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L’école, une utopie à reconstruire

Regards croisés sur l’économie, n° 12, éditions La Découverte, 2013, 264 pages.

5 octobre 2013

Ce dossier de revue qui se présente comme un ouvrage apporte des réponses, souvent nuancées et rarement définitives, à des questions qui se posent à l’heure où l’on voudrait reconstruire ou refonder l’école, et surtout retrouver un élan qui est plutôt en panne. De nombreux contributeurs (dont A. Prost, C. Lelièvre, P. Merle, Y. Michaud...) nous proposent des éclairages stimulants. L’introduction d’Eric Maurin nous aide à bien poser les termes du débat autour de l’interrogation : « à quoi sert l’école ? » Un livre synthétique qui sera utile aussi bien aux lecteurs avertis qu’à ceux qui sont encore peu au fait de ces thématiques.


Un numéro de revue qui se présente sous forme de livre et qui regroupe un nombre important de contributions qui dépassent largement le cadre de l’économie. Les auteurs, souvent des personnalités interrogées, tentent de répondre à nombre de questions qui se posent en ces temps de « refondation » (espérée du moins). Par exemple : quels enseignements tirer de la démocratisation scolaire ? (Antoine Prost), peut-on accroitre la mixité sociale à l’école ? que nous apprennent les neurosciences sur les meilleures pratiques pédagogiques ? (Stanislas Dehaene) ou encore quelle école bénéficie le plus aux élèves : mixte ou ségrégative ? Des apports également de Claude Lelièvre (un historique du collège), de Pierre Merle (qui revient sur la critique de la notation) ou de Yves Michaud (qui montre les impasses d’une certaine méritocratie).

Si certaines des conclusions, souvent nuancées et encore interrogatives, sont bien connues des lecteurs avertis (effets positifs de l’hétérogénéité, importance de l’effet-maître, des pratiques pédagogiques qui donnent de la confiance aux élèves), d’autres nous invitent plus que jamais à entrer dans la pensée complexe où les choses ne sont « jamais simples ». Sur le redoublement par exemple, si celui-ci est globalement néfaste, sa suppression n’est pas la solution-miracle. Sur les effets de la politique de zone prioritaire, sur les vertus ou non de l’apprentissage, sur les conditions de possibilité de la mixité sociale, les débats restent ouverts.

En introduction, Éric Maurin se demande « à quoi sert l’école » en opposant de manière fine deux conceptions : est-elle finalement un simple « signal » qui permet de dégager des élites et de sélectionner les « bons employés » ou apporte-t-elle un plus, un accroissement réel du « capital humain » ? Le professeur de l’école d’économie de Paris penche plutôt pour ce deuxième terme et remet en cause le pessimisme et la défiance quant à la démocratisation scolaire. Il met aussi en garde contre une trop grande concentration des efforts budgétaires sur les premières années d’école en insistant sur le travail à faire en direction de jeunes qui décrochent. Et en appelle à « reprendre l’initiative pour réduire le fossé qui se creuse dramatiquement entre le noyau des exclus de la démocratisation scolaire et le reste des élèves ».

Jean-Michel Zakhartchouk