Oublier les préjugés
Tout le monde connaît l’Italie ou croit la connaître. Il ne s’agit pas toujours de la même Italie : celle du touriste, celle du gastronome, celle de l’amateur de musée ou d’art sacré, celle du randonneur, mais tout le monde a une idée de l’Italie et cette idée est rarement très sérieuse. N’a-t-on pas l’habitude de qualifier de « à l’italienne » les solutions ou situations qui virent au burlesque ?
Pour aborder sérieusement ce minidossier, il va donc falloir abandonner quelques idées reçues dont celle de la famille italienne avec la mamma trônant au milieu d’une horde d’enfants, alors que ce pays est actuellement celui où le taux de natalité est le plus bas en Europe. Oublier aussi le préjugé qui laisse à penser que rien de sérieux et de construit ne peut se faire de l’autre coté des Alpes : la réforme de la fonction publique a été prise comme modèle et étudiée par de nombreux experts, y compris non européens.
L’Italie est un pays relativement neuf, en termes de nation, puisque l’Unité italienne date de 1861, mais les différentes parties de cette nation relativement nouvelle ont chacune une longue histoire. Le système éducatif est un des aspects des politiques sociales d’un pays, qui sont elles-mêmes un volet de la politique générale. Si ce système éducatif là a eu et continue d’avoir pour but essentiel de former la cohésion de cette nation, nous ne pouvons le comprendre sans faire un détour par ce qui se passe en arrière-fond, c’est pourquoi nous avons interviewé Marc Lazar, spécialiste de ce pays à l’IEP [1] de Paris.
Le système éducatif se présente dans ce pays sous une forme apparente qui nous est familière : une école maternelle non obligatoire, une école primaire, une école médiane puis une orientation soit en lycée, soit en institut technique, soit en formation professionnelle ou apprentissage, le cycle « noble » se concluant par la Maturità, version transalpine du baccalauréat. Derrière cette apparente identité, bien des différences se cachent.
Un des problèmes aigus que l’Italie a eu à résoudre est celui de la langue italienne elle-même, c’est pourquoi nous lui consacrerons un article détaillé. Actuellement le point chaud est la réforme dite Moratti. Nous nous risquerons à l’exposer alors même qu’elle n’en est qu’à ses débuts et soulève déjà une levée de boucliers. Même si ces questions ne sont pas de notre ressort, il ne faut jamais oublier que le dossier de l’enseignement est un des volets des politiques sociales actuelles qui comporte aussi un volet « pension » et que l’ensemble est à inscrire dans un débat sur la décentralisation/régionalisation.
Pour rédiger ce dossier, nous avons bien sûr fait appel à des personnes travaillant en Italie mais aussi à des rapports et autres études en particulier celles de l’OCDE. Les experts de cet organisme ont réalisé une étude très complète et plutôt élogieuse de ce pays, mais ont eu l’air passablement dérangés par les façons de faire. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer une de leurs conclusions : « Autant nous avons été frappés par la qualité des débats, autant nous avons été déroutés par le peu d’attention que l’on porte à leur mise en œuvre. » [2]
Si les clichés ont la vie dure, la réalité, décidément, semble avoir parfois du mal à les démentir.
Elizabeth Thuriet
Sommaire
- L’art de la « mediazione », Entretien avec Marc Lazar
Marc Lazar est professeur à l’institut d’études politiques (IEP) de Paris et spécialiste de l’Italie. Nous avons fait appel à lui pour situer le cadre général dans lequel se place l’enseignement. Il a bien voulu répondre à nos questions après avoir bien insisté sur le fait qu’il n’est pas spécialiste de l’éducation, ce que nous savions !
- Les langues de l’Italie, par Adriano Colombo
L’Italie n’a pas échappé aux conflits qui opposent traditionnellement la langue « nationale » et les parlers locaux. Si l’adoption de l’italien comme langue commune s’accompagne aujourd’hui d’une certaine reconnaissance des langues régionales, l’éducation linguistique semble peiner à se structurer en Italie.
- Quelques données sur l’enseignement
- Le métier d’enseignant
- Poudlard, une public school ?
L’école de Harry Potter, Poudlard, ses uniformes, ses magnifiques terrains et ses locaux historiques, ses « maisons » qui se livrent une rude compétition, tant sportive qu’intellectuelle, ses professeurs compétents qui habitent sur place et sont souvent eux-mêmes d’anciens élèves de l’école, son internat confortable... Quelle école nous décrit J.K. Rowling ? L’élitiste public school n’est peut-être pas loin.
- Les écoliers d’Aoste fêtent le francoprovençal, par Saverio Favre
- Formes et réformes du système éducatif, par Elizabeth Thuriet
Il a fallu attendre le gouvernement de la gauche, en 1996, pour que Berlinguer fasse évoluer un système éducatif qui avait assez peu bougé depuis 1923, date de la réforme Gentile.
