Accueil > Le Cercle de recherche et d’action pédagogiques > L’association > Les évènements > Les assises de la pédagogie > Premières Assises de la pédagogie 2007 - Résister et proposer > L’intervention de Christian Frin, président du CRAP-Cahiers pédagogiques, en (...)


Premières Assises de la pédagogie : Résister et proposer

L’intervention de Christian Frin, président du CRAP-Cahiers pédagogiques, en ouverture aux Assises

À Paris le 3 février 2007


Il n’échappe à personne qu’à l’approche d’échéances électorales nationales et parlementaires, les enjeux politiques porteront fortement sur les évolutions de notre système éducatif. C’est pourquoi, nous avons sollicité nos partenaires réunis dans le cadre du Comité de Liaison des Mouvements Pédagogiques et d’Education (CLIMOPE) mais aussi d’autres associations qui oeuvrent complémentairement à l’école, pour que tous avec nos diversités nous puissions proposer ensemble des pistes de changement. Environ, 14 mouvements pédagogiques, associations et fédérations ont répondu à cet appel pour animer les ateliers proposés.

Pour ouvrir les débats, et avec l’accord d’un de nos amis pédagogue j’emprunte un des titres de ses nombreux ouvrages pour positionner mon intervention :

Résister, oui mais comment ? Et je rajouterai ...
Résister à quoi ou à qui ? Résister pour faire quoi ?

Résister en démocratie, ce n’est pas que s’arc-bouter et tout refuser en attendant le grand soir, c’est plutôt agir et réagir pour faire valoir les idées qui nous semblent fondamentales pour faire évoluer le système éducatif.

Résister, oui mais pour faire quoi ?

Sans doute pour faire que les politiques en charge de la nation définissent plus clairement avec les professionnels ce qu’ils attendent du monde éducatif et de l’école en terme de démocratie, de citoyenneté mais aussi d’acquisition de connaissances et de compétences fondamentales.

Certes, à l’école nous défendons l’idée d’une culture commune pour tous, mais nous pensons que pour l’acquérir réellement, il est tout aussi fondamental et nécessaire que les pratiques pédagogiques et éducatives évoluent, que les examens et les formations soient transformés afin de permettre la réussite et l’insertion des jeunes dans notre société.

Car, pouvons-nous aujourd’hui, continuer à éduquer et à enseigner sans prendre en compte les nouvelles évolutions de société et sans interroger les transformations professionnelles de nos métiers ?

Les discours des politiques justifient l’intérêt d’une mixité sociale sur le plan éducatif ou scolaire, mais tous s’opposent sur les moyens d’y parvenir
(Est-ce : la sectorisation ? le 1/3- 1/3- 1/3 ? la non ghettoïsation des populations ?...)

Alors que peu abordent sa véritable prise en compte, beaucoup dissimulent leur réponse à cette question difficile de « l’égalité des chances ».

Le statut des professionnels de l’enseignement acquis à une époque peut-il
demeurer « figé » ou « sourd » face aux changements et difficultés du métier actuel, en ne prétextant que la crainte d’y perdre des « plumes », pour dire les choses légèrement. Pourtant, cette crainte peut devenir légitime dès lors qu’il y a aggravation des avancées pédagogiques.

En effet, reconnaître les besoins particuliers des enseignants pour travailler dans certaines conditions ce n’est pas en faire un corps privilégié c’est simplement leur demander de concevoir leur rôle dans le cadre d’une éthique professionnelle : celle de l’éducabilité de tous.

La dimension quantitative du statut est indissociable de la qualité d’exercice du métier. Que voulons-nous faire de différent, d’autrement pour répondre à nos missions. C’est peut être en cela que les pédagogues, c’est-à-dire les professionnels de l’apprentissage, de l’enseignement et de l’éducation que nous sommes, ne sont pas de dangereux idéologues mais des citoyens responsables de l’avenir des jeunes qu’on nous a confiés.

Résister, oui mais à quoi ou à qui ?

Sans aucun doute, résistons aux appels nostalgiques d’un retour aux pédagogies traditionnelles ou conservatrices qui prônent l’efficacité de certaines méthodes au détriment des autres ; mais résistons aussi aux sirènes pédagogiques qui cherchent à appliquer des modèles didactiques a priori opérationnels. Résistons également aux alibis de l’immobilisme, aux corporatismes en tout genre, aux lobbyings disciplinaires, aux filières sélectives déguisées ou avouées, aux emplois du temps consensuels et cloisonnés, en un mot Résistons au repli de l’école sur elle-même.

Résister, oui mais comment ?

Changer l’école, c’est notre action pédagogique pour changer la société ; mais changer l’école hors de l’action politique c’est sans doute ne pas vouloir changer la société !
La pédagogie est affaire de politique puisqu’elle véhicule des valeurs éducatives comme la Solidarité, la Tolérance, l’Autonomie, la Responsabilité et l’Eco- citoyenneté, d’ailleurs reconnues institutionnellement. Par contre, la pédagogie ne peut pas s’enfermer dans des hégémonies de pensée au risque de discréditer l’ensemble d’une profession.
Personne n’est invité à s’installer dans une neutralité bienveillante ou une naïveté pédagogique ou un conservatisme indifférent mais plutôt à s’engager dans la recherche de valeurs communes en éducation qui puissent contribuer, au plus, à la réussite de chacun des jeunes, au mieux, à réduire les inégalités qui existent dans notre système.

Alors à l’approche d’échéances essentielles pour l’avenir, n’hésitons pas à interpeller les candidats à la gouvernance du pays sur des enjeux éducatifs que nous jugerons fondamentaux politiquement c’est-à-dire des enjeux à mêmes de générer des changements forts, car finalement

Proposer n’est ce pas déjà Résister ?