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Recension parue dans le N° 381 de février 2000

L’oral argumentatif en philosophie

coordonné par Michel Tozzi, CRDP de Montpellier, 1999, 297 pages

14 février 2000

Faut-il enseigner l’oral ? Est-ce possible ? Si oui comment ? Ces questions aujourd’hui davantage abordées dans différentes disciplines sont encore peu envisagées par la réflexion sur l’enseignement de la philosophie. Comme le soulignent les auteurs de ce livre, l’importance de l’oral en philosophie se déroule selon un paradoxe : l’oral est très présent tant dans l’histoire de la philosophie (Socrate n’a jamais écrit) que dans les concours et sa place est fort réduite dans l’enseignement. " L’oral est le point aveugle de l’enseignement et de l’apprentissage philosophique " est-il affirmé. C’est pourquoi les différents auteurs (membres d’un groupe IUFM-MAFPEN de Montpellier) ont voulu explorer les possibles et impossibles dimensions de l’oral en philosophie dans l’histoire comme dans les théories et les pratiques.

Il est difficile de gérer l’oral dans le cadre traditionnel de la leçon de philosophie où le professeur doit être l’auteur de l’uvre de son propre cours et où les questions, les interventions sont vécues comme des parasitages. Ici plusieurs pistes sont évoquées pour échapper au primat de leçon du maître que l’on écoute. Car, si l’interaction verbale est source d’apprentissage, l’échange philosophique doit être pédagogiquement construit.

À noter aussi un intéressant chapitre sur le dialogue philosophique (le fonctionnement du dialogue argumentatif, ses règles, ses limites) où l’on voit qu’il ne s’agit pas seulement de faire dialoguer ses élèves mais bien aussi de les faire réfléchir sur le dialogue. Il est également essentiel de réfléchir à ce qui fait qu’une discussion est philosophique, à ce qui la distingue d’autres pratiques orales. Est-ce parce qu’elle aborde des notions ou des problèmes philosophiques ? Sans doute, mais c’est bien autant par la manière dont ces questions sont abordées : formulation rationnelle, création de concepts, recherche d’une légitimation universalisante Une démarche philosophique, face à une question, suspend toute réponse, questionne la question et s’intéresse dans sa démarche de vérité à ce que l’autre pourra en penser. En mettant en uvre cette démarche philosophique les pratiques de l’oral peuvent ainsi contribuer à sa propre élaboration et appropriation par les élèves et par ceux qui cherchent à philosopher. En effet, ce livre traite aussi des pratiques de l’oral en philosophie en dehors du monde scolaire, notamment les cafés philosophiques.

Reste le problème de l’évaluation de l’oral qui, sans être oublié, nécessiterait davantage de développements. Il est évident que ce livre ouvre de vastes horizons de pratiques et de réflexions qu’il nous reste à continuer d’explorer, à parler, à faire parler.

Françoise Carraud