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La Ficeméa, un projet philosophique et politique

« Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble, par l’intermédiaire du monde » Paolo Freire, Pédagogie des opprimés., 1974.

La Ficeméa est un mouvement constitué de militants œuvrant dans des associations
éducatives, culturelles et sociales. Elles agissent sur leurs terrains respectifs grâce à des
acteurs engagés. Les associations membres organisent et réalisent des actions
éducatives en référence aux principes de l’Éducation nouvelle auprès d’un public divers
et dans des champs d’action multiples,. Les membres de la Ficeméa participent au
développement et la défense des conquêtes sociales.
Les fondements philosophiques de l’Éducation nouvelle ont été pensés dans des
contextes politiques, historiques très différents. Les penseurs et acteurs pédagogiques
issus de pays divers et de réalités très différentes ont permis d’inscrire de fait une
dimension universelle. Au travers des principes qu’elle défend, l’Éducation nouvelle
transcende les contextes, les réalités des sociétés, les classes sociales, les appartenances
nationales.

Penser l’Éducation nouvelle ne peut se faire que dans une perspective internationale qui
place l’humanisme au cœur de notre projet politique. Celle-ci valorise la liberté de
l’initiative, de la création, de l’expression, l’importance de l’affectivité, la construction de
la personnalité par l’individu lui-même, dans son rapport avec les autres et son milieu de
vie.
Notre approche éducative crée des situations où chacun, enfant, adolescent, adulte,
peut être plus conscient du monde qui l’entoure, se l’approprier, le faire évoluer, le
modifier dans une perspective de progrès individuel, collectif et social.
L’Éducation nouvelle telle que nous la pensons et la vivons participe de la transformation
de la société en influençant les rapports de force et de pouvoir, les modes d’organisation,
la liberté individuelle pour plus d’égalité, pour rendre le pouvoir au peuple, à tous, à
chacun-e.
L’éducation nouvelle, dont l’ambition, le projet philosophique est de donner à chacun-e
les moyens de son émancipation ne peut se saisir que dans un regard ou une vision
politique.
L’émancipation s’entend dans le cadre de l’individu et son projet de vie, mais reste
indissociable d’une logique d’émancipation collective, d’une logique de transformation
sociale vers plus d’égalité.

Réserver cette logique à une seule approche pédagogique ne peut que satisfaire les
tenants d’une éducation plus « traditionnelle » dans ses objectifs. Elle est par nature « 
subversive », en ce sens qu’elle tend à transformer la société vers une société plus
égalitaire et plus juste.
Le socle sur lequel peut se développer l’éducation nouvelle est nourri des concepts de
liberté et des conceptions politiques en découlant, du concept de laïcité, y compris tel
qu’enrichi par nos propres réflexions. Ceci sont les garants de l’ouverture à l’autre, du
respect du pluralisme des idées et de la tolérance.

Quatre piliers fondamentaux de l’Éducation nouvelle

Le milieu est fondateur de la personne, l’expérience et l’activité procèdent de
l’appropriation de son histoire personnelle et publique. La prise en compte de ces
expériences dans son parcours individuel et collectif permet la construction d’un sujet
agissant et capable d’agir sur le monde qui l’entoure.
Le milieu, l’environnement
Nous nous appuyons sur les réflexions d’Henri Wallon dans sa conception large du
milieu : social, biologique, idéologique. Ce milieu joue un rôle prépondérant en
éducation et pose la possibilité de la personne et/ou du groupe à s’approprier et
transformer son milieu.
Etre acteur du et dans le milieu doit être une règle, toute situation « hors sol » est à
bannir.
Seule une connaissance approfondie de son milieu de vie peut amener l’être humain à
s’y accomplir individuellement et collectivement. Le cadre matériel doit donner l’envie et
la possibilité d’agir.
Le milieu de vie se construit par l’histoire, le territoire géographique, social sur lequel la
personne agit comme acteur d’un projet et capable d’exercer son pouvoir. L’homme est
situé dans une constante dynamique avec d’autres acteurs engagés dans l’exercice de
formes de pouvoirs différents (politique, institutionnel, social, culturel, économique,
juridique,...). La participation réelle et effective des différents acteurs permet la co-
construction de sens pour l’individu et la communauté dont l’objectif est l’inclusion,
l’autonomisation et la construction des notions de privé et de public.
La place de la personne
La personne est considérée en tant que porteuse d’une histoire, d’un parcours, de
besoins, de désirs et capable de choix. Tout être humain peut avoir le désir et la
possibilité de progresser selon son itinéraire personnel avec le soutien d’autrui. Il n’y a
pas de véritable savoir sans construction personnelle de soi et donc de son propre savoir.
La reconnaissance de la personne, ou l’individu, l’attention et le respect portés à la
responsabilité personnelle (à ne pas confondre avec une approche individualiste) sont
essentiels. Les notions de choix, de projet, que nous portons, ne peuvent pas s’abstraire
de la notion de liberté qui a également alimenté l’Éducation nouvelle.

C’est un principe de base pour l’Éducation nouvelle, c’est un principe fondateur. Il
convient, aujourd’hui, pour la Ficeméa, de le nourrir par les travaux sur l’acceptation de
l’autre, l’altérité, sur la bienveillance, sur la bientraitance, qu’elles soient d’ordre social,
culturel, philosophique ou culturel. Il convient tout autant de nous réemparer de la
notion de confiance, qui participe de la bienveillance et l’enrichit.
Le collectif
La vie collective est considérée comme un instrument de développement personnel
facteur d’émancipation. L’Éducation nouvelle repose sur cette dialectique entre
l’individu et le collectif, le singulier et le pluriel.
Nous sommes bien dans le cadre d’un collectif qui émancipe, qui permet à chacun-e et à
tous de faire évoluer une réalité à transformer en continu, vers plus de liberté, sans que
ce soit un vain mot. Les choix individuels doivent alimenter le collectif, sans y être
manipulés ou laminés.
Derrière ces notions se dessine la question de la place sociale des individus au sein des
groupes sociaux auxquelles ils appartiennent, des places occupées, assignées, octroyées,
conquises au sein de la société.

L’activité, l’expérimentation sont fondamentales dans tout projet d’éducation. L’activité
est essentielle pour la formation personnelle et l’acquisition de la culture comme
expérience de transformation du réel.
L’activité doit irriguer l’ensemble de nos pratiques, quel que soit le thème, le terrain et
les enjeux. Mais elle doit garder, voire amplifier ce qui l’a fondée, le et les projets de la
personne dynamisant et se nourrissant d’un collectif ; elle s’inscrit dans une pédagogie
de l’invention, de l’expérimentation, le tâtonnement expérimental, le contact avec le réel.
L’activité porte, aujourd’hui, des enjeux encore plus profonds qui touchent à la
construction de la personne, et aux répercussions que cela peut avoir sur la force de
transformation des groupes. Il y a comme une urgence à réhabiliter le faire, à donner
symboliquement des mains aux enfants et aux jeunes, pour qu’ils puissent mieux
accéder à la connaissance en la fabriquant.

Les méthodes de l’Éducation active

La formation occupe une place centrale dans la diffusion des méthodes d’éducation
active.
La compétence du formateur ne se résume pas à la transmission mais réside dans sa
capacité à se laisser surprendre par de l’inédit. Inédit à partir duquel, il peut tenter de
gérer et construire avec les participants un univers de sens nouveau.
Notre ambition formative est d’accompagner la réflexion des acteurs sociaux dans leur
sensibilité au monde, loin des stéréotypes et de développer des pratiques éducatives
non sclérosées. Pratiques à réinventer, à interroger en permanence au-delà des routines
et des bonnes pratiques, dans la liberté de surprendre et d’être surpris.
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La formation est un processus de transformation de son rapport au monde. Les
personnes sont amenées à s’approprier des repères culturels, à les questionner et à en
réinventer d’autres. Ce processus est identique à celui vécu dans les parcours migratoires.
La relation formative doit pouvoir assurer la transition entre ces états. Toute formation
est donc bien un espace interculturel.
L’Éducation active est le processus permettant à chaque personne de se construire dans
son comportement, de développer ses compétences et d’enrichir ses connaissances. Ce
processus est continu et permanent : il est de tous les instants et se fait tout au long de
la vie. L’éducation se fait fondamentalement par l’expérience personnelle vécue au sein
d’un patrimoine collectif en constante évolution (milieu de vie, famille, société, le
monde).
Selon notre conception, la finalité de l’éducation doit être la formation d’un citoyen
émancipé, solidaire responsable et critique :
 citoyen émancipé, c’est-à-dire capable d’analyser les stéréotypes et de penser par
lui-même afin d’agir dans son environnement et de valoriser ses potentialités.
 citoyen responsable, critique et solidaire, c’est-à-dire capable de faire évoluer la
société dans laquelle il vit, selon ses aspirations et ses valeurs dans une
perspective de progrès social.
Cette conception rejette l’instrumentalisation de l’éducation dans le but de :
- formater des agents de production économique, culturelle ou politique
conformes aux besoins d’un système,
- standardiser les comportements des consommateurs nécessaires à l’économie
de marché ou de tout autre modèle politique qui aurait les mêmes objectifs.

http://www.ficemea.org/?page_id=2


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