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La note de vie scolaire

Des participants aux Rencontres du CRAP débattent.

2 septembre 2006

Sur cette mesure qui entre en application dans les collèges dès cette rentrée, l’opposition est vive. Des enseignants présents à nos Rencontres d’été en contestent le principe mais s’interrogent également sur la meilleure attitude possible lors de sa mise en œuvre. Voici le compte-rendu de cette discussion.


1. Sur le principe

Un travers possible : peut-être que les notes finalement attribuées aux élèves en fonction d’un barème précis, en tout cas qu’il existe, ne correspondront pas du tout à l’image qu’ils ont dans l’établissement... On peut imaginer que les élèves perçus comme pénibles sortent renforcés de l’histoire s’ils parviennent à une note honorable, ou qu’au contraire des élèves un peu limite se laissent aller s’ils estiment avoir été lésés par une note de vie scolaire faible...
Comment assurer des notes justes à 500 élèves d’un établissement, alors que beaucoup restent à peine connus de la vie scolaire ? On peut penser que cette notation se fera « à la louche », devant les difficultés à définir et à mettre en oeuvre sur la durée un véritable barème.
Si jamais on mesure effectivement les progrès, les élèves auraient alors intérêt à être affreux au début de l’année !
Les élèves demi-pensionnaires risquent d’être pénalisés, on sait bien que de nombreuses bêtises sont commises pendant ce temps de la demi-pension !
Les élèves déjà sanctionnés pour un fait, par exemple par un jour d’exclusion, seront-ils doublement pénalisés par une baisse de leur note de vie scolaire ?
Cette note de vie scolaire intervient en doublon d’autres mesures comme le signalement des absences à l’inspection académique, et on sait bien que ce courrier a un certain poids sur les familles.
On ressent effectivement le besoin de valoriser les élèves qui prennent des initiatives, qui aident les autres, et on manque de moyens pour cela. Peut-être la note de vie scolaire pourrait-elle permettre de récompenser ce type d’élèves ? Par contre, on risque de vite tomber dans le marchandage.
Cette note va peut-être faire discuter d’une façon plus générale de l’évaluation dans les établissements : quand on donne une note lors d’un contrôle, est-ce que l’on cherche à féliciter ou à blâmer un élève, ou est-ce qu’on s’en sert pour mesurer ce qu’il a appris ?
En additionnant des choses aussi différentes que l’assiduité, le respect du règlement intérieur, l’engagement dans des projets, on arrive à des équivalences chiffrées assez ahurissantes : des absences injustifiées pourraient être compensées par l’animation d’un club ? Obtenir l’attestation scolaire de sécurité routière permettrait de rattraper des points perdus pour avoir dégradé les locaux ?
Ce type d’évaluation se fait déjà largement par l’intermédiaire des appréciations, c’est même souvent ces aspects-là qui sont le plus abordés lors des rencontres avec les familles. Qu’est-ce que rajouterait une note ?
Une note ne permet pas d’apprendre : les mauvaises notes ne permet pas aux élèves de progresser ; même les « avertissements conduite » parfois décidés en conseil de classe n’ont pas d’impact en tant que tels sur la conduite des élèves. Ce n’est pas ça qui leur apprend à respecter les règles.
On risque de passer beaucoup de temps dans la gestion de cette note, au détriment du temps passé dans les relations avec les élèves.
Pour certains collègues, cette note pourrait permettre de « tenir » les élèves. Pourtant, lorsqu’on se pose la question en pensant aux élèves les plus pénibles, on est forcément sceptique...
Cette note risque d’être décisive pour les choix d’orientation en lycée professionnel.
Lorsqu’il existe des systèmes du type « permis à points », une correspondance directe avec la note de vie scolaire pourrait être faite. De là à parler de justice, lorsqu’il est courant que certains enseignants enlèvent beaucoup plus de points que d’autres... L’effet dissuasif espéré fonctionne effectivement pour les élèves assez sages, plus du tout pour les élèves systématiquement perturbateurs, qui perdent rapidement tous leurs points. L’intérêt du permis à points semble avant tout résider dans le travail en équipe qui est réalisé pour son élaboration et sa mise en oeuvre ; il est également plus lisible, plus clair pour les élèves que le règlement intérieur.

2. Sur la mise en oeuvre

De nombreuses questions : quelle prise de position collective des enseignants de l’établissement ? Que faire si on est isolé ou minoritaire dans son établissement sur une position de refus de cette note ? Faut-il participer à la préparation du barème de cette note ? Comment justifier notre position auprès des élèves ?
- Attendre et voir
Quand il y a des mesures un peu positives (à notre sens) comme les bulletins avec les appréciations en trois parties, ça ne dérange pas grand monde que ça tombe aux oubliettes... Pourquoi ne pas espérer une telle évolution pour cette note ?
On pourrait aussi simplement freiner en proposant de ne commencer que par une appréciation, en attendant de réfléchir, ou bien de laisser la mesure se perdre dans les sables...Une ligne adéquate dans les bulletins trimestriels permettrait de porter ce type d’indications, de façon qualitative. Des collègues signalent que cela existe déjà dans certains établissements.
Faire des propositions concrètes reviendrait à donner du sens à ce qui n’en a pas... Pourquoi passer du temps à défendre ou amender un dispositif qu’on préférerait avant tout jeter à la poubelle ! Pour citer Philippe Perrenoud, pourquoi parler de l’essentiel lorsqu’il est si amusant de parler d’autre chose ?
- Boycott
Peut-on envisager de refuser d’attribuer ces notes de vie scolaire ? Mettre une note sur des comportements est tellement réducteur ! Mais que faire lorsqu’on est isolé dans cette position ? Et comment gérer un tel choix face aux élèves ? On risquerait de paraître se désolidariser des autres enseignants, de donner aux élèves une image d’incohérence des adultes.
L’idée du boycott est quand même gênante par principe : au nom de quoi faire le tri entre les lois qui nous plaisent et celles qui ne nous plaisent pas ? Ceux qui les prennent ont quand même une légitimité démocratique. Et on accepte mal que les collègues se permettent cette attitude sur des mesures positives comme les IDD ou les TPE. Cette note ne porte quand même pas atteinte fondamentalement à nos valeurs. Mieux vaut chercher à utiliser les possibilités d’interprétation du texte pour en détourner le sens.
- Dépatouillages divers...
Faut-il s’investir dans la détermination d’un barème précis pour éviter les notations à la louche dans l’urgence du conseil de classe ? Mais est-ce bien réaliste d’élaborer un tel barème pour une note sur 20 ? Et comment justifier des notes « à la louche » auprès d’élèves et de parents tatillons sur le calcul de leur moyenne ?
Pour vider la mesure de son sens, on pourrait attribuer comme note de vie scolaire la moyenne générale de l’élève. Ou bien mettre 18/20 à tout le monde ? Ne pas mettre de note, comme lorsqu’un professeur est absent ? Sauf que c’est le chef d’établissement qui l’attribue en dernier ressort...
Peut-on envisager d’associer les élèves aux critères de cette note ? Les faire réfléchir à ce que veut dire être un bon élève... Peut-on même envisager de demander aux élèves de s’attribuer eux-mêmes cette note dans le cadre d’un « collectif élève » en heure de vie de classe ?
- Noter avec une échelle de lettres
Proposition : utiliser une échelle de lettres (de D à A, ou dans l’autre sens ?)
Avantages :

  • aborder les discussions dans les établissements avec autre chose qu’une position de refus de principe ;
  • contourner son intégration dans le calcul de la moyenne générale, dans les établissements où cela se pratique.
  • donner davantage de poids à l’appréciation qui accompagnerait la note ;
  • distinguer cette note des notes d’apprentissage sur 20 ;
  • Pour tenir compte du bonus, on pourrait proposer que l’échelle de notation commence à la lettre A jusqu’à la lettre D, E signalant alors les élèves irréprochables sur l’assiduité et le respect du règlement intérieur, et de surcroît investis dans la vie de l’établissement.
  • En tout cas, attribuer une note à la louche avec seulement quatre possibilités est beaucoup moins ennuyeux qu’avec 20...

Compte-rendu réalisé par Patrice Bride


- Lire l’article de Philippe Watrelot La note de vie scolaire : une fausse bonne idée.
- Lire le dossier réalisé par Pierre Madiot, rédacteur aux Cahiers, pour l’espace éducatif de France 5.



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