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Recension parue dans le N° 427 de novembre 2004

L’enfant doué, l’intelligence réconciliée

Arielle Adda, Hélène Catroux, Paris, éd. Odile Jacob, 2003

17 octobre 2004

Une vision superficielle des enfants dits « doués » nous conduit à penser que ceux-ci sont plutôt chanceux et n’ont guère besoin d’être aidés à l’école. Or, il n’en est rien. Sait-on qu’un tiers de ces enfants sont en situation d’échec scolaire ? L’ouvrage que nous proposons à la lecture résulte du travail empirique de deux psychologues spécialisées dans le domaine de la « précocité intellectuelle »...
Basé sur de nombreux témoignages d’enfants, de parents ou d’adultes non détectés, il permet d’appréhender de manière très concrète « le parcours du combattant » qui attend ces enfants hors norme et leurs parents.
La première partie s’accorde sur la difficulté de qualifier l’enfant (doué, surdoué, prometteur, précoce, talentueux...). Quelle terminologie serait la mieux adaptée pour désigner les enfants à l’intelligence « hors norme » ? Un deuxième point est consacré à la phase de découverte des capacités intellectuelles de ce type d’enfant (test QI).
La seconde partie traite des ressources de l’enfant « doué » : en s’appuyant sur un important recueil d’entretiens, Arielle Adda et Hélène Catroux proposent des solutions permettant à cet enfant d’apprivoiser et d’exploiter son potentiel : en effet, les études réalisées sur le sujet, ainsi que le recueil de témoignages des parents prouvent que ces enfants sont victimes d’une grossière incompréhension et de préjugés négatifs.
La troisième partie de cet ouvrage montre bien que ces enfants peuvent être victimes d’échec scolaire. Le système d’enseignement « classique » les freine car il ne répond pas à leurs attentes.
De plus, leur maturité psychologique et affective accuse un certain retard sur leur intelligence (c’est le syndrome de dyssynchronie : un enfant de dix ans peut avoir l’équivalent au plan intellectuel d’un enfant de quatorze mais il aura les besoins affectifs d’un enfant de son âge) ce qui peut provoquer angoisses, pertes de confiance en soi, voire dépression.
L’objectif est d’éviter à ces enfants et à leurs parents, touchés, eux aussi, par cette stigmatisation, de devenir des individus déviants (atypiques par leur personnalité, leur intellect, leur parcours) de souffrir de cette expérience de la différence, qui rappelle, sans conteste, la situation des enfants handicapés.
La quatrième partie s’adresse aux parents : les familles se retrouvent souvent désarmées face à ces enfants qu’elles ont des difficultés à comprendre. Le quotidien, la socialisation, l’épanouissement et la scolarisation de ces enfants renferment toute une série d’obstacles difficiles à surmonter pour les parents. Dès lors que l’on n’entre pas dans un cadre préétabli et que le cursus, les besoins et les envies s’éloignent des données traditionnelles, il devient difficile de trouver son équilibre. Face au sentiment d’impuissance, A. Adda propose, dans un premier temps, de rassurer les familles dans leur rôle de parents puisque tous possèdent l’envie profonde de faire au mieux pour leur enfant. H. Catroux reprend la phrase de Bruno Bettelheim « rester, être un parent acceptable » (p. 265) et propose aux lecteurs les grandes lignes afin d’aider les parents à faire en sorte que leur enfant développe ses potentialités.
Cet ouvrage pose donc des problèmes trop mal connus et propose quelques solutions avec beaucoup de finesse. Sa lecture satisfera tous ceux qui sont confrontés ou qui s’intéressent à la précocité intellectuelle, tant d’un point de vue psychologique que social.

Kathleen Tamisier