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N°487 - Dossier "Filles et garçons à l’école"

L’éducation des filles et des garçons en Espagne

Par Elvira Fente

Le régime franquiste utilisait un modèle d’école séparée et différenciée pour les filles et les garçons, afin de perpétuer les valeurs des rôles féminins et masculins. L’Espagne partait de loin pou mettre en place une éducation mixte, puis des politiques d’égalité.

Le régime franquiste a fait de l’enseignement un moyen d’endoctrinement politique. La femme, responsable du foyer et de la formation des enfants, a été vue comme une « passeuse de l’idéologie », son éducation était donc un investissement à long terme, en terme de propagande du régime politique.
Dans les années 1940 et 1950, le régime franquiste utilisait un modèle d’école séparée et différenciée pour les hommes et les femmes afin de perpétuer les valeurs des rôles féminins et masculins.

Des objectifs éducatifs très différents !

L’Église catholique avait un pouvoir et un contrôle total sur les petites filles. Elle a interdit l’école mixte, en prétextant l’efficacité éducative : chaque sexe réaliserait mieux ses apprentissages respectifs en étant séparé de l’autre. Le maitre pour le garçon et la maitresse pour la petite fille représenteraient différents modèles de conduite, qui faciliteraient un apprentissage d’attitudes et de comportements plus corrects. L’Église a promu une éducation spécifique pour les femmes, considérant que les rôles « naturels » des femmes devaient être moulés par une éducation dans laquelle la sensibilité se faisait face à l’intelligence, l’intuition à la rationalité. L’enseignement devait permettre aux filles de savoir tenir une maison et prendre soin de la famille.
Dans ce type d’éducation séparée, il n’était pas important que les petites filles apprennent à lire, à écrire ou à faire une addition. Elles devaient, en revanche, apprendre à être de bonnes mères, épouses et des femmes au foyer. L’éducation était un instrument pour obtenir des femmes soumises, selon les préceptes de la religion catholique.
Quant aux garçons, ils devaient apprendre à défendre l’honneur de la patrie et de la famille.

Les livres scolaires

Les livres scolaires étaient d’une grande importance, spécialement pour les premières années d’apprentissage, puisqu’ils forment dans l’esprit des enfants une image de comment doit être le monde. Il existait des éditions différentes des mêmes textes pour garçons ou pour filles, et aussi des livres seulement pour les filles.
Les programmes étaient différenciés même dans les matières communes, avec des objectifs différents, conditionnés par les rôles que chacun aura dans sa vie adulte : les hommes avaient besoin d’une formation pour la vie politique publique et les femmes pour la maternité.
Les livres contribuaient à la hiérarchisation en ne représentant les femmes que dans la sphère domestique, sans rôles particuliers dans les évènements historiques. Les femmes apparaissaient toujours en cousant, en lavant ou en cuisinant. La mère s’occupait d’administrer le foyer, de maintenir l´ordre, matériel et spirituel. Ses travaux se réduisaient aux tâches ménagères, aux travaux agricoles à quelques professions dites féminines (maitresse, infirmière). Si elle était montrée dans la rue, c´est parce qu’elle était sortie faire des courses ou emmener les enfants à l’école. L’homme, lui, était mis en scène au travail.

Quelques disciplines scolaires différenciées

En éducation physique, on préparait les hommes à devenir des soldats et les femmes des mères.
Pour les hommes, il s’agissait d’une authentique formation pré-militaire, où la discipline corporelle prédominait. Les femmes devaient être saines, efficaces, bien préparées aux maternités successives. Les exercices étaient programmés pour associer leur nature fragile et les nécessités reproductrices, en repoussant toute discipline sportive qui pouvait masculiniser son image corporelle.
En musique, on formait l’esprit patriotique des garçons. Leur apprentissage musical était réduit à l’enseignement de marches et les hymnes militaires et patriotiques, durant lesquels ils apprenaient à marquer militairement le pas. Au contraire, les petites filles avaient une ample programmation qui incluait du solfège et de nombreuses chansons populaires, y compris bien sûr les hymnes patriotiques.

La réforme éducative de 1970 vers la mixité

La première réforme éducative date de 1970, avec la Loi Générale d’Éducation prévoyant la scolarisation mixte. Bien que celle-ci n’était pas obligatoire jusqu’en 1984, ce texte a représenté la première tentative de dépasser le totalitarisme de l’école franquiste et d´initier sérieusement un processus d’éducation des filles et des garçons.
La loi garantissait que l’ensemble des élèves partageait le même professorat et les mêmes espaces éducatifs ; et bien qu’elle n’en fasse pas explicitement mention, elle introduit le principe d’égalité et de non-discrimination de sexe. Ce modèle plus démocratique a permis une grande avancée dans la scolarisation des filles, mais n’a pas permis l’égalité réelle d’opportunités pour les garçons et les filles.

La LOGSE en 1990

Cette première étape de consolidation de l’école mixte avec un processus d’unification de centres éducatifs durera jusqu’à la fin des années 1970. L’instauration de la LOGSE (loi organique générale du système éducatif espagnol) en 1990 prévoit un objectif plus ambitieux que la simple cohabitation : « donner aux petits garçons et petites filles, aux jeunes de l’un et d’autre sexe, une pleine formation qui leur permette de confirmer leur propre identité essentielle ».

Cette nouvelle législation dans l´éducation a encouragé les maitresses et de professeures prêtes à un changement éducatif, et a favorisé la mise en place de mécanismes pour favoriser des politiques d’égalité.

Elvira Fente
Journaliste, doctorante Études féminines et genre à l´université de Paris 8


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