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L’enseignant : concepteur ou exécutant ? Agent ou acteur ?

Un dossier coordonné par Sabine Coste et Nicole Priou


L’enseignant est-il dépossédé de son métier par les professionnels de l’éducation qui pensent la pratique pédagogique sans l’exercer ? Ou au contraire, est-il un professionnel orienté vers la résolution de problèmes, autonome dans la transposition didactique et ses choix pédagogiques ?

Cette question, posée par Philippe Perrenoud en 1996, n’a pas pris une ride, comme le montrent les réactions à diverses mesures récentes (sur le devoir de réserve, « les bonnes pratiques », les rappels à l’ordre de certains enseignants, etc.) ou encore les dilemmes des personnels confrontés aux évaluations nationales du 1er degré ou à la rétention des notes durant le bac 2019. En effet, à entendre les injonctions qui parviennent aux enseignants, toujours plus nombreuses, précises et relayées par les medias, on peut se demander si elles ne finissent pas par gêner leur travail au lieu de le soutenir, l’orienter et le rendre plus efficace !

Plus globalement, dans un pays où les enseignants sont recrutés à Bac+5 se pose, certes, la question de la nature de la prescription (encadrement d’une profession ou injonction à appliquer des méthodes) mais aussi la question du positionnement d’un corps professionnel vis-à-vis des réformes.

C’est pourquoi il nous semble important d’aller voir ce qu’il en est sur le terrain : comment les enseignants se débrouillent-ils de la prescription en général, tant au niveau de leur classe qu’à l’échelle de l’école ou de l’établissement ? Plus exactement, nous aimerions comprendre comment, individuellement et collectivement, ils arrivent à prendre des initiatives que personne ne peut prendre à leur place tout en restant dans le cadre réglementaire. Comment ils interprètent des textes officiels apparemment intrusifs de manière à stimuler leur créativité. Comment ils s’approprient des situations matérielles, organisationnelles, sociales fortement contraignantes. Car la prescription ne se limite pas au code de l’éducation, entre les notes de service et les annonces ministérielles, entre les attentes des parents et les marottes supposées de l’inspecteur, ou encore, les obligations qu’on se donne à soi-même...

Nous attendons, par exemple, des contributions sur les question suivantes :
Comment s’articulent les dimensions individuelle et collective du rapport à la prescription ?
De quelle place disposent les collectifs pour la comprendre, l’interpréter, en organiser la mise en œuvre ?
Quels rôles sont attribués aux cadres intermédiaires, chefs d’établissement et inspecteurs ?
Quelles exigences en découlent pour la formation initiale et la formation continue ?
Etc.

Du côté des enseignants, nous sommes preneuses de témoignages sur un moment de leur vie professionnelle où ils se sont sentis pleinement acteurs, décideurs et responsables ou – au contraire – dépossédés de toute initiative et reniés dans leur expertise. Ce peut être aussi comment ils ont vécu, en début de carrière, le changement de la vision du métier qu’ils s’étaient construite à partir de leur expérience d’élève, ou plus tard, les évolutions du métier rencontrées tout au long de leur carrière.

Des points de vue de chefs d’établissement, d’inspecteurs, de formateurs, en formation continue ou initiale, pourraient compléter ces témoignages. Quelles observations concrètes font-ils sur le rapport des enseignants aux prescriptions ? Comment concilient-ils la dimension de validation de la formation initiale, en lien avec les normes du métier, et l’incitation à prendre des initiatives, donc des risques, et à s’affranchir de la stricte application des textes ?

Du côté de la recherche, nous aimerions mesurer les évolutions du métier enseignant depuis un quart de siècle : allons-nous vers une déprofessionnalisation ou vers davantage de professionnalisation ? Les prescriptions sont-elles plus rigides ou laissent-elles de réelles marges de manœuvre ? Dans quel sens évolue le rôle des inspecteurs ? Comparé à d’autres systèmes éducatifs, le système français est-il plus ou moins contraignant ?

Les propositions de contributions sont à communiquer aux deux coordinatrices en même temps sous la forme d’un résumé de 5 à 10 lignes. Tous les niveaux, de la maternelle à l’université, nous intéressent. Les questions sont ouvertes. Si vous avez une proposition en lien avec le thème du dossier à partir d’un angle autre que ceux évoqués, n’hésitez pas à la faire. Nous rappelons à ceux et celles qui craignent de se lancer dans l’écriture d’un article que nous les accompagnerons dans leur travail.

Propositions à envoyer pour le 1er novembre à (remplacer le [at] par @) :
sabine.coste [at] cahiers-pedagogiques.com
nicole.priou [at] cahiers-pedagogiques.com