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Recension parue dans le N° 398 de novembre 2001

La Machine-École

Philippe Meirieu (avec Stéphanie Le Bars), Folio-Actuel, 2001

11 novembre 2001


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Pour cette rentrée, Philippe Meirieu nous propose un livre-entretien, dans lequel il répond aux questions (bien informées et directes) de Stéphanie Le Bars, journaliste au Monde.

Ce livre est d’abord un bilan : bilan personnel d’un homme qui a cherché inlassablement où être le plus efficace, et témoigne bien d’une génération qui a inventé son chemin entre les écueils du spontanéisme libertaire, du technicisme, du tout-sociologique et du tout-politique. Bilan historique surtout : comment la démocratisation de l’enseignement avance lourdement, s’enlise, essaie de repartir. Longue histoire des bonnes intentions et des occasions manquées. Le témoignage et l’analyse de Meirieu sont particulièrement lumineux sur l’échec d’Allègre, porteur des espoirs de l’aile avancée et qui a fléchi soudain quand il fallait porter le débat devant la représentation nationale [1]. Les politiques font produire des rapports aux meilleurs experts, et se limitent ensuite à négocier avec divers lobbys et groupes de pression, pour aboutir à des mesures éparses qui mécontentent les conservateurs sans donner des outils suffisants aux réformateurs.

L’ouvrage est aussi une description éclairante du complexe rapport de forces et des rouages de la grosse machine. Meirieu analyse avec un vrai souci d’impartialité (méritoire chez un homme qui a subi les plus basses insultes) les points critiques qu’une réforme devrait franchir pour être un vrai progrès : redéfinition du service des enseignants [2], dépassement des lobbysmes étroitement disciplinaires (« Pas une heure de moins pour ma discipline ! »), revalorisation du technique. Il essaie aussi de comprendre la violence des oppositions y compris chez des enseignants de gauche et même d’extrême-gauche, et en particulier chez les philosophes [3]. Mais certains alliés aussi sont difficiles à vivre : les techniciens de la gestion mentale et de « la pensée des cracks [4] », les sociologues glissant du descriptif au prescriptif et couvrant leurs choix politiques de l’autorité de la scientificité [5], les syndicalistes « révolutionnaires mais surtout pas réformistes », les parents d’élèves consuméristes.

Meirieu revient sur des idées-force qui lui semblent toujours essentielles : le collège unique comme creuset unificateur contre l’éclatement social, la conviction qu’il faut transmettre des connaissances, mais faire en sorte qu’elles soient effectivement transmises, et la recherche de « savoirs d’action » qui armeront les enseignants et les aideront à être efficaces. [6]

Quelles perspectives ? Celles de Meirieu rejoignent les nôtres, je crois. Nous avons reçu bien des coups, souvent bas et donc : au travail ! Dans les classes, mais aussi dans les syndicats, dans les salles de profs et les cours d’école, dans tous les lieux de débats et d’échanges, partout où on peut patiemment dégripper la grosse machine. C’est cela, être pédagogue.

Philippe Lecarme


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[1P. 83-84.

[2Incluant notamment tutorat et travail d’équipe.

[3En particulier p 178-179.

[4p. 215.

[5P. 211.

[6L’auteur rappelle qu’il a enseigné vingt ans, que sous Bayrou il est retourné enseigner en LEP ; les p 224-225 font écho aux difficultés extrêmes que rencontrent bien des collègues aujourd’hui. À signaler que L’école et les parents, recensé dans les cahiers (n° 387) vient de paraître en poche (Pocket).