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L’enseignement de l’arabe en maternelle dans les écoles françaises au Maroc

Claire Radouane

27 mars 2017

Au moment où la littérature marocaine est à l’honneur au Salon du Livre, qu’en est-il des interactions entre l’arabe et le français à l’école et en particulier dans les lycées français ?


Depuis le début des années 2000, les élèves de maternelle des écoles françaises du Maroc suivent un enseignement de la langue arabe à raison de trois heures par semaine. Après une recherche-action qui s’est limitée à la Grande Section de maternelle dans quelques écoles la première année, en 1999-2000, cet enseignement a été généralisé à la Moyenne et la Grande section.

L’idée première ayant présidé à la mise en place de cet enseignement était de l’anticiper afin de mieux l’intégrer dans le parcours scolaire de l’enfant. En effet, avant les années 2000, les élèves commençaient à apprendre à lire et à écrire en arabe en classe de CP, après avoir été scolarisés uniquement en langue française à l’école maternelle, souvent sans avoir jamais vu un seul mot écrit en arabe, pour certains sans avoir jamais même entendu un mot dans cette langue dans le contexte scolaire. L’idée était donc de les sensibiliser cette langue, à ses sonorités et à sa phonologie avant qu’ils débutent véritablement son apprentissage.

Une réflexion a été menée les premières années grâce à un important travail en binôme, enseignant(e) en français et enseignant(e) en arabe, et lors des diverses formations assurées sur ce sujet, afin d’assurer une bonne articulation entre les deux enseignements. Le principe était que l’enseignant en français responsable de sa classe soit présent pendant les heures d’enseignement en arabe, soit pour un travail en binôme, soit pour aider son collègue à l’animation de la classe. Cette réflexion a porté sur la progression linguistique, sur les thématiques pouvant être abordées dans les deux langues, sur la méthodologie de travail propre à l’école maternelle à laquelle les enseignants en arabe ne sont pas forcément formés.

Le Centre d’Etudes Arabes, service appartenant au SCAC (Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France) et gérant l’enseignement de l’arabe pour le réseau des écoles françaises, a mené la réflexion avec l’Inspecteur de l’Education Nationale en poste au Maroc et avec les enseignants.

Un des principaux sujets de réflexion a été la langue à utiliser, la langue arabe se distinguant par la diglossie, phénomène caractérisé par la coexistence de deux variétés linguistiques, l’arabe dialectal utilisé dans les échanges quotidiens, en famille comme dans l’espace public, et l’arabe standard, langue de culture, de l’écrit, des médias, et langue d’enseignement. Dans la pratique, en classe, les enseignants utilisent en parallèle un arabe standard simple pour être à la portée de jeunes élèves, et l’arabe dialectal dans certains échanges de communication en classe.

Concernant la phonétique, importante dans la mesure où nous nous adressons à un public de jeunes élèves d’origines et d’horizons divers (élèves de langue maternelle exclusivement française, élèves bilingues à la maison, élèves étrangers, élèves francophones ayant une familiarité avec le dialecte sans pour autant le pratiquer, etc.), l’utilisation des comptines et des chansons pour enfants a été évidente. A côté de ce qui appartient au patrimoine oral marocain, très riche dans ce domaine, il a été nécessaire de créer et de mettre en musique de petits textes permettant aux élèves de jouer avec les sonorités de la langue arabe, en ciblant les sons spécifiques à la langue arabe ou la discrimination entre voyelle brève et voyelle longue, incontournable en arabe.

Les principales compétences essentielles à l’école maternelle étant la compréhension et la production à l’oral, les enseignants ont eu recours à de nombreux supports oraux : contes, chansons, comptines, authentiques ou forgées à des fins pédagogiques.
Des albums ont ainsi été publiés par le Centre d’Etudes Arabes, écrits dans une langue simple, avec des phrases courtes, un lexique usuel et de nombreuses redondances. Les thématiques sont celles de l’école maternelle et touchent à l’environnement proche de l’enfant et à sa vie quotidienne : l’univers scolaire, les animaux, la famille, la maison, l’alimentation, etc.

La réflexion a porté également sur la place de l’écrit. On n’apprend pas à lire ni à écrire à l’école maternelle, mais la présence de la langue arabe écrite semblait indispensable, par la présence dans les classes d’affichages en arabe, afin que les élèves puissent se familiariser avec la graphie propre à cette langue.

Le sens de l’écriture arabe, de droite à gauche, a posé immédiatement la question de la latéralisation, pour laquelle de nombreuses activités ont été proposées, en motricité par exemple.

Concernant le graphisme, activité qui tient une place importante en maternelle, là aussi il a fallu innover puisque peu d’études scientifiques ont été faites en la matière. Il a fallu étudier finement les caractéristiques de l’écriture arabe pour les définir et proposer des activités : c’est ainsi que les élèves de grande section de maternelle peuvent s’entrainer, par des activités ludiques et en utilisant de nombreux matériaux (pâte à modeler, sable, peinture, etc.), à tracer bâtons, boucles et points, en commençant par la droite, puis à reconnaitre et écrire leur prénom en arabe.

Tout le monde s’accorde à dire que cet entrainement, dans le cadre de l’apprentissage conjoint du français, loin de perturber les enfants, comme certains ont pu le craindre, facilite l’apprentissage de la lecture au CP. Et si certains élèves rencontrent des difficultés de latéralisation au cycle 2, aucune étude n’a démontré que la sensibilisation simultanée aux deux systèmes graphiques, du français et de l’arabe, en est la cause.

Enfin, parce qu’avec les plus petits, l’environnement proche prime sur toute autre thématique, la découverte du monde et de la culture passe par des thèmes traités dans les deux langues par les deux enseignants, toujours de façon ludique : l’alimentation, les vêtements, les fêtes, le monde animal, etc. Cet apport culturel est primordial et constitue un premier pas vers la découverte de soi puis de l’autre.

Claire Radouane Bussienne
Conseillère pédagogique pour l’enseignement de l’arabe et chargée de mission éditoriale, Centre d’Etudes Arabes, ambassade de France, Rabat


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