de questions, parfois introduite par une situation, interroge sur nos actes mais aussi sur nos dire, et parfois c’est cet écart qui est révélateur de nos questions, de nos besoins ou de nos incompréhensions. En fonction des réponses, il apparaît que notre lecture du chapitre ne sera pas la même. Le pédagotest est donc un moyen de mettre en relation de manière consciente ce qui est lu avec ce que nous avons déjà construit autour de cette problématique et la manière dont nous mettons en œuvre ces conceptions dans notre pratique. Utilisé par une équipe, le pédagotest est un outil pertinent pour mesurer l’écart entre les représentations de collègues et l’écart entre les discours et les actes. C’est sans doute une étape indispensable avant de se lancer dans un travail d’équipe. De même des Qsorts sont proposés afin de faire émerger les représentations d’un groupe et de lancer des débats, de faire réagir autour de ce qui fait consensus et au contraire de ce qui s’oppose. C’est un outil qui peu s’avérer très utile aussi en formation. Enfin la lecture des résultats du test permet de revenir aux questions et de réfléchir sur les réponses qui correspondent aux représentations qui sont les nôtres et que nous n’avons pas cochées. L’occasion de mieux analyser les contextes qui modifient nos réponses ou nous écartent de nos idéaux pédagogiques.

La présentation de l’ouvrage permet de s’orienter à travers les chapitres et la lecture peut ne pas être linéaire. Chaque chapitre s’appuie sur une synthèse des théories et de leur évolution, qui permet l’analyse de ce qui se pratique le plus souvent en classe, mais surtout chaque chapitre propose des exemples pratiques pour mettre en place un apprentissage personnalisé et ces exemples peuvent s’appliquer du 1er au second degré, et dans n’importe quelle discipline. Il se termine par une bibliographie très riche et un glossaire bien utile.

Trois autres dimensions sont abordées : l’évaluation des compétences, la difficulté d’apprendre et l’organisation des relations dans la classe. Ces questions dépassent largement le cadre de la salle de classe et peuvent être travaillées par l’équipe éducative au sens large afin de réfléchir à la mise en place d’un enseignement personnalisé sur l’établissement. En effet il ne suffit pas d’être convaincu de la nécessité de travailler dans le sens d’une personnalisation des apprentissages pour aller vers un enseignement qui permette réellement à chaque élève de réussir. Sylvain Connac pointe bien qu’il s’agit d’une conception qui demande de repenser nos représentations et l’efficacité ne peut venir que d’une cohérence au sein de l’établissement. L’élève considéré comme une personne se voit alors comme un individu en lien avec une organisation sociale qui ne peut avoir de sens qu’à condition que les valeurs et les principes soient les mêmes dans et hors la classe.

Reste à se poser la question de la cohérence avec ce qui se passe hors de l’établissement. Si la personnalisation des apprentissages a pour objectif de rendre l’élève acteur, responsable, libre et créateur, on peut espérer que les valeurs qui soutiennent cet enseignement dépassent les limites des grilles de l’école.

Sylvie Grau