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Recension parue dans le N° 370 de janvier 1999

L’éducation à la citoyenneté

François Galichet, Modèles et propositions, Anthropos, 1998

18 janvier 1999


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Il paraît actuellement nombre d’ouvrages sur "l’éducation à la citoyenneté". Celle-ci, comme toute mode, s’est dégradée en un concept mou, qui par son flou fait idéologiquement consensus.

Le mérite de F. Galichet est double : mettre de l’ordre conceptuel, et donner quelques repères pour la pratique.

Il distingue ainsi différents niveaux de l’éducation à la citoyenneté, rattachés par ailleurs au cours de l’ouvrage à des courants historiques ou éducatifs.
- Une approche informative, à base de savoirs sur les institutions. C’est l’instruction civique comme discipline.
- Un modèle mimétique qui cherche, par l’instruction encyclopédique, à éclairer la raison universelle de tout citoyen en tant qu’homme (cf. Condorcet) ; ou à inculquer, de façon plus identificatoire, les valeurs et représentations communes qui caractérisent la "nation".
- Un modèle analogique, où l’on cherche à acquérir, par les formes de la démocratie "scolaire", un apprentissage transférable dans la démocratie réelle de la société. C’est la dimension de la "vie scolaire" (délégués élèves et conseils), ou celle de la pédagogie coopérative ou institutionnelle. C’est aussi, au cur même des disciplines, plus didactique, "la démocratie dans l’acte d’apprendre".
- Un modèle réaliste, qui pense que l’analogie ne peut suppléer à la confrontation directe aux réalités socio-politiques, considère l’enfant comme un citoyen qui peut s’exprimer, et le confronte à l’actualité à travers la presse.
- Et enfin au sommet, fondement éthique de la citoyenneté : l’intérêt pour l’altérité. La mission de l’école est ici de "rendre les élèves intéressants les uns pour les autres", de développer l’intérêt mutuel entre pairs, comme apprenants et personnes. Le pédagogique apparaît alors comme "la vérité du politique", en ce sens que "l’idée républicaine ne se comprend pas en dehors de la possibilité et de la nécessité d’une éducation infinie de tous à tout".

Quant aux propositions, on notera certaines pistes déjà explorées, mais peu développées : l’heure de vie de classe dans le cadre de l’emploi du temps ; la mise en place d’instances de médiation ; le tutorat des élèves entre classes de différents niveaux ; l’inscription dans les programmes de l’étude de la presse écrite et audiovisuelle.

Et plus originales : un temps de co-intervention entre collègues inclus dans le temps de service sur un thème citoyen ; le parrainage de chaque classe par une personnalité responsable dans le cadre civique ; l’organisation de scrutins scolaires parallèles aux différentes élections politiques. Un livre stimulant pour la réflexion et l’action

Michel Tozzi


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