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La démocratie des crédules

Gérald Bronner, PUF, 2013, 254 pages

5 octobre 2013

Un ouvrage qui, s’il n’est pas centré sur l’école, nous invite, notamment en tant qu’enseignants à travailler à la formation de l’esprit critique, à l’heure des rumeurs, des théories du complot et du scepticisme vis-à-vis de la science . De nombreux exemples qui nous font réfléchir aux risques que l’on court, que court en fait la démocratie si elle laisse le champ libre à la crédulité...


Si cet ouvrage ne concerne pas directement l’école, on aurait intérêt à le lire lorsqu’on se sent concerné par l’apprentissage de l’esprit critique, et quel enseignant devrait ne pas l’être ?

L’auteur, sociologue, analyse dans ce livre très accessible, à l’aide de nombreux exemples, plus ou moins connus, les dangers que court la démocratie à l’heure de la rapidité de circulation des informations, souvent non vérifiées et de la montée du scepticisme envers les approches scientifiques. Certains passages sont très savoureux comme ceux qui analysent les soi-disant raisons de douter de la mort de Mickael Jackson ou les annonces prétendues du naufrage du Titanic, d’autres nous troublent dans nos certitudes (l’épidémie de suicides à France Télécom est-elle si certaine ? les consultations citoyennes sont-elles toujours un progrès démocratique ?) . Si on peut discuter de tel ou tel aspect du livre (et justement la pensée scientifique est par définition ouverte à la contestation), on ne peut que saluer une démarche qui nous encourage à la rigueur et nous invite, enseignants, à mener un vrai travail, dès le plus jeune âge sur la fiabilité des sources notamment ou encore sur la valeur des statistiques et sur les probabilités que telle chose se produise… L’auteur d’ailleurs est bien conscient de la fragilité de nos outils face à la fascination qu’exerce par exemple toute théorie du complot, et met l’accent sur le rôle essentiel de l’école dans le combat contre la crédulité : « ce travail si nécessaire à l’avènement d’une démocratie de la connaissance ne peut se faire qu’en y insistant tout au long du temps éducatif et dans toutes les matières, dès que possible ».

Jean-Michel Zakhartchouk