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N° 510 Des tâches complexes pour apprendre

La complexité sans complexe

Sylvie Grau et Anne-Marie Sanchez


À une époque où les savoirs sont largement disponibles grâce aux outils numériques, les enseignants se retrouvent devant un nouveau défi : apprendre aux élèves à gérer leurs connaissances, en particulier pour la résolution de problèmes complexes. C’est un changement de paradigme. De ce point de vue, la question n’est pas tant des modalités d’enseignement que celle des apprentissages effectifs de l’élève, de sa capacité à s’en servir dans différentes situations.

La mise en place du socle commun a été l’occasion de lancer la réflexion sur la mobilisation des acquis dans le cadre de tâches complexes. Le concept de compétence qui s’y adosse peine à entrer dans les pratiques de classe. L’élève étant évalué sur sa capacité à traiter ces situations, l’école doit pourtant bien l’y préparer.

La loi de refondation de l’école de 2013 a réaffirmé le principe du socle commun, le nouveau Conseil supérieur des programmes devrait renforcer les liens entre programmes et socle. Voici ce qu’en dit son président Alain Boissinot : «  L’idée est de réfléchir, comme dans de nombreux pays, en termes de curriculum, ce qui suppose une approche plus globale. Le curriculum, ce n’est pas que du contenu, mais une réflexion sur les compétences, l’évaluation, les outils numériques, la formation professionnelle.  » Ce dossier se voudrait un modeste accompagnement à ce changement. Il montre ce que des collègues font vivre dès aujourd’hui à leurs élèves dans la pratique de la classe, en y ajoutant des réflexions qui peuvent nous aider à appréhender ce qui est en jeu.

Nous avons reçu beaucoup de textes, nous remercions tous ceux qui nous ont fait partager leurs idées et pratiques, et sommes désolés de ne pouvoir tout publier. Le choix s’est fait sur un équilibre entre les différentes composantes du système. Vous trouverez surement que les exemples du collège ont une plus grande part, cela tient probablement au fait que les pratiques y sont installées depuis moins longtemps. Comment, dans des lieux d’apprentissages divers et variés, cette idée de «  tâche complexe  » est-elle traitée ? En quoi fait-elle évoluer les pratiques ? Que nous disent les chercheurs, quelles sont les mises en garde qu’ils nous envoient afin de ne pas perdre les élèves les plus fragiles en route, en particulier quand nous sommes tentés par la pédagogie de projet ou que nous nous posons des questions autour de la métacognition ?

Que mettons-nous en place en classe pour apprendre à l’élève à transférer ses acquis ? Comment inclure ce travail dans l’apprentissage des ressources du programme ? Des articles sur le travail interdisciplinaire, des réflexions sur la coopération ou l’implication dans les compétences sociales et civiques proposent aussi des réponses.

Et du côté de la formation des enseignants ? Quel en est l’enjeu ? Quelles difficultés apparaissent dans les stages ? Comment les contourner pour accompagner les collègues dans ce changement, entre rassurer, faire comprendre et faire bouger ?

Prenant la suite du dossier «  Évaluer à l’heure des compétences  », celui-ci se veut à la fois une analyse de pratiques et un lieu d’échanges, ici et maintenant, sur un sujet qui touche tous les niveaux de la scolarité et sera certainement un enjeu majeur de l’évolution de l’enseignement. En attendant d’autres développements.