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L’image de l’école à la télévision

Par Jean-Michel Zakhartchouk

22 juin 2006

Les images de candidats au bac en pleurs ou éclatant de joie après les résultats. Puis, pendant deux mois, il ne va plus être question d’école dans les médias, en attendant les marronniers de rentrée : à nouveau des pleurs ; ceux des petits entrant à la maternelle, et l’évocation rapide des principaux changements de la nouvelle année scolaire, le discours du ministre et son apparition dans quelques écoles pour assurer les enseignants de son soutien et pour annoncer une nouvelle ère (avec le socle commun, les PPRE, l’ambition réussite, etc.)
Profitons de cette fameuse « trêve estivale » pour réfléchir à cette image de l’école dans les médias, notamment sur le plus important d’entre eux, la télévision (même si, avec Dominique Wolton, on peut penser qu’internet va de plus en plus la supplanter). La réflexion est souvent la grande absente et si parfois des débats sont organisés, on a tendance à voir toujours un peu les mêmes. Peu de travail de fond, presque toujours sacrifié au spectaculaire. Les trains qui arrivent à l’heure intéressent peu. Et lorsqu’il est question de projets, on montrera davantage la sortie à l’Opéra, grâce à des professeurs « dévoués et généreux » de collégiens de ZEP qu’un travail plus modeste, qui, il est vrai, n’est pas toujours passionnant vu de l’extérieur, surtout si on n’a droit qu’à trente secondes.
En fait, l’an passé, deux films au moins ont tranché avec la banalité des images présentées de l’école. Deux films dont nous avons parlé ici même de façon élogieuse. A la rentrée passée, Tant qu’il y aura des élèves, de Hervé Hamon nous montrait comment l’école d’aujourd’hui n’était nullement en régression par rapport à il y a vingt ans, l’auteur ayant de façon très originale fait le choix de retourner sur les lieux d’un livre et film précédent. Le livre à la base du film va sortir en poche à la rentrée. On ne peut que souhaiter la rediffusion de ce film et son édition en DVD, car malheureusement, il n’a eu qu’une diffusion très tardive (plus de 23 h) et n’a pas eu l’audience qu’il méritait. On y voit aussi un éloge de la pédagogie et des images très émouvantes d’élèves et d’enseignants, loin des injures déversées sur notre école par un petit groupe de pamphlétaires qui ont fait de ce dénigrement un magnifique fonds de commerce...
Autre film : Ecole(s) en France, de Christophe Nick, en trois volets. Là encore, on doit à la fois saluer France 2 pour avoir donné au réalisateur les moyens de réaliser un film long, avec un tournage sur plusieurs semaines dans quatre lieux différents....et regretter aussi la diffusion tardive. Là encore, on ne peut que souhaiter un DVD et une rediffusion dans quelques mois. Ce film a provoqué des polémiques, certains ayant contesté les choix du réalisateur. On pourra remarquer que c’est surtout lorsqu’est mis en avant une pédagogie progressiste, d’apprentissage de la citoyenneté et de la coopération que les critiques se font jour. On eut un jour un scandaleux « Complément d’enquête » sur les IUFM qui était un vrai film de propagande « anti » mais n’a guère soulevé de protestations. Christophe Nick revendique ses choix, mais ce qui a provoqué des remous, c’est la présentation de la face sombre de cette fameuse « école de papa » dont rêvent les nostalgiques et les nouveaux réacs, à travers l’image d’une institutrice du Val d’Oise dont la façon de faire classe s’opposait en tout à celle de l’école de La Paillade : une opposition, au-delà des personnalités des maîtres, entre une école centrée sur l’enseignement et la parole magistrale, et une école mettant au premier plan l’apprentissage. Derrière la leçon bien huilée et les marges à trois carreaux, (pas à quatre !), on découvrait davantage les souffrances et les inhibitions que les fameux « repères » encensés de manière simpliste par l’opinion commune. Il est significatif de noter que l’enseignante en question n’avait rien trouvé à dire du film avant de recevoir des critiques sur sa manière de faire, critiques contre lesquelles elle s’est rebutée, soutenue bien sûr par tous les « antipédagogistes » cherchant continuellement des martyrs. En réalité, ce film interroge sur la conception même du métier,sur les valeurs en jeu à l’école, et peut être l’occasion de passionnants débats publics. Bien entendu, chacun reconnaitra que toute vision documentaire a un aspect largement subjectif. Et la question « comment filmer la pédagogie ? » reste entière. Passionnante question, que pose aussi le film de Hamon à qui certains reprochent de ne pas montrer assez de scènes de classe. Mais comment filmer de façon intéressante un travail de groupes, un travail de construction patiente et peu spectaculaire d’un concept ou d’élaboration d’un texte par les élèves ?
Reste qu’à l’heure de l’image toute-puissante, les pédagogues doivent se poser ces questions et essayer d’être présents sur le terrain médiatique. Ils doivent réagir aux images mensongères, aux tentatives de désinformation (par exemple sur la lecture) en écrivant aux rédactions, aux chaînes, et utiliser les quelques outils intéressants comme ceux évoqués ci-dessus pour montrer autour d’eux les réalités contrastées de l’école d’aujourd’hui.

Jean-Michel Zakhartchouk


- Lire l’interview de Hervé Hamon
- Lire l’entretien avec Christophe Nick et Le regard de Sylvain Connac, un des acteurs du film et militant pédagogique