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N°485 - Dossier "La vie scolaire : l’affaire de tous ?"

L’engagement citoyen dans « les maisons des lycéens »

Par Olivier Genoux

Comment faire du cadre associatif des « maisons des lycéens » une institution effectivement gérée par les élèves, leur permettant de s’engager dans la vie de l’établissement ?

La maison des lycéens est une association qui rassemble les élèves souhaitant s’engager au sein de l’établissement dans les domaines culturel, artistique, sportif et humanitaire. C’est un outil au service des lycéens. Elle aide au développement de la vie culturelle au lycée et donne aux élèves l’occasion de s’engager dans des projets, de faire l’apprentissage de leur autonomie et de prendre des responsabilités importantes. Elle se substitue aux foyers socioéducatifs qui pourraient encore exister.

Les lycéens aux commandes

Les lycéens doivent être autonomes et faire eux-mêmes fonctionner leur association. Les trois postes fondamentaux d’une association de type loi 1901 (président, trésorier et secrétaire) doivent être occupés par des lycéens, président et trésorier devant être majeurs.
Selon les textes, ces trois postes peuvent être doublés avec un vice-président, un vice-trésorier et un vice-secrétaire ou secrétaire-adjoint. Ils forment le bureau de l’association. Le conseil d’administration est constitué de membres élus chaque année par l’assemblée générale (l’ensemble des adhérents de la maison des lycéens).
Si la circulaire de 1991 indique que l’association doit être sous la responsabilité des lycéens, les adultes n’ayant alors qu’un rôle de conseil, d’aide, force est de constater que les adultes jouent souvent un rôle plus important. Les membres du bureau étant souvent en terminale, la transition d’une année à une autre est difficile, et une maison des lycéens a besoin du concours d’un personnel de l’établissement (cela peut être un CPE, mais également un professeur, un assistant d’éducation, etc.) pour bien fonctionner dans la durée. Il est même vivement conseillé qu’un membre de la communauté éducative ait le droit de signature afin d’assurer la transition.
Les autres membres du conseil d’administration sont mis en confiance par le fait que leurs propos, mais également leurs votes comptent autant que ceux des adultes présents.
En début d’année, les membres du bureau de la maison des lycéens sensibilisent les adhérents sur le rôle et le fonctionnement de leur association. Ils préparent, puis procèdent aux élections des membres du conseil d’administration avant d’élire le bureau. Formalité administrative fondamentale : ils doivent adresser à la préfecture une fiche mentionnant les noms et adresses des responsables de l’association.
Lors des journées d’inscription des secondes, des membres de l’association peuvent être présents afin de les sensibiliser. Beaucoup d’élèves paient une adhésion sans savoir à quoi cela correspond, au point de ne pas toujours savoir s’ils sont adhérents ou non...
Des panneaux d’affichage indiquant les fonctions et les activités de la maison des lycéens sont réalisés par les élèves.

Une formation à part entière

Dans mon établissement, le service vie de l’élève s’était fixé deux objectifs principaux :
- Amener progressivement les élèves à fonctionner de façon autonome ;
- Fonctionner plus efficacement et plus rigoureusement.
Ce projet se déroule en trois phases :

  1. au premier trimestre : une formation continue pour les membres du bureau, par exemple pour le président à la gestion d’une réunion du bureau, une formation comptable pour le trésorier, etc. Les adultes encadraient donc les lycéens pour lancer le fonctionnement du bureau.
  2. Jusque fin mars : « une autonomie relative », à savoir « les adultes adopteront une attitude moins directive dans laquelle ils joueront davantage un rôle de conseil, d’assistance et de contrôle ».
  3. À la fin de l’année : l’autonomie, c’est-à-dire un fonctionnement du bureau sans la présence des adultes.

Les satisfactions sont nombreuses. Ainsi, lors de la première réunion du conseil d’administration de l’association, la présidente s’était tournée vers moi en me demandant ce qu’elle devait faire. À présent, avec beaucoup d’aisance verbale, elle fait circuler la feuille d’émargement, demande à sa secrétaire le compte-rendu de la séance précédente et le fait voter, énumère l’ordre du jour, gère les débats, procède aux votes puis termine par « la séance est levée », le tout dans la bonne humeur.

Des nouveautés avec la réforme du lycée

La réforme du lycée, par les nouvelles dispositions de la circulaire du 29 janvier 2010 sur la maison des lycéens, vient renforcer la notion d’apprentissage à l’autonomie. C’est l’occasion de donner à la maison des lycéens une nouvelle dynamique. Quelques points essentiels.
- L’abaissement de 18 à 16 ans de l’âge minimal pour prendre des responsabilités associatives au sein des lycées (présidence, trésorier, secrétaire...)
- La redéfinition de l’objet des maisons des lycéens qui vise désormais à catalyser les projets et initiatives des lycéens dans les domaines culturels, artistiques, sportifs, citoyens et humanitaires. De fait, les conseils de la vie lycéenne (CVL) sont recentrés sur la représentation des intérêts des lycéens sur des sujets comme l’accompagnement personnalisé, le travail personnel de l’élève, la demi-pension.
- La prise en compte de l’engagement des lycéens au sein des maisons des lycéens dans le livret de compétences.
- La création d’un statut type téléchargeable sur le site de la vie lycéenne, une fois le travail règlementaire interministériel terminé pour faciliter le passage des foyers aux maisons des lycéens.
- La rupture avec la conception de 1991 qui considérait la maison des lycéens comme une véritable « maison », espace contraint. Face aux difficultés d’ordre physique rencontrées dans les établissements pour dégager des espaces de rencontre, on considère désormais que la maison des lycéens est avant tout le nom donné à l’association qui catalyse les initiatives des lycéens.

Des enjeux forts

Les enjeux sont donc multiples :
- Pour le système éducatif : l’action des maisons des lycéens s’inscrit dans le projet d’éducation à la citoyenneté et aux droits et obligations des élèves.
- Pour l’établissement : la maison des lycéens implique la communauté éducative dans des projets collectifs, contribue à la création d’un climat de convivialité, au développement d’un sentiment d’appartenance à l’établissement, d’un esprit de coopération et de solidarité.
- Pour les conseillers principaux d’éducation, cela permet :

  1. de développer une autre relation avec les élèves par un apprentissage du dialogue et en initiant un climat de confiance ;
  2. de valoriser la fonction éducative et accompagnatrice en aidant à la compréhension et au respect de statuts ;
  3. de se positionner en tant que référent en aidant à la concrétisation des projets (conseils, recherche de compétences, suivi du déroulement d’une action…) ;
  4. d’aider à la formation (gestion, communication…).

Nous vivons actuellement un manque de repères et des difficultés à analyser les situations. L’effondrement des idéologies et le retrait progressif des formes d’encadrement social, qu’elles soient politiques, syndicales ou éducatives, laissent un vide. Pourtant, il semble évident que la demande de citoyenneté reste forte de la part des jeunes, mais elle trouve alors difficilement des espaces d’exercice. La question est de savoir si des associations comme les maisons des lycéens peuvent contribuer à une formation citoyenne utile au renouvèlement des formes d’engagement et sous quelles conditions.
En agissant dans l’espace public et sur leur environnement, les élèves définissent dans une certaine mesure ce que sera le monde de demain. Leur action a d’autant plus d’impact qu’ils relient leur action avec d’autres. Il est donc possible de définir l’engagement comme la combinaison de ces deux éléments : la volonté d’agir sur ce qui nous dépasse, et l’intelligence de relier cette action avec autrui. La finalité d’une éducation doit apprendre la parole colorée et fluide de la vie en éduquant le regard : le regard intérieur pour avoir une lucidité et une réflexion à la hauteur de la complexité du monde qui nous entoure, sur lequel l’élève peut alors poser un regard extérieur clair, léger et libre pour décider de ses actes et de la façon d’en rendre compte.

La maison des lycéens tend à modifier les relations entre adultes et élèves dans l’établissement : se rassembler autour de projets communs, les construire et les inscrire dans la durée. En résumé, s’échapper de la tyrannie de l’immédiateté pour devenir un citoyen.

Olivier Genoux


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